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Les souvenirs d’Amandine Pierre-Louis s’arriment au présent

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LAVAL – L’image risque d’être recyclée chaque fois que les Roses de Montréal rapatrieront au pays une joueuse locale. On parlera de la fin d’un exil, d’un « retour à la maison ». Mais jamais cette formule accrocheuse ne sera aussi près de la vérité qu’elle ne l’est pour Amandine Pierre-Louis.

La nouvelle recrue de l’équipe québécoise de la Super Ligue du Nord a grandi dans le quartier Sainte-Rose, à une quinzaine de minutes en voiture du Stade Boréale. De 2013 à 2015, entre ses saisons à l’Université West Virginia, elle a couru sur la même pelouse artificielle dans l’uniforme des Comètes de Laval.

« Mais le pire, ajoute-t-elle, c’est qu’ici, en fait, c’était mon Sport-études. À partir de 13 ans, je venais m’entraîner ici à tous les jours. C’est vraiment comme si je faisais la boucle. Je reviens au point de départ, littéralement. »

Pierre-Louis est partie pour de bon à 23 ans pour commencer sa carrière professionnelle aux États-Unis. Son chemin a ensuite bifurqué vers la France, la Tchéquie et le Danemark. C’était, il n’y a pas si longtemps, l’itinéraire obligé pour des joueuses de son calibre.

Mais la vie lui a donné des aperçus de ce que pourrait être un jour sa réalité. La boucle qu’elle dit venir rattacher, c’est plutôt comme une spirale qui l’a ramenée chez elle épisodiquement.

À 19 ans, la Lavalloise a représenté le Canada à la Coupe du monde des moins de 20 ans. Le tournoi était présenté au Stade olympique. À sa première apparition, contre la Corée du Nord, elle a été à l’origine de l’unique but du match.

« C’était beau parce que j’ai grandi à Laval, mais ma famille vient beaucoup de St-Léonard et de l’est de Montréal. Le Stade olympique, c’est un peu emblématique. C’était quand même surréaliste d’y jouer. Il y a des petites filles que je coachais à l’époque qui étaient venues voir le match, elles me voyaient tout d’un coup d’une autre façon. Je trouvais ça inspirant. »

Pierre-Louis était aussi de la sélection haïtienne qui est venue jouer un match au Stade Saputo en juin 2025. Plus de 18 000 spectateurs avaient assisté à la rencontre. Ceux qui y étaient parlent encore de l’ambiance qui régnaient ce soir-là au pied de la grande tour.

« C’était débile, se rappelle la numéro 14 des Grenadières. Mon père est Haïtien, ma mère est Québécoise. Jeune, j’ai eu la culture haïtienne complète avec mes grands-parents et ma tante, mais j’ai grandi dans une famille québécoise. Jouer à Montréal [...], c’était mes deux mondes mis ensemble. C’est comme si ma vie au grand complet était au même endroit. »

« J’avais des amis, des profs, des gens que j’avais croisés qui étaient au match juste parce que je jouais. En plus, je célébrais l’histoire d’une partie de ma famille. Pour moi, c’était beaucoup d’émotions. »

La Super Ligue du Nord (SLN) en était à ses balbutiements à ce moment, mais déjà il existait un intérêt mutuel entre Pierre-Louis et les Roses. Sachant qu’un retour définitif à Montréal était dans les cartons, elle reconnaît s’être projetée dans ce qui pourrait être son avenir lors de cette soirée magique.

« Ça m’a amenée là, c’est sûr. Il y a [l’ampleur de] la foule, d’abord, mais aussi la présence des gens qui sont importants pour moi et qui m’ont suivie depuis des années. J’ai des amies avec qui j’ai joué quand j’avais 14 ans qui, encore aujourd’hui, me disent : “On vient à ton premier match demain!” »

Pierre-Louis a obtenu ses premières minutes en SLN la semaine dernière dans une victoire à Vancouver. Ce n’est probablement qu’une question d’heures avant qu’elle ne fasse ses débuts à domicile. Les Roses accueillent les Tides de Halifax vendredi.

« Je pense que je pars sur ma dixième ou onzième saison professionnelle. Recommencer encore, mais à la maison, ce n’est pas pareil. J’ai toujours envié mes coéquipières qui jouaient à la maison. »

« Maintenant que j’ai la chance d’avoir ça, c’est vraiment un privilège. Et puis la mentalité de préparation de match est un peu différente. Tu veux bien faire, tu veux performer. Maintenant que tu joues pour ta ville, c’est encore plus facile d’aller se battre sur le terrain. »

—  Amandine Pierre-Louis

Un air de déjà vu

Aux extrémités de son parcours en Europe, Amandine Pierre-Louis aura participé au lancement de deux ligues en Amérique du Nord.

La National Women’s Soccer League (NWSL) en était à sa sixième année d’opération quand la Québécoise a été repêchée en première ronde par le Sky Blue FC (depuis rebaptisé Gotham FC), une équipe basée au New Jersey. La ligue qu’elle a intégrée pendant deux ans était déjà reconnue pour offrir du bon niveau, mais en termes de visibilité et des conditions de travail qu’elle proposait, ça n’avait rien à voir avec ce qu’elle offre en 2026.

La convention collective ratifiée il y a deux ans a notamment offert aux joueuses des contrats garantis avec un salaire minimum plus élevé, des bonis plus généreux et un plus grand contrôle sur la gestion de leur carrière.

Tout ça pour dire que Rome n’a pas été bâtie en une journée. En arrivant en SLN, Pierre-Louis est consciente qu’elle rejoint un projet embryonnaire, mais elle est confiante que le circuit fondé par Diana Matheson puisse suivre la même progression que la NWSL.

« C’est sûr qu’on va devoir ajouter des équipes à travers le Canada pour être capable de compétitionner – qui sait, une équipe à Québec ça pourrait être intéressant aussi! - mais je pense que c’est déjà intéressant de voir les investisseurs et les gens qui sont prêts à s’engager dans des partenariats. »

« Ici, les joueuses sont déjà mises de l’avant, les médias sont présents. Aux États-Unis, quand j’étais là, on ne parlait pas vraiment de ça. Pourtant aujourd’hui, c’est un des sports féminins les plus regardés. Le monde entier regarde cette ligue-là. »

Les matchs de la NWSL attirent des foules moyennes de 11 044 spectateurs cette saison. En 2018, le Sky Blue FC attiraient environ 2500 partisans par match. En 2023, la même équipe jouaient devant plus de 6000 spectateurs en moyenne.

« Je pense qu’au Canada, si on peut continuer de faire venir des joueuses, avec des salaires qui sont quand même assez intéressants pour des premiers contrats professionnels, ça peut vraiment avancer », anticipe Pierre-Louis, qui apporte elle-même sa pierre à l’édifice en prenant la décision de rentrer à la maison.