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Relégué au banc, Samuel Piette s’est senti victime d’injustice

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MONTRÉAL - À la mi-avril, à peine installé dans ses fonctions d’entraîneur-chef par intérim, Philippe Eullaffroy s’était fait demander si la précarité de son poste lui donnerait les coudées franches afin d’employer les joueurs de son choix sur le terrain.

« En termes de motivation, l’être humain est un être social et une des valeurs dans lesquelles toute l’humanité se reconnaît, c’est la justice, avait répondu le nouveau patron du vestiaire du CF Montréal. Et moi ce que je veux faire, c’est ne pas être injuste. Donc ceux qui montrent le plus de choses à l’entraînement joueront, indépendamment de leur statut. »

Les décisions d’Eullaffroy, malgré toutes ses bonnes intentions, allaient inévitablement froisser certaines personnalités. L’une d’elles aura été son capitaine.

Les deux dernières années n’ont pas été faciles pour Samuel Piette. En 2025, un mystérieux problème de santé, éventuellement diagnostiqué comme une fistule périlymphatique à l’oreille droite, l’a plongé dans l’angoisse et le doute quant à son avenir. Cette année, c’est souvent à partir du banc qu’il a été témoin de l’une des saisons les plus difficiles dans l’histoire du CF Montréal.

Dans la deuxième partie d’une longue entrevue accordée à RDS, Piette est revenu sur les écueils de la présente campagne. Celle-ci s’est amorcée par un constat d’incompatibilité avec l’entraîneur Marco Donadel. Après un retour dans le feu de l’action, elle s’est poursuivie par une rétrogradation à la suite de l’acquisition du milieu de terrain Dani Pereira.

Titularisé dans huit des douze premiers matchs de l’ère Eullaffroy, Piette a été pratiquement inutilisé pendant une séquence de quatre parties en août. Il a fallu une blessure à Pereira pour qu’il retrouve le terrain avec plus régularité. Ça ne lui a pas plu.

« Quand tu te fais tasser comme ça et que tu performais relativement bien, que l’équipe allait aussi relativement bien, il y a une certaine injustice dans un sens. Moi, je n’ai pas mérité de perdre mon poste. »

—  Samuel Piette

Piette dit pouvoir comprendre, dans une certaine mesure, le raisonnement derrière les décisions qui l’ont affecté. Sans être nécessairement d’accord avec ce raccourci, il sait qu’il a la réputation d’être un joueur « un peu plus à vocation défensive » et réalise que son profil puisse être moins intéressant aux yeux d’un entraîneur qui cherche à revitaliser une attaque ou qui cherche constamment à revenir au pointage.

« Je pense que je peux amener autre chose, mais ça c’est pour des discussions un peu plus profondes », laisse-t-il en suspens. Puis il persiste et signe.

« Je ne dis pas que je faisais tout bien. Ce n’était pas parfait. Mais quand c’est arrivé sur le moment, je me suis posé des questions. Si j’avais perdu mon poste parce que je ne jouais pas bien, j’aurais compris et j’aurais été le premier à le reconnaître. Mais là j’étais comme “Ok, pourquoi on fait ce changement-là?” »

« C’est correct de faire jouer un autre joueur de temps en temps, on avait beaucoup de matchs, etc. Mais de ne pas être du tout dans la rotation quand on avait des matchs en milieu de semaine et qu’on met [Matty] Longstaff en “6″ alors que ce n’est pas un “6″ et qu’il ne veut pas jouer en “6″, tu te poses un peu des questions. »

Piette fait au passage son mea culpa. Son insatisfaction s’est reflétée dans la qualité de ses entraînements.

« Je veux être ici pour le long terme »

Le rôle en mutation de Piette soulève des questions sur la place qu’il occupe dans la vision à plus long terme des frères Luca et Simone Saputo. Il possède un contrat valide jusqu’à la fin de la saison sprint 2027 assorti d’une option pour 2028 à la discrétion du club. Il pourrait avoir 33 ans lorsqu’il verra la fin de ce pacte.

Il ne sait pas de quoi la suite sera faite, mais il parle certainement comme un homme qui souhaite qu’elle continue de le lier à son club de cœur.

« Moi je l’ai toujours dit, je veux rester ici à Montréal. Le club le sait, tout le monde le sait. Je veux rester à Montréal et je vais jouer le plus longtemps possible. Je le sais qu’avec le temps, mon rôle va peut-être diminuer. C’est la réalité de tout le monde. Je sais que tôt ou tard, je vais être un joueur qui va moins jouer. Je pourrais devenir un peu plus, si le club le veut, un joueur d’entraînement. Un joueur qui s’entraîne, qui est là pour le vibe, le vestiaire, s’assurer que tout se passe bien, que le groupe est uni et apporter de la qualité à l’entraînement. Tout ça sans être un partant comme je l’ai été dans les dernières années. »

« C’est pour ça qu’il y avait un peu de frustration cette année, précise-t-il. Parce que je ne pense pas que je suis rendu là dans ma carrière. Je pense que je suis capable d’en donner. »

Piette dit avoir déjà commencé à colliger des chiffres qui lui permettraient de démontrer sa valeur à ses patrons en vue d’éventuelles négociations. L’interprétation qu’il en fait renforce son sentiment d’être toujours pertinent. Même s’il joue moins, il estime être en train de livrer l’une des meilleures saisons défensives de sa carrière.

« J’ai de l’expérience dans le monde, j’ai deux yeux et je regarde le match contre Columbus, je regarde le match contre Philadelphie, je n’ai pas été parfait, mais je n’ai pas été déclassé non plus. À moins qu’on ne voie pas la même chose. À moins qu’on ait une vision différente, ça je ne sais pas. Ça va être des discussions à avoir. Mais moi, je veux être ici pour le long terme. »