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Dans la solidarité, le soccer québécois bâtit sa réputation

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LAVAL et MONTRÉAL – En prenant congé des journalistes après la victoire de son équipe mercredi soir, Nick Razzaghi s’est retourné et a prononcé des mots qu’il n’aurait probablement pas cru possible d’entendre sortir de sa bouche il y a quelques années.

« Go CF! »

Il était 22 h dans la petite salle du Complexe Multi-Sports de Laval où Razzaghi venait de donner sa conférence de presse. Le FC Supra du Québec, l’équipe qu’il dirige, venait de battre l’Atlético Ottawa 3-1 dans le match aller de son quart de finale du Championnat canadien. Juste avant, sur le même terrain, l’équipe semi-pro du CS Saint-Laurent venait de causer la surprise en faisant match nul avec Forge FC, une puissance de la Première Ligue Canadienne.

À l’autre bout du pays, le CF Montréal s’apprêtait à en découdre avec le Vancouver FC. Trois équipes québécoises en action le même jour dans la même compétition. L’Impact allait éventuellement remporter son match 2-1, complétant le tour du chapeau en cette journée fructueuse pour les représentants de la Belle Province.

Il fut une époque où Razzaghi aurait sans doute fait ses affaires sans se soucier d’être solidaire avec les clubs voisins. Il a changé.

« Quand j’ai commencé à diriger des hommes dans le semi-pro, j’avais l’impression que tous les joueurs de toutes les équipes étaient trop proches et ça ne me rentrait pas dans la tête. Pour moi, on était engagés dans une compétition et ça ne faisait pas de sens de parler avec des adversaires de la façon dont on jouait. Mais éventuellement, ma perspective là-dessus a changé. »

En 2024, Razzaghi dirigeait le CS Saint-Laurent lorsque celui-ci s’est retrouvé devant le géant Toronto FC au Centre Claude-Robillard. Près de 6500 spectateurs avaient franchi les tourniquets pour ce rendez-vous épique. Le gratin du soccer montréalais y était. Des joueurs aussi, beaucoup de joueurs, de partout en ville.

« Ça incarnait comment le petit monde du soccer au Québec fonctionne, a compris Razzaghi. Avant, je trouvais ça vraiment étrange et inhabituel, je n’aimais pas ça. Mais j’ai appris à l’accepter et à l’apprécier comme une partie de notre culture foot. »

« Toutes les équipes québécoises, je veux qu’elles réussissent, ajoute-t-il. C’est un no-brainer. Le fait qu’on ait trois équipes québécoises sur huit dans le Championnat canadien et que les trois pourraient faire un résultat aujourd’hui... c’est pas fini, mais ça vaut plus que tout. »

Comme les Brésiliens

Évidemment, le match nul du CS Saint-Laurent contre Forge faisait vibrer une corde sensible chez Razzaghi, qui a dirigé le club de Ligue 1 Québec de 2021 à 2025. Mais au-delà de ses allégeances, ce résultat inattendu du petit poucet contre l’ogre ontarien symbolise pour lui l’état d’esprit qu’on retrouve chez les joueurs québécois.

« Ils méritaient de gagner selon moi. Mais d’après ce que j’ai vu du match, ils ont joué avec ce courage qui pour moi définit Saint-Laurent, mais définit aussi le foot québécois. C’est le courage. Comme, on s’en fout qui est devant nous. On est conscients, mais on s’en fout. »

Bien avant d’arriver aux commandes du CF Montréal, Philippe Eullaffroy était probablement l’un des plus grands ambassadeurs du soccer d’ici. Il a dirigé des équipes universitaires québécoises, a travaillé avec les fédérations de la province et a bâti l’Académie de l’Impact avant d’aller travailler dans de réputés centres de formations en Afrique et en France.

Pour lui, la journée de mercredi dernier confirme, « s’il y avait encore besoin de le confirmer, que le Québec est la place en termes de qualité de soccer au pays. »

« On l’a prouvé sur une journée! Maintenant, on va voir ce que ça va donner dans les matchs retour. Mais ce que je veux dire, c’est que c’est juste valorisant de faire partie d’une province qui est un des hot spots du soccer canadien. »

Eullaffroy sait que ses propos pourraient faire réagir – « peut-être que je m’emballe un peu! », prévient-il en souriant – mais il se demande s’il est exagéré de rêver au jour où les équipes du Québec, grâce à leurs succès répétés, arriveraient dans une bataille avec une telle réputation qu’elle leur procurerait un avantage psychologique sur l’opposition.

« Quand on parle de gains marginaux, si c’est un demi-pourcent de crainte qu’on donne de plus aux adversaires parce qu’ils jouent contre une équipe québécoise, eh bien c’est le demi-pourcent qu’on va faire. Comme il y a longtemps eu, même si ça commence un peu à disparaître, avec les équipes brésiliennes. On avait aucune idée de la valeur de l’équipe brésilienne, mais comme ça vient du Brésil, du coup ça doit être bon! C’est la même chose. Ça vient du Québec? Ça doit être bon! Si on peut avoir ça, ce petit edge sur les autres grâce à ça, on sera très contents de le prendre! »