MONTRÉAL – Victor Loturi s’est mis à sprinter vers le drapeau de coin. À mi-course, il a jeté un regard furtif vers le banc de son équipe avant de sauter en brandissant le poing au ciel. Une, deux, trois autres flexions de l’avant-bras accompagnées d’un cri qui venait du plus profond de ses tripes.
Matty Longstaff est venu l’agripper par le collet. Noah Streit a placé son bras autour de son cou. Prince Owusu a rassemblé tout ce beau monde dans un grand câlin collectif.
Philippe Eullaffroy avait formulé deux souhaits à ses joueurs dans le préambule de son premier match aux commandes du CF Montréal. Il voulait que ses gars retrouvent un plaisir de jouer qui s’était perdu dans un début de saison médiocre. Mais il voulait qu’ils le fassent avec le sérieux qui fait la marque des gagnants.
Il n’y avait pas cinq minutes de jouées samedi contre les Red Bulls de New York quand ces deux consignes ont été synthétisées dans la violente célébration de Loturi. Et elles ont été indissociables du reste de la performance du CF Montréal, qui a signé une convaincante victoire de 4-1 pour commencer du bon pied l’ère intérimaire d’Eullaffroy.
« Il y a un mot qu’on a peut-être utilisé le plus souvent, c’est ‘sourire’, a confié le pilote de 62 ans après la rencontre. On a voulu ramener le sourire dans tous les coins de l’équipe, du staff. Et le deuxième mot, c’était intensité. On voulait être un animal très intense et qui fait tout pour gagner... mais avec le sourire. »
Cet animal, Eullaffroy l’a présenté comme le bukki, « un mot wolof qui veut dire la hyène ».
« C’est être tous ensemble dans la difficulté, mais pas tristes! Surmonter les étapes pour être aussi motivés, avoir de l’enthousiasme », a simplifié l’entraîneur.
« Évidemment qu’on a joué de manière différente aujourd’hui. [Lle coach] a changé quelques trucs tactiques, mais la première chose qu’il a voulu faire, c’est ramener la joie au sein du groupe, a corroboré Prince Owusu. Retrouver le bonheur, la confiance, je crois que c’était l’objectif principal. Ça n’a pas été facile parce qu’on n’avait pas beaucoup de temps, mais la semaine a été très intense, on s’est entraînés fort et tout le monde a adhéré au plan. »
Owusu a été le principal acteur offensif de cette première victoire des locaux au Stade Saputo depuis le 23 août. Il a marqué sur penalty à la 40e minute en plus de se faire complice du but de Loturi et de celui de Matty Longstaff. Il aurait mérité une autre passe décisive sur le but de Mahala Opoku tard en deuxième demie, mais son relais a dévié sur un défenseur et au moment de signer ce texte, la MLS ne lui avait toujours pas donné le crédit pour son action.
Après huit matchs, Owusu est à cinq buts et trois passes décisives. Avec un peu plus de réussite dans le tiers offensif samedi, il aurait facilement pu ajouter une ou deux contributions statistiques à son compteur.
Une distribution « symbolique »
Avant la rencontre, toute la production offensive du CF Montréal avait été générée par trois joueurs. Contre les Red Bulls, trois nouveaux joueurs ont trouvé le fond du filet et pas nécessairement ceux qu’on attendait sur la feuille de match.
Le nom de Loturi revenait souvent parmi ceux qui auraient pu écoper dans un changement d’entraîneur. Ses performances étaient chancelantes sous Marco Donadel, mais Eullaffroy lui a fait une place dans ses plans et ne l’a pas regretté.
Longstaff n’avait cadré que cinq tirs en près de 1500 minutes la saison dernière. Quant à Opoku, il avait presque complètement disparu des écrans radars en 2025. Son but contre les Red Bulls était son premier depuis le 31 août 2024.
« C’est très symbolique, a reconnu Eullaffroy. C’est très symbolique de voir que les joueurs qui d’habitude sont ceux qui servent les autres, pour une fois, étaient à la conclusion d’une belle action et ont été récompensés. Et d’avoir un Prince aussi qui passe cette solidarité-là, ça dit beaucoup de choses. »
Owusu a quant à lui eu de bons mots pour Opoku, qu’il a vu galérer pendant une année complète dans l’ombre et qui vit une sorte de petite résurrection en ce moment avec l’équipe qui a fait son acquisition en 2023.
« Mahala est un gars que tout le monde adore dans l’équipe. Il travaille fort, est très discipliné. Je crois qu’il mérite ce qui lui arrive présentement. Personnellement, je crois que ça aurait dû lui arriver plus tôt. Mais il n’a jamais arrêté. Il est toujours l’un des meilleurs à l’entraînement. Aujourd’hui, c’est une petite victoire pour lui. »
Tel qu’attendu, Eullaffroy a signé un onze partant substantiellement différent de ceux auxquels nous avait habitués son prédécesseur. En l’absence de Wiki Carmona et Hennadii Synchuk, Streit a obtenu une première titularisation en MLS sur l’aile droite. Au milieu de terrain, Samuel Piette a retrouvé sa place devant la défense tandis que dans la charnière centrale, Jalen Neal a quitté les gradins pour refouler le terrain. Tomás Avilés a fait le chemin inverse.
Ces trois « nouveaux » visages ont aussi contribué à décrocher la deuxième victoire du CF Montréal cette saison, la deuxième contre les Red Bulls.
Les Montréalais remettront ça samedi prochain, au Stade Saputo, contre New York City FC.
« Profitez du moment, mais la semaine prochaine, c’est un nouveau défi et on veut en ressortir avec les mêmes sensations qu’on ressent présentement », a relayé Owusu à ses coéquipiers.
« On va continuer parce que la hyène n’est jamais rassasiée », laisse présager Eullaffroy.







