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LAVAL – La question avait été posée à Marinette Pichon il y a deux ans. À l’époque, la directrice sportive des Roses de Montréal se trouvait devant une page blanche. Son effectif était à bâtir, tout comme la ligue dans laquelle il allait être testé.
Avait-elle alors les arguments nécessaires pour convaincre les Québécoises qui brillaient à l’international de rentrer au bercail?
« Il faut être capable de se dire que c’est un projet naissant, un projet qui ne risque pas de répondre dans un premier temps à un certain niveau de compétitivité comparé aux autres championnats qui existent depuis plusieurs années, avait-elle répondu, lucide. Je n’ai pas d’inquiétude sur le fait que ces jeunes filles et jeunes femmes de notoriété vont venir sur notre territoire. Quand? Ça devient une question de timing. »
La réponse à cette dernière interrogation est tombée la semaine dernière, quand les Roses ont annoncé la mise sous contrat de la Montréalais Marie-Yasmine Alidou. Celle qu’on surnomme « Mimi » a passé les dernières années au club portugais Benfica, avec lequel elle a brillé en Ligue des champions, et aux Portland Thorns dans le championnat américain. Elle est aussi parvenue, au cours de cette période, à être considérée avec régularité par l’équipe nationale canadienne.
L’embauche d’Alidou, un coup majeur pour les Roses, a été annoncée en même temps que celle d’Ève Périsset, une internationale française qui a notamment joué au PSG et à Chelsea. Au même moment, l’AFC Toronto présentait sa propre nouvelle recrue : la défenseuse Shelina Zadorsky, vétérane du championnat d’Angleterre et de l’équipe nationale canadienne. Quelques semaines plus tôt, la gardienne Sabrina D’Angelo avait emprunté le même chemin.
« Les joueuses commencent à cogner à la porte et je pense que ça va devenir de plus en plus difficile d’entrer dans cette ligue », constatait cette semaine la cocapitaine des Roses, Mégane Sauvé.
« Je m’y attendais. J’aurais même anticipé que ça arrive plus tôt, a réagi l’entraîneur Robert Rositoiu. Parce que la ligue, elle est pour vrai. »
Clairement, quelque chose se passe et Pichon ne croit pas que ça ne soit qu’une histoire d’un soir. Elle le voit plutôt comme un point de bascule, une oscillation sur la ligne du temps qu’on pourra un jour identifier comme le moment où la Super Ligue du Nord est passée à autre étape.
« Je pense qu’il fallait une personne courageuse qui montre la voie et puis des clubs qui aient la capacité de rassurer ces joueuses-là. Je pense qu’avec Toronto et les Roses, c’est fait. Maintenant l’idée, c’est que ce ne soit pas juste deux clubs qui puissent attirer ces joueuses, mais qu’on puisse avoir une uniformité pour avoir de l’incertitude sportive, de la qualité, du plaisir, du jeu. »
« Et oui, je pense qu’on est à un tournant décisif parce qu’une fois qu’on a accueilli ces grands noms et qu’on leur a montré qu’on est capable d’avoir un championnat compétitif, surtout en plus avec l’ajout du Championnat canadien féminin, on commence à prendre une vraie place dans le monde du soccer. Donc j’ai l’impression qu’on est vraiment à un tournant. »
— Marinette Pichon
Le terrain parle
À l’An 1 de la SLN, Alidou n’était pas prête à se lancer dans le vide. D’une part, elle avait des défis personnels à relever avec son passage en National Women’s Soccer League (NWSL). Et elle l’avoue, « je pense qu’inconsciemment, je voulais un peu voir de loin » de quoi aurait l’air cette nouvelle ligue canadienne.
Aux yeux de la jeune trentenaire, la SLN a rapidement fait ses preuves.
« Le fait d’avoir ces joueuses qui arrivent, qui sont attirées par notre façon de jouer, ça en dit beaucoup sur le travail qu’on a accompli jusqu’à présent », se félicite Rositoiu.
« Je pense que le niveau de la ligue a vraiment évolué, constate pour sa part Marinette Pichon. On voit une vraie différence dans les enjeux tactiques, dans des matchs où l’intensité a augmenté, la qualité technique a augmenté, le nombre de buts attendus a augmenté aussi. C’est ce qui fait que la ligue gagne encore plus de crédit aujourd’hui. »
Pichon ajoute que les succès aux guichets viennent donner encore plus de crédibilité à la ligue. En 2025, les matchs de la SLN attiraient en moyenne 3637 spectateurs. Cette année, on observe dans ses stades des foules moyennes de 3236 partisans. La légère baisse est attribuable au fait que l’an dernier, les deux premiers matchs de l’histoire de la ligue avaient été présentés devant plus de 14 000 spectateurs au BC Place de Vancouver et au BMO Field de Toronto.
La patronne du département sportif des Roses affirme que ce rendement place la SLN parmi les cinq ligues féminines les plus courues dans le monde.
« Je pense que la ligue va continuer de grandir assez rapidement considérant comment elle a été créée, prévoit Mégane Sauvé. C’est vraiment fait sur un cadre qui est complet pour les joueuses. On a des bonnes conditions par rapport à l’Europe. J’ai joué dans des grands clubs comme dans des petits clubs et les conditions peuvent y être très inégales. Ici, tout le monde est confortable dans la vie qu’elle mène. Aucune joueuse ne doit avoir un deuxième travail sur le côté. C’est sûr que ça aussi, ça va attirer plus de talent. »
À quelques jours de l’ouverture de la fenêtre estivale de transferts en SLN (du 21 juillet au 31 août), il ne faut pas s’attendre à voir les Roses tenter un autre coup de circuit. Pichon, qui a les mains liées par les contraintes du plafond salarial, travaille à greffer une ou deux autres joueuses à son effectif. Mais à moins qu’une blessure ne vienne libérer de l’espace dans les livres comptables, le gros des emplettes est terminé.
« Mais je dirais qu’environ 10 mois sur 12 dans l’année, on est en recherche active. On est déjà en train de proposer des signatures pour des joueuses en 2027. Donc on est vraiment dans l’anticipation de notre effectif, que ça soit pour des doublons de poste ou des joueuses qui pourraient ne pas rester évidemment l’an prochain. On le fait pour avoir cette tranquillité et puis pour être sur les bons coups surtout. »





