MONTRÉAL — Mikaël Kingsbury n’a plus rien à prouver dans son sport. Après trois médailles olympiques, dont une d’or en Corée du Sud, 100 victoires en Coupe du monde et 29 — 29! — globes de cristal, le bosseur de Deux-Montagnes est encore habité par la soif de vaincre. À un point tel qu’à quelques semaines des Jeux olympiques de Milan-Cortina, nous n’étions pas capables de lui faire dire de façon claire qu’il s’agissait ou non de ses derniers JO.
« On ne sait jamais. Je blague tout le temps en disant aux gens que je vais faire un Tom Brady! Honnêtement, ce sont probablement mes derniers Jeux », a-t-il reconnu.
Alors voici, probablement, un dernier profil olympique!
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L’image est frappante. Sur le podium des Championnats du monde de 2025 à Engadine, en Suisse, Ikuma Horishima était en béquilles; Matt Graham était lui aussi visiblement mal en point, mais Kingsbury, le vétéran du groupe à 32 ans, se tenait droit comme un chêne sur la plus haute marche, alors qu’il venait de remporter les duels pour son neuvième titre mondial.
« Les gens des autres équipes ne venaient pas me féliciter d’avoir gagné les Mondiaux, ils étaient surpris que je sois encore capable de marcher! », a-t-il raconté lorsque La Presse Canadienne est allée à sa rencontre, chez lui, en août dernier.
C’était avant qu’il ne se blesse à l’aine à l’entraînement quelques semaines plus tard, une blessure qui est venue chambouler toute sa préparation et sa planification en vue de cette saison, dont l’objectif n’est pas de mettre la main sur les globes de cristal, mais bien de s’emparer une fois de plus de l’or olympique.
Kingsbury a dû renoncer aux épreuves de Ruka en début de saison, après avoir pris le 16e rang des qualifications. Un mois plus tard, il a toutefois testé sa forme physique chez lui, à Val-St-Côme, signant sa 100e victoire en carrière sur le circuit de la Coupe du monde, une victoire qui lui a permis de mettre toute sa concentration sur sa préparation olympique.
« C’est quand même une tonne de briques qui m’est tombée des épaules, a admis le ‘King des bosses’ après la course. Ça fait du bien. Sachant que je peux gagner en n’étant pas à 100%. Sachant qu’il me reste un mois (avant les JO), en comparant comment je me sentais à Ruka, il y a un mois, et aujourd’hui, ça me donne espoir que je puisse me rapprocher d’être à 100% pour les Jeux. Quand je serai à 100%, alors je serai encore meilleur. »
Afin d’être à 100%, Kingsbury a fait l’impasse sur la dernière Coupe du monde avant les Jeux. Il reste à voir si le corps tiendra le coup.
Mais Kingsbury n’a pas besoin d’ajouter une autre médaille olympique — ou deux, avec l’ajout des bosses en parallèle — à son palmarès pour assurer sa place dans l’histoire.
« J’aimerais ça être parfait. Il y a une chose qui est vraie : je pourrais prendre ma retraite demain et être satisfait de ce que j’ai accompli. Mais je le sais que je suis encore capable. Je sais que je peux être le meilleur au monde et que n’importe quel jour, je peux gagner les Jeux. »
Et l’expérience étant de son côté, il apportera avec lui une nouvelle attitude dans les montagnes de Livigno.
« Je veux skier en disant que je suis champion olympique, quelque chose que je n’ai peut-être pas assez bien fait à Pékin. J’ai été intelligent à Pékin, mais juste pas assez pour gagner. Je veux skier ces Jeux à fond, skier pour gagner, et non pour finir deuxième.
« Gagner une autre médaille d’argent ou de bronze, ce serait beau pour le tableau canadien, mais je ne le fais pas pour ça, je le fais pour moi. Je veux skier à un niveau pour gagner. Si ça me fait terminer sixième, je n’aurai pas de déception. Je veux juste skier à fond et me faire plaisir. Quand je m’amuse, c’est là que je deviens vraiment difficile à battre. Je skie à un autre niveau. C’est la sensation que je veux ressentir aux Jeux. Skier pour me faire plaisir va me donner de bonnes chances de gagner. »
Et ses adversaires devraient se méfier, car toutes les conditions seront réunies pour que Kingsbury skie le sourire aux lèvres. À commencer par le retour des spectateurs.
« J’ai toujours été meilleur devant des foules. À Pékin, j’avais l’impression de faire un ‘show’ de télé. C’était bizarre. C’était facile de se concentrer sur la course, mais, de mon côté, j’aime bien les petites distractions, la foule qui crie quand tu repasses en bas, savoir que ta famille est là, les encouragements. Ça donne une sensation de compétition, et c’est ce que j’aime.
« Mon fils, Henrik, va être là. Pour la première fois, mon frère, ma sœur et leurs conjoints y seront. Mes parents, les parents de Laurence (sa conjointe). Le clan Kingsbury, nous serons une vingtaine. Quand ma famille est là, j’ai un sentiment de confiance, je me sens dans mon élément », a-t-il souligné.
Et féru de statistiques comme il est, un autre élément le motive.
« Il y a une partie de moi qui trouverait ça le ‘fun’ si je pouvais me retirer au ‘top’. Et je ne veux pas ‘tougher la run’ trop longtemps. Le sport est rude. Je fais peut-être paraître ça facile, si tu regardes mes résultats depuis 2010-11. Je ne veux pas finir ça avec une saison de trop », a-t-il dit.
« Je ne pense pas que ça jetterait ombrage sur ma carrière, mais je suis entré par la porte d’en avant, et je veux ressortir par la porte d’en avant, pas parce que j’ai mal partout et que je ne suis plus capable de suivre les jeunes. Je veux me retirer non pas parce que je ne suis plus capable de faire mon bout de chemin dans le sport, mais parce que j’ai une famille et d’autres priorités dans la vie. (…) Je vais être champion olympique toute ma vie. Ce que je veux, c’est de l’être une deuxième fois, peut-être une troisième, avec les duels qui seront disputés la première fois. »
Les JO 2026 seront ses quatrièmes, cinquièmes si on ajoute ceux de Vancouver en 2010, où il a été ouvreur de piste. Bien qu’il ne veuille pas dire que ce seront ses derniers Jeux, il avoue qu’il ne croyait pas skier aussi longtemps.
« Je crois que la plupart de mes anciens coéquipiers pensaient que j’allais arrêter après 2018, parce que j’avais gagné. Mais je suis encore passionné. Je ne crois pas qu’en 2014, je me disais qu’à 33 ans, j’allais avoir le plus grand nombre de départs, de podiums et de victoires en Coupe du monde. Je ne m’attendais pas à skier aussi longtemps, et je ne m’attendais pas à être capable de suivre la cadence aussi longtemps. »
Les amateurs pourront le voir pour une dernière fois les 12 et 15 février, alors que seront disputées les finales des bosses en simple et en duels. Probablement.






