MONTRÉAL – Sur le banc en 2022 au Qatar, James Pantemis a été complètement écarté des sélections de Jesse Marsch en vue de la Coupe du monde l’été dernier. La logique voudrait qu’à 29 ans, le train qui devait le transporter à un échelon supérieur dans la hiérarchie de la sélection canadienne ait quitté la gare sans lui.
Il ne le voit pas ainsi.
Pantemis est présentement avec l’équipe nationale pour la première fenêtre internationale depuis la fin du Mondial. À l’entraînement, il partage des répétitions avec Dayne St. Clair et Owen Goodman, les deux adjoints de Maxime Crépeau dans le chemin du Canada vers les huitièmes de finale. On peut penser qu’il n’aurait pas été invité si Crépeau ne s’était pas désisté pour des raisons personnelles. Peu importe. Le Montréalais n’est pas venu que pour remplir un maillot.
« Pour moi, c’est toujours de viser haut, établit l’ancien portier de l’Impact. Quatre ans, c’est long. [...] Je ne veux pas trop penser au futur, mais pour moi l’objectif c’est de faire l’équipe et de jouer, tout simplement. J’ai du temps devant moi, mais le travail commence aujourd’hui. »
« Que j’aie l’opportunité de jouer durant ce camp ou dans la Ligue des Nations, la Gold Cup ou la Copa América dans deux ans, ça ne me dérange pas. Chaque fois que je viens ici ou que je saute sur le terrain [avec mon club] à Portland, l’objectif est de performer. Et après le bonus, c’est d’être ici. Pourquoi pas être le gardien partant dans quatre ans? »
Si cet ambitieux objectif risque d’être réduit à une pure lubie par certains, ceux qui ont porté attention à son rendement récent seront tentés de lui accorder une certaine crédibilité.
Pour la première fois depuis son passage au CF Montréal, Pantemis a commencé la saison actuelle sans concurrence directe à son poste. Avec le départ de Crépeau vers Orlando, c’était lui, le titulaire indiscutable des Timbers de Portland. La pression qui reposait sur ses épaules était alors triple. D’une part, il voulait se montrer digne de la confiance de ses patrons. D’une autre, il abordait ce défi sans contrat au-delà de 2026.
Finalement, il souhaitait attirer l’attention de l’équipe nationale et ajouter son nom au dilemme qui allait se présenter à ses dirigeants.
Dans les semaines qui ont précédé l’annonce des choix de Marsch, Pantemis semblait avoir coché toutes ces cases. À la fin mai, dans un article publié sur One Soccer, le journaliste Alexandre Gangué-Ruzic relevait que Pantemis avait accordé cinq buts de moins qu’il aurait dû selon les statistiques avancées compilées par le site spécialisé Fotmob. Il se classait alors au quatrième rang de la MLS à ce chapitre, loin devant ses compatriotes Crépeau (18e) et St. Clair (23e).
Personne n’a jamais prétendu que Pantemis, avec une seule sélection à son CV, devait chauffer ces deux vétérans de l’équipe nationale pour le poste de numéro un. Mais il n’aurait pas volé de passer devant Goodman, 22 ans, que plusieurs voient comme le gardien d’avenir de l’Unifolié.
« Bien sûr, il y avait des moments où j’attendais l’appel, où j’ai cru que j’aurais peut-être pu être appelé par la sélection. À la fin de la journée, ce n’était pas dans les plans pour moi », se console-t-il.
« C’était dur de l’accepter. C’était un rêve. J’ai eu l’occasion il y a quatre ans de faire partie de l’équipe. C’était franchement l’un des meilleurs mois de ma vie. Donc de rater cette chance-là, ça m’a fait mal un peu, mais j’étais content pour tout le monde aussi. »
Loin de Montréal, l’eldorado
Au fond, le simple fait que Pantemis ait inséré son nom dans cette conversation est une victoire en soi. Qui aurait cru, quand il a quitté Montréal à la fin de la saison 2023, que son travail et sa résilience lui vaudrait un jour de mériter ce statut?
Rappelez-vous : l’ancien Académicien devait être titulaire dans le projet de Hernan Losada, mais au tout premier match de la saison, une blessure à une épaule l’avait mis sur le carreau et avait ouvert toute grande la porte à Jonathan Sirois. Jamais on ne lui a donné la chance de reprendre son poste.
Il admet avoir eu de la difficulté à accepter son sort. « Mais c’est le métier, a-t-il fini par assimiler avec le recul. Jo est rentré et il a fait une super saison, je me rappelle. Donc c’était dur pour moi de revenir dans les buts. Est-ce que j’aurais aimé avoir une chance, au moins, de me prouver que je pouvais le faire? Bien sûr. Mais je comprends. »
Non seulement il comprend, mais il est aujourd’hui reconnaissant que cette malchance ait provoqué la suite d’événements qu’il l’a mené à Portland.
« Si je repense à cette situation, je crois qu’une des meilleures choses pour ma carrière, ça a été de partir de Montréal. Et ce n’est pas parce que j’avais un problème avec le club ou des choses à l’interne. À ce moment-là de ma vie, peut-être que j’étais trop confortable dans mes affaires, que j’avais besoin de me faire pousser en dehors de mon environnement. Peut-être que c’est ce dont j’avais besoin pour vraiment lancer ma carrière. »
Il fallait être un devin pour prédire la suite. Pantemis a battu les probabilités en délogeant Crépeau, un ancien champion de la Coupe MLS, pour faire sien le filet des Timbers.
Il part maintenant à la poursuite du plus gros d’éclat de sa carrière.





