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Matisse Chrétien : après les doutes, la révélation

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LAVAL – « Si je manque mon action, si je manque ma passe, ça se peut qu’on concède un but. »

Cette phrase, elle tournait en boucle dans la tête de Matisse Chrétien alors que se déroulait devant lui le premier match de sa carrière chez les professionnels. Le FC Supra du Québec écrivait les premières lignes de son histoire sur le terrain du Pacific FC et son jeune défenseur central était plus intéressé à ne pas gâcher le moment qu’à tenter d’y laisser sa marque.

« Je ne prenais même pas de chance. Le ballon arrivait, je le kickais. Il y avait toujours un petit stress de penser au négatif, admettait candidement le jeune homme de 23 ans la semaine dernière, quelques jours avant le début des séries éliminatoires de la Première Ligue Canadienne. Je me disais que maintenant, je jouais pour une organisation complète, pour un club. Quand tu perds un match, c’est tout le club qui est affecté. Si je cause une défaite, ça affecte tout le monde. »

La transparence de Chrétien ouvre une fenêtre importante sur les doutes et l’insécurité qui peuvent tarauder des athlètes qu’on pense souvent armés d’une confiance à toute épreuve. Jamais il n’avait laissé ces pensées attaquer son esprit pendant sa saison à l’Université McGill ou ses deux années dans la NCAA. Le fait de mettre sa signature sur la dernière page d’un contrat a fait apparaître dans sa tête un paquet d’enjeux qui n’existaient en réalité nulle part ailleurs que là, entre ses deux oreilles.

Le même conseil lui a été répété par plusieurs voix. Celles des entraîneurs de l’époque, Nick Razzaghi et Ramtin Maherpour. Celles des vétérans qui l’entouraient, qui étaient aussi passés par là. « Arrête de penser. Fais juste jouer. »

Assez rapidement, les mots ont touché leur cible et la version actuelle de Matisse Chrétien a commencé à prendre forme.

« Je pense que c’est à partir de mon troisième match, celui à Halifax, celui où j’ai marqué mon premier but. Vraiment, c’est là que j’ai compris, J’ai commencé à plus dribbler entre les lignes, à avancer avec le ballon. Ça m’a fait réaliser comme : “Ok, je peux le faire”. J’avais aucun problème à le faire en fait. Ça ne servait à rien d’être stressé avec ça. »

Il n’est pas trop fort d’affirmer que Chrétien a été l’une des révélations dans cette première saison du Supra. Dans une défense centrale qui a perdu un titulaire, Ismael Yao, après seulement trois matchs et que plusieurs considéraient comme le maillon faible de l’équipe d’expansion, il a rapidement pris du galon pour s’élever au rang de général.

En quelque 2300 minutes de jeu, il s’est classé dans le top-5 de la PLC au niveau des actions défensives par 90 minutes. Il a aussi marqué quatre buts et côtoyé les grosses pointures du circuit par la qualité de ses dribbles et de ses passes longues.

« Et c’est vraiment un leader, témoigne le vétéran Charles Auguste, son partenaire de jeu dans le dernier droit de la saison. Dans la ligne défensive, je laisse Matisse gérer et moi je suis plus sur le côté. Quand je sens que c’est nécessaire, je dis : “Yo Matisse, live c’est le temps de parler aux gars” et il va le faire avec aplomb. Je suis vraiment content pour lui parce qu’il a beaucoup grandi en termes de maturité. »

« Pour moi, c’est un de mes joueurs qui a le mieux réussi cette année, affirme le président Rocco Placentino, qui donne le crédit à Razzaghi de l’avoir détecté et intégré au projet. Il est très humble, c’est un très bon joueur et je pense que s’il est capable de faire une autre année comme ça, il ne va pas rester avec nous. Il ne doit pas rester avec nous. »

Penser à la MLS, mais pas trop

Chrétien avait espoir d’être recruté par un club de MLS avant d’accepter l’offre du Supra. Quand il était à l’Université de San Francisco, son entraîneur l’avait mis au parfum de l’intérêt de quelques équipes à son endroit, notamment San Jose et Atlanta.

Il a commencé à penser au repêchage de la MLS. À se faire toutes sortes de scénarios. Avant les matchs, après les matchs. Pendant les matchs.

Ça a été une autre occasion d’en apprendre sur l’importance de bien trier les informations qui peuvent aller semer le désordre dans nos réflexions.

« Je me projetais un peu trop quand j’étais aux États-Unis et ça m’a fait vivre beaucoup de déception. Tu vois, avant le repêchage, les équipes appellent tes entraîneurs, tes entraîneurs te disent que tu te fais regarder. Finalement, quand ça finit par ne pas marcher, c’est un coup dur quand même. »

Quant le Supra a tenu promesse et a réitéré son intérêt à son endroit, Chrétien n’a plus vu de bonne raison de résister. L’idée d’un projet tout québécois l’interpellait. Celle de commencer sa carrière près de sa famille et de ses amis aussi. « Je crois que je n’aurais pas pu commencer à une meilleure place qu’ici », dit-il.

Il aspire toujours à jouer à un niveau supérieur, « mais chaque chose en son temps », temporise-t-il. Il veut laisser son agent gérer cet aspect de sa carrière et se concentrer sur son jeu et sur les objectifs de son équipe en séries.

« Sinon c’est trop de choses dans la tête », a-t-il appris avec l’expérience.