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Rositoiu est parti la tête haute, au propre comme au figuré

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MONTRÉAL – La première fois que Robert Rositoiu est passé par l’entrée principale du Complexe Multi-Sports de Laval en tant qu’entraîneur-chef des Roses de Montréal, il n’y avait rien d’autre devant lui que des idées et de bonnes intentions.

Un quartier général moderne a été construit. Il héberge une équipe de direction et un groupe de joueuses qui imaginent et exécutent un projet de jeu pertinent.

Le centre d’entraînement des Roses compte maintenant une deuxième porte, plus discrète, qui donne directement sur le stationnement. Mais quand Rositoiu a quitté avec ses effets personnels après avoir appris qu’il était congédié, le matin du 13 août, il a consciemment emprunté le plus long chemin vers la sortie.

« Je tenais à sortir par la grande porte », raconte l’entraîneur de 33 ans en entrevue à RDS, sa première depuis la fin de son association avec le club de la Super Ligue du Nord.

« Parce que c’est par là que je suis entré et c’est comme ça que je me suis senti... et que je me sens toujours. Fier de moi, fier de ce que j’ai fait, de l’effort que j’ai mis. Donc j’ai fait tout le tour pour aller jusqu’à mon auto. C’était juste symbolique. Je suis sorti littéralement avec la tête haute. »

Rositoiu assure qu’il quitte la roseraie qu’il entretenait depuis près de deux ans sans animosité ni regret. Il dit respecter la décision de la directrice sportive Marinette Pichon. À son ancienne adjointe Maryse Bard-Martel, qui lui succède sur une base intérimaire, il souhaite « qu’elle aura la chance de pouvoir s’éclater, aller chercher les résultats et les performances qui lui permettraient de continuer. »

Il fait référence à Carlo Ancelotti, le vénérable entraîneur italien, qui a maintes fois normalisé cet inéluctable destin réservé à tous les entraîneurs, du pire au meilleur. « J’étais conscient de ça quand j’ai signé mon contrat. J’ai comme senti que tu es sur un siège éjectable à ce moment-là. Donc j’étais toujours prêt à cette éventualité. »

Rositoiu dit ne pas avoir senti de signes avant-coureurs de son licenciement. À l’interne, les conversations n’étaient pas plus tendues qu’elles ne le sont habituellement quand il manque de constance dans les résultats. « Nos discussions pour l’avenir étaient très positives », ajoute-t-il, lui qui écoulait la dernière année de son contrat.

De l’extérieur, cependant, il était légitime de se demander si le statu quo était envisageable. Les Roses venaient de perdre trois matchs de suite par blanchissage à domicile. Le plus récent, une élimination précoce contre une équipe semi-professionnelle en Championnat canadien, avait été particulièrement gênant.

Depuis l’acquisition de la joueuse étoile Marie-Yasmine Alidou au début juillet, le moteur de l’équipe toussotait alors qu’il aurait dû rouler à plein régime. Quelque chose ne tournait pas rond.

Un point tournant?

Le jour de l’annonce du congédiement de Rositoiu, Pichon avait expliqué sa décision par une impression de « stagnation ».

« C’est sûr qu’avec une équipe qui est en cours de saison, c’est super important de faire attention à ça pour ne pas tomber là-dedans, d’essayer de se renouveler constamment, reconnaît Rositoiu. Et je pense qu’on était sur la bonne voie pour le faire avec les nouveaux ajouts, notamment avec Mimi et Ève [Périsset]. »

« Je sentais qu’on était dans un point tournant où ça allait arriver. C’est juste que parfois ça prend un petit peu plus de temps. Apporter des joueuses de qualité, c’est une chose, mais créer la chimie, ça peut prendre un peu de temps. Mais je comprends très bien le fait que quand on a investi beaucoup pour aller chercher des joueuses de qualité, on veut voir les résultats tout de suite. »

À sa première sortie publique, Bard-Martel a vanté la qualité des bases jetées par Rositoiu, mais lorsque questionnée sur ses priorités, elle a mentionné vouloir « trouver des façons à court terme de mettre nos joueuses dans leur meilleur poste. » La réponse laissait place à la spéculation. Cette saison, une série de facteurs ont mené au repositionnement de quelques cadres sur le terrain. Par exemple, l’attaquant Tanya Boychuk évolue désormais comme piston droit. Mégane Sauvé, ailière au début du projet, patrouille dernièrement en défense centrale.

Rositoiu réfute l’hypothèse selon laquelle ces décisions, ou d’autres de nature similaire, auraient causé des frictions.

« En tant que coach, quand tu prends des décisions, il y a des joueuses qui ne seront pas contentes, notamment celles qui jouent un peu moins. Ça fait partie de la game, je le comprends. Mais il n’y avait aucun problème avec les joueuses qui changeaient de poste par nécessité, compte tenu des blessures ou de la manière dont l’effectif était bâti. C’est quelque chose qu’on n’avait pas vraiment le choix de faire et je trouve qu’au contraire, ça a même été payant. »

Transition

Dans les jours suivants le divorce, Rositoiu a gardé un œil intéressé sur son ancien groupe. Il a regardé la victoire contre Toronto à la télé. Il souhaite à ses anciens collègues d’aller chercher les trophées qui leur ont échappé l’an dernier. Leurs succès rejailliront inévitablement sur son legs.

Il est depuis entré dans une nouvelle phase du deuil. Le jeune papa veut prioriser la famille et projette de prendre de « vraies vacances », un luxe qu’il ne s’est pas permis souvent ces dernières années.

« Je profite justement de cet inconnu, de cette transition, de cette partie de mon métier qu’on doit vivre si on a envie de faire ça. J’étais déjà prêt à ça. Maintenant c’est le temps de le vivre. »

Il travaillait dans la structure des Whitecaps de Vancouver quand il a saisi l’occasion présentée par les Roses. Il avait auparavant été formateur dans les équipes de jeunes de l’Impact. Dans la Super Ligue du Nord, il a été initié à une autre variété d’imputabilité.

« C’est sûr que j’ai la piqûre, j’ai la passion pour rester dans le monde professionnel parce qu’il y a cet élément de faire les choses bien, mais avec la pression du haut niveau. Et l’intensité du haut niveau, elle me plaît donc j’aimerais rester à ce niveau, que ce soit en club ou en équipe nationale. »

Et dans un monde idéal, la suite lui permettrait de rester au Québec. « Mais en même temps, j’en parlais avec ma femme et la valise est prête. Si jamais je dois partir, parce que c’est ça aussi notre métier, je l’anticipe avec beaucoup d’enthousiasme. »