MONTRÉAL — Propulsés par une cérémonie d’ouverture majestueuse, le 17 juillet, après des mois et des mois de controverses et de doutes, les Jeux olympiques de Montréal ont été le théâtre de multiples exploits sportifs pendant les deux semaines de compétitions. Et le ton a été donné dès le jour 1.
La première semaine de compétitions était centrée autour de deux disciplines-phares: la gymnastique et la natation. Mais dans les faits, cette première semaine a finalement été l’affaire d’une athlète.
Dans le vénérable Forum de Montréal, la Roumaine Nadia Comaneci, à l’âge de 14 ans, allait secouer le monde de la gymnastique avec sept notes parfaites de 10. La première lui a été octroyée le 18 juillet aux barres asymétriques, lors de l’épreuve obligatoire par équipe.
Révélation pour le public montréalais, Comaneci ne l’était pas pour les gens qui naviguaient dans le monde de la gymnastique. C’était le cas de Nicole MacDuff, fondatrice du Club Gymnix au début des années 70 et analyste de la compétition de gymnastique féminine aux Jeux de Montréal à Radio-Canada.
« Je vivais dans le milieu de la gymnastique, je voyageais et voyais des compétitions partout à travers le monde. Je connaissais tous ces athlètes, je connaissais toutes leurs performances », rappelle-t-elle.
MacDuff avait notamment vu Comaneci au Championnat d’Europe de 1975, en Norvège, et à la Coupe d’Amérique, en 1976, quelques mois avant le rendez-vous à Montréal.
« On savait ce qu’elle était capable de faire. On n’a pas été surpris de ce qu’elle était capable de faire. Où j’ai été surprise, c’est que les six juges aux barres asymétriques lui ont tous donné une note de 10 », précise-t-elle.
Les performances de celle qui allait devenir la Reine des Jeux de Montréal, avec ses cinq médailles, dont trois d’or, ont monopolisé la couverture médiatique, au point où d’autres grandes prestations en gymnastique ont glissé dans l’oubli.
Encore aujourd’hui, MacDuff se dit déçue pour le Soviétique Nikolai Andrianov.
« Il était un gymnaste extraordinaire. Il a gagné quatre médailles d’or et sept au total. Il est celui qui a gagné le plus de médailles aux Jeux de Montréal, mais on n’en a même pas parlé. On ne parlait que de Nadia. Ça m’a fait un peu de peine. Pas parce que je ne voulais pas que l’on parle de Nadia, mais je trouvais ça injuste qu’il ait gagné sept médailles et que l’on ne parlait pas de lui. »
Bonheur canadien
Pendant ce temps, sous le mât encore inachevé du Stade, la toute nouvelle piscine olympique allait montrer toutes ses vertus.
« Je me souviens des réactions des autres pays. Les Américains, entre autres, étaient impressionnés par les installations. Rapidement, elle (la piscine) a acquis la réputation d’être très rapide, parce qu’elle était très éclairée », souligne Jean-Marie de Koninck, pour qui les Jeux de Montréal ont été les premiers de neuf à titre d’analyste en natation à la télévision.
C’est dans cette même piscine que le Canada s’est le plus mis en évidence en récoltant huit médailles, soit deux d’argent et six de bronze. Sept des huit médailles ont été déposées autour du cou de membres de l’équipe féminine. Les Québécoises Anne Jardin et Robin Corsiglia ont fait partie des médaillées lors d’épreuves de relais.
« On était contents des performances du Canada. Je trouvais que le Canada figurait bien avec huit médailles sur les 11 qu’il a eues au Jeux de Montréal », estime de Koninck.
« C’était une bonne équipe. On était fièrement représentés. L’opposition était tellement forte. Ç’a été une domination de l’équipe des États-Unis chez les hommes et de l’équipe de l’Allemagne de l’Est chez les femmes », rappelle-t-il.
La suprématie des Américains chez les hommes avait été particulièrement impressionnante, alors qu’ils avaient raflé les trois médailles dans quatre épreuves différentes. Quant aux nageuses de l’Allemagne de l’Est, des soupçons de dopage systémique circulaient déjà et allaient être confirmés quelques années plus tard.
Pendant la compétition de natation, pas moins de 21 records du monde ont été établis, dont celui de l’Américain Jim Montgomery (49,99), qui est devenu le premier nageur à compléter le 100 mètres libre en moins de 50 secondes.
« Aujourd’hui, on est à 46 (secondes), mais dans ce temps-là, c’était toute une réalisation », souligne de Koninck.
À ces deux disciplines, on se doit d’ajouter l’athlétisme avec les triomphes de Bruce Jenner au décathlon, et les doublés d’Alberto Juantorena (400 et 800 mètres) et de Lasse Viren (5000 et 10 000 mètres) comme faits marquants.
Révélation d’un talent
Le Canada n’a ajouté que trois médailles d’argent pendant la deuxième semaine des Jeux. Le 27 juillet, au lendemain de son 22e anniversaire de naissance et sur une piste boueuse à Bromont, le Québécois Michel Vaillancourt, aux rênes de Branch County, procure une première médaille à son pays depuis la fin des épreuves de natation.
Quatre jours plus tard, à environ 24 heures de la cérémonie de clôture, Greg Joy, un athlète né en Oregon de parents canadiens et qui avait grandi en Colombie-Britannique, fait fi d’une pluie battante et de la réputation de l’Américain Dwight Stones, pour devancer ce dernier par deux centimètres au saut en hauteur et monter sur la deuxième marche du podium, derrière le Polonais Jacek Wszola.
Toutefois, l’une des performances les plus significatives du Canada est venue du Québécois Pierre Harvey, qui, à l’âge de 19 ans, a été le meilleur représentant de son pays avec une 24e place lors de l’épreuve cycliste sur route, le 26 juillet, sur le mont Royal.
« J’ai découvert que j’avais un talent », dit-il en commentant son classement final.
« Avant ça, je me souviens que j’étais allé au Championnat du monde junior et je pense que j’avais terminé premier Canadien. Mais le Championnat du monde junior, ce ne sont pas les meilleurs seniors au monde. Il y a quand même un niveau entre les deux. De finir premier Canadien et dans les 25 premiers au monde (aux Jeux olympiques), c’était inattendu. Simplement terminer, j’aurais été content », a noté Harvey.





