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Un rêve brisé, la force de tout recommencer

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MONTRÉAL – Le 29 août, à sa deuxième apparition à vie sur un terrain de Premier League, Liam Millar marquait l’unique but de Hull City dans une victoire contre Coventry. Trois jours plus tard, il était prêté à Birmingham City, un club de deuxième division.

C’est sans doute l’une des positions les plus cruelles dans lesquelles peut se retrouver un joueur de soccer professionnel. Bûcher, souffrir, s’accrocher sous pression pour aider son équipe à décrocher une promotion, seulement pour se faire dire qu’on ne fait plus partie des plans pour la suite.

C’est ce qu’a vécu Millar au cours des derniers mois. Parce qu’à son but contre Coventry s’ajoute le fait qu’il avait été capitaine de son équipe dans un match de Coupe d’Angleterre quelques jours plus tôt, son sort a soulevé des odeurs d’incompréhension et d’injustice.

Millar a été au cœur de l’épopée presque miraculeuse de Hull City l’an dernier en Championship, la deuxième division anglaise. L’équipe a commencé la saison sur la corde raide, pratiquement condamnée à la relégation par plusieurs observateurs, mais elle a déjoué tous les pronostics. Elle a terminé la campagne au sixième rang du classement général, se qualifiant de justesse pour le tournoi à quatre équipes qui permet de désigner la troisième équipe promue en Premier League.

Là aussi, Hull City a défié la logique. Les Tigers ont d’abord éliminé Milwall dans une série de deux matchs. En finale, ils ont coiffé Middlesbrough grâce à un but décisif à la 95e minute. De la pure folie.

« C’était un groupe de gars unique. On formait une équipe spéciale », se remémorait l’international canadien, nostalgique, lors de son passage à Montréal la semaine dernière.

Comme il se doit, Hull a regarni son effectif durant l’été. Le club a dépensé 175 millions d’euros pour tenter de s’élever au niveau de la Premier League. Deux ailiers gauches et un ailier droit, les postes auxquels peut évoluer Millar, étaient au nombre de ses achats.

Jusqu’à la toute fin de la fenêtre de transferts, Millar ignorait ce qui l’attendait. Le jour du match contre Coventry, « tout était encore possible, atteste-t-il. Je ne savais pas trop ce qui se passait, pour être honnête ».

Parce qu’il est toujours sous contrat avec Hull, l’Ontarien est chiche sur les détails. Rester au club dans un rôle moindre « était une option, mais finalement j’ai dû faire ce qui était le mieux pour tout le monde », laisse-t-il filtrer. Il reconnaît aussi sans se faire prier qu’il n’avait pas connu sa meilleure saison l’an dernier, alors qu’il se remettait d’une grave blessure à un genou.

« Cela dit, bien sûr que je croyais qu’on me donnerait la chance de pousser pour gagner mes minutes. Ça n’a pas été le cas », déplore-t-il.

Tout ce qui descend doit remonter

Plus d’un mois après les faits, on sent que Millar navigue à travers nos questions avec une petite boule dans la gorge. Atteindre la Premier League n’était pas qu’une façon de confondre les sceptiques pour lui. C’était le rêve d’une vie.

Il avait 13 ans quand son père Alan, lui-même un ancien joueur qui avait goûté brièvement au football européen, a déménagé avec lui en Angleterre. L’adolescent a incorporé l’académie de Fulham, puis celle de Liverpool. Il est passé chez les pros en Écosse, a pris un détour vers la Suisse, puis est revenu en permanence en Angleterre quand il a débarqué à Hull en 2024.

Son début de saison en Premier League – ses premières minutes contre le club de son enfance, son but contre Coventry – lui a fait vivre des émotions indescriptibles qui ont été décuplées par leur partage avec son paternel.

« Je ne sais pas si tu as vu la vidéo qui a circulé quand Hull a été promu? On me voit enlacer mon père, les deux on est en larmes. Ce moment-là, c’était un rêve qui se réalisait pour nous deux. Il a fait tellement de sacrifices pour moi. Il était là quand j’ai joué contre Manchester United, même chose quand j’ai marqué mon but. Cette semaine-là, disons que ça a été une montagne russe d’émotions. »

Personne ne pourra reprocher à Millar de s’être apitoyé sur son sort. Son influence s’est immédiatement fait sentir à Birmingham City, où il a amassé un but et trois passes décisives dans les trois matchs qui ont précédé sa plus récente convocation par le Canada. Contre le Pérou, samedi au Stade Saputo, il a été directement impliqué dans les deux buts des siens.

Dans les circonstances, l’efficacité avec laquelle il a su remiser ses déceptions et attaquer ses prochains défis est impressionnante.

« Ça fait longtemps que je travaille avec un préparateur mental pour m’assurer que quand des situations comme ça surviennent, je suis prêt à y faire face. Évidemment, je suis déçu par tout ce qui s’est passé. J’aimerais bien mieux jouer en Premier League. Mais ce n’est pas le cas. »

Avec Millar à bord, Birmingham City n’a perdu qu’un seul de ses huit premiers matchs. L’équipe est à deux points des séries qui donnent accès au rêve de la promotion. La saison est encore très jeune, mais Millar voit des similitudes avec l’équipe de Hull qui a trompé tous les experts il y a un an.

Cette fois, c’est lui le vétéran qui s’amène avec l’expérience des grands enjeux, des matchs sous pression. C’est un rôle qu’il accepte avec enthousiasme. Même si tout est à recommencer. Même si la suite n’offre aucune garantie.