MONTRÉAL – Au milieu d’une journée humide et brûlante, dans une période de l’année où tous les espoirs étaient encore permis, un jeune de 21 ans s’entraînait à tirer les coups de pied de coin au camp d’entraînement du CF Montréal.
Officieusement, Dante Sealy n’était qu’un joueur invité toujours sans contrat. Mais les dirigeants de l’équipe avaient déjà des plans pour lui. « Je crois qu’il nous réserve de belles surprises », nous avait confié l’entraîneur-adjoint David Sauvry au détour d’une conversation dans un hôtel d’Orlando.
Huit mois plus tard, Sauvry était exceptionnellement en charge du banc du CF Montréal pour le dernier match de la saison au Stade Saputo. Et Sealy l’a fait passer pour un prophète. À la neuvième minute d’un nul de 1-1 contre le Nashville SC, le jeune Américain a décoché un coup franc parfait qui s’est faufilé entre le gardien Joe Willis et son poteau.
Il avait fait le même coup la semaine précédente à Charlotte. Son pied gauche létal avait fait résonner la balle sous la transversale avant de la voir aboutir dans les cordages.
« De ma perspective, c’est vraiment difficile [d’arrêter] ses tirs parce qu’il y met vraiment beaucoup de vitesse, analysait son coéquipier Thomas Gillier samedi. Si je ne me trompe pas, le gardien aujourd’hui, il n’a pas bougé. Il a plongé? D’accord, mais il est loin. Parce que vraiment, ça va très, très vite. »
Sealy a maintenant neuf buts. S’il marque la semaine prochaine, il deviendra seulement le septième joueur de l’histoire de l’Impact en MLS à compter dix buts dans une saison. Peu de gens, pour ne pas dire personne, ne l’imaginait s’inviter dans une telle conversation en début de saison.
« Dante, on a vu que sur cette saison, il a beaucoup progressé. Je pense que tout le monde est d’accord avec ça, s’est avancé Sauvry. Pas juste en termes de stats, mais quand vous avez un joueur qui est capable de répéter et jouer beaucoup de matchs comme il l’a fait... Et Dante, on lui demande beaucoup d’efforts. Si son latéral y va, il doit y aller, il doit défendre avec lui beaucoup de fois. Donc c’est un joueur qui a été capable de nous aider à défendre, de nous aider à mettre les efforts et d’être influent offensivement. »
Durant ses quatre années dans l’organisation du FC Dallas, Sealy a passé deux saisons en prêt avec l’équipe réserve du PSV aux Pays-Bas, mais il n’a jamais joué plus de 857 minutes dans une saison de MLS. Il en a joué près de 2400 à sa première saison à Montréal, en plus de prendre part à trois matchs de Coupe des ligues et deux matchs du Championnat canadien. Et comme si ça ne suffisait pas, il a représenté Trinité-et-Tobago à la Gold Cup.
Cette saison si chargée, il est en train de la terminer en force. Le voilà sur une séquence de six buts à ses huit dernières parties.
« Comme joueur, je sais ce que je peux apporter à une équipe, a commenté Sealy. Je suis reconnaissant de me retrouver dans cette situation où je peux jouer chaque match chaque semaine. [...] C’est ma première saison complète avec une équipe première. En cours de route, j’ai gagné en maturité, j’ai trouvé ma place. Ça a pris du temps, mais les choses ont fini par bien se placer. »
Sauvry a noté qu’en cours de saison, il a entendu des gens critiquer Sealy pour sa nonchalance. « C’est quelque chose que moi, je n’avais pas vraiment compris parce qu’en le voyant à tous les jours à l’entraînement, je n’étais pas forcément d’accord. Et on le voit sur la fin de saison, il continue de progresser, ses stats augmentent, il est influent. »
Sealy a aussi été l’objet de moqueries, sur les réseaux sociaux, pour sa tendance à chercher le dribble de trop, ses nombreuses pertes de balles et ses tirs imprécis envoyés dans les tribunes.
Quand on lui a demandé samedi si ces critiques l’avaient atteint en cours de route, il a réagi avec la plus succincte des réponses : « Non. »
Ses détracteurs ne doivent pas en avoir beaucoup plus à dire aujourd’hui.
Ce qu’ils ont dit...
« Si c’est ça l’ambiance quand les résultats ne vont pas, je veux vraiment être ici quand les résultats vont aller. [...] Si, dans nos pires moments des dernières années, les supporteurs sont là, il va falloir augmenter la capacité du stade quand les résultats vont venir parce que les Montréalais seront là. »
— -Thomas Gillier, qui aime jouer au Stade Saputo
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« Si on arrive à 1-0 ce soir, on se dit ‘Ok, on n’a pas été bons, mais nos changements nous ont permis de garder le score’. Mais là on se fait égaliser 1-1 et on se dit qu’on aurait dû garder [Ivan] Jaime sur le terrain. Effectivement. Donc mes changements n’ont pas été bons sur le match, c’est la réalité. »
— -David Sauvry, en réflexion sur sa décision de sortir Ivan Jaime et Olger Escobar du match à la 65e minute.




