Soccer
soccerOpens in new window
CF Montréal de CF MontrealOpens in new window

Philippe Eullaffroy rêve d’un vrai derby québécois

Publié le 

Philippe Eullaffroy est maintenant à l'emploi de l'Olympique lyonnais.

MONTRÉAL – On peut sortir un gars du Québec, mais on ne peut pas sortir le Québec d’un gars. En exil professionnel depuis un peu plus de deux ans, Philippe Eullaffroy est autant sinon plus au courant de l’actualité footballistique de la Belle Province que peut l’être l’amateur moyen qui y habite.

Tenez, au détour d’une longue conversation sur sa récente embauche au centre de formation de l’Olympique lyonnais, c’est lui-même qui amène sur le sujet l’annonce de la création d’une nouvelle franchise québécoise en Première ligue canadienne.

Pendant la décennie qu’il a passée à la tête de l’Académie de l’Impact, Eullaffroy a contribué à préparer des dizaines de jeunes joueurs québécois pour le monde professionnel. Ses anciens élèves ont gradué en MLS, mais aussi dans une multitude d’autres circuits en Amérique du Nord, en Europe et en Asie.

Il est peut-être mieux placé de quiconque pour juger de la faisabilité du plan du président du FC Supra du Québec, Rocco Placentino, qui ambitionne non seulement de mettre sur le terrain une équipe entièrement composée de joueurs locaux, mais de la qualifier pour les éliminatoires dès sa première année d’existence.

Selon lui, les idéaux de Placentino sont réalistes, mais l’échéancier qu’il s’est fixé pour les atteindre est peut-être ambitieux.

« Il faut bien le préparer, conçoit Eullaffroy. Rocco a parlé à juste titre de l’Athletic Bilbao, qui est une référence en termes de foot identitaire et proche de ses racines. Mais Bilbao ne s’est pas construite en une semaine, en une saison. Donc ça prend du temps et ce qui est difficile, c’est que dans le temps que ça prend, tu dois quand même être performant. »

« Donc ça va être ça l’équation que Rocco et le Supra vont avoir à résoudre, poursuit le scientifique de formation. Comment aller vers cet objectif d’avoir cette forte identité québécoise, ce qui est faisable, tout en étant performant assez rapidement? C’est presque de l’alchimie, c’est transformer des choses en or... Mais la matière première est là et ça, c’est une évidence. »

Eullaffroy se souvient d’avoir regardé une finale de la PLC au début de son existence. Dans les deux équipes qui s’affrontaient, on comptait une dizaine de Québécois. Ils les avaient connus personnellement, pour la plupart, au centre de formation qu’il dirigeait à l’époque. Pour celui qui est aussi passé dans les équipes de l’UQAM et de l’Université McGill, l’arrivée d’une autre équipe professionnelle au Québec vient effacer une vieille et incompréhensible anomalie.

Et il espère qu’on ne s’arrêtera pas là.

« J’espère qu’il y en aura une autre à Québec. C’est un portrait incroyable qu’il y a là-bas et si on pouvait recréer la compétition Canadien-Nordiques à travers le soccer, ça serait un clin d’œil incroyable à l’histoire du sport québécois. Ça serait une rivalité unique au Canada au niveau du soccer parce que même s’il y a deux équipes à Toronto, ce n’est pas un vrai derby. »

« Moi je pense que si on peut avoir cette deuxième équipe de PLC à Québec, on va avoir un paysage du soccer professionnel au Québec qui sera presque unique au monde. Il y a le potentiel pour que nos franchises soient des exemples pour le reste de la ligue. »

« On aurait pu faire des choses incroyables »

Il a beaucoup été mentionné – Nick De Santis l’a fait avec le plus d’insistance – que l’arrivée de la PLC au Québec offrirait non seulement une plateforme supplémentaire aux jeunes joueurs d’ici, mais aussi à des entraîneurs et à des gestionnaires de la province. C’est un fait que le talent québécois dans le monde du soccer dépasse largement les limites du terrain.

Il faut presque lui tordre un bras pour qu’il l’admette, mais Eullaffroy a son petit mot à dire là-dedans. La liste des entraîneurs qu’il a embauchés pour travailler dans sa pyramide à l’époque de l’Impact est impressionnante.

Juste au Crew de Columbus, ils sont quatre : Wilfried Nancy, Yoann Damet, Jules Gueguen et Maxime Chalier. À Portland, Serge Dinkota est l’entraîneur-chef de l’équipe réserve. Plus près d’ici, le personnel des Roses de Montréal est composé de trois de ses anciens élèves : Robert Rositoiu, Yannick Girard et Antoine Guldner.

Nicolas Gagnon et Jack Stern travaillaient jusqu’à tout récemment en Premier League. Benoit Deplagne est préparateur physique au Toulouse FC, en Ligue 1. Esteban Landazabal est entraîneur-chef de l’équipe réserve de Monterrey au Mexique. On peut aussi ajouter à cette liste le nom du regretté Jason Di Tullio, qui a fait deux séjours au sein de la première équipe du CF Montréal.

« C’est une énorme fierté », commence par dire Eullaffroy, soucieux de ne pas vouloir s’attribuer tout le mérite pour le succès de ses anciens collègues.

« Ils sont les premiers responsables de leur progression et de leur carrière, bien sûr. Moi je suis content parce que ça veut dire que je ne m’étais pas trompé sur leur qualité au départ. Quand ils sont arrivés à l’Académie, ils étaient tous tout petits et on a grandi ensemble. [...] C’est énorme. C’est énorme de voir leur succès. »

On fait remarquer à Eullaffroy que la liste des employés qualifiés dont les services n’ont pas été retenus à Montréal est très longue. Il n’est pas en désaccord.

« Ça me dit que putain, on a quand même fait de superbes choses avec de superbes gens. D’un, ça me dit qu’on travaillait bien. Qu’ils travaillaient bien. Et je me dis : ‘Wouah, ils seraient restés à Montréal, tous ces gens-là...’ »

« Si tu aimes Montréal, tu te dis que c’est dommage que ces gens-là ne soient pas restés et n’aient pu aider à faire de Montréal une équipe majeure de MLS. Donc il y a toujours un petit et si, et si, et si... On aurait pu faire des choses incroyables. »