MONTRÉAL – Wilfried Nancy a sorti une expression bien de chez lui pour décrire la performance que venaient de livrer ses hommes dans un match nul sans but contre New York City FC.

Le natif de Toulon, dans le sud de la France, a dit de ses joueurs qu’ils s’étaient « mis chiffon », une déclaration qui a immédiatement été suivie d’une demande d’explications.

« C’est se mettre minable. C’est faire preuve de résilience même quand c’est difficile, a proposé Nancy après un instant de réflexion. Vous savez, j’en parle souvent, quand il y a une petite voix dans la tête qui dit : "J’peux pas faire ce geste-là, j’peux pas faire cette course-là" à cause de la fatigue... Les gars ont mis cette voix de côté et ont tout fait pour aller chercher un bon match. »

Quand on lui a fait remarquer qu’il semblait s’agir de l’équivalent français de la Grinta, Nancy n’a pas tardé à approuver. « Exactement », a-t-il dit sur un ton convaincu.

CF Montréal 0 - New York City FC 0

La Grinta, cette expression italienne qui désigne la fougue, la combattivité et la rage de vaincre qui peut animer un joueur, restera à jamais l’héritage laissé au CF Montréal par Jason Di Tullio. Le Montréalais a fait de cet état d’esprit le point central de sa carrière. C’est ce qui lui a permis de jouer 75 matchs avec l’Impact entre 2002 et 2007. C’est ensuite ce qu’il a transmis à ses joueurs au cours d’un parcours d’entraîneur qui s’est amorcé au sein de l’Académie du club en 2011.

Di Tullio s’est éteint cette semaine à l’âge de 38 ans. Il a succombé à un fulgurant cancer du cerveau qui lui avait été diagnostiqué à peine un an plus tôt. C’est un match à son image que les joueurs du CF Montréal s’étaient promis de livrer samedi.

« C’est le message qui a été passé de ma part avant le match, a confié le capitaine Samuel Piette. Oui, évidemment, une victoire ferait du bien, mais je pense que pour honorer Jason aujourd’hui, c’était tout simplement d’avoir la mentalité de cette Grinta. D’être positifs, d’être passionnés, d’être braves et courageux comme Jason l’était. Je pense qu’on l’a été ce soir. »

De mélancoliques effluves de nostalgie circulaient dans les coulisses du Stade Saputo pour ce rendez-vous qui promettait d’être fort en émotions. Très tôt avant le début du match, l’ancien joueur Rocco Placentino pouvait être aperçu aux abords du terrain vêtu d’un t-shirt blanc frappé d’un logo à l’effigie de son bon ami. Un brassard noir, accessoire universel de l’endeuillé, entourait l’un de ses biceps.  

À l’heure prévue, les joueurs sont sautés sur le terrain avec un écusson circulaire cousu sous le collet de leur maillot. À l’intérieur, trois lettres blanches sur fond noir : JDT.

Avant le coup de sifflet initial, les deux équipes rivales se sont rassemblées au centre du terrain alors qu’une vidéo commémorative était diffusée sur les écrans géants. La salle comble s’est ensuite recueillie pendant une minute de silence en souvenir du défunt.

« Cette vidéo-là, on l’a vue hier quand elle est sortie, chacun l’avait vue sur les réseaux sociaux, a mis en contexte Piette. Mais sur le moment, dans le stade – qui je pense était l’endroit préféré de Jason – avec la foule, les gradins remplis, avant un gros match... les émotions étaient présentes. Ça a été un moment spécial, mais je pense que cet hommage nous a donnés encore plus de motivation et un boost de confiance pour aborder le match. »

« C’était difficile avant le match, a admis Kamal Miller. Je tentais de retenir mes larmes, mais j’en ai versé quelques-unes à cause de la relation que j’avais avec lui. Quand je suis arrivé au club, il a été l’un des premiers à me contacter. On s’est retrouvés en Floride deux semaines avant que le reste de l’équipe n’arrive et on a fait beaucoup de travail ensemble. »

« Ça a été difficile de le voir perdre des forces, a continué le défenseur. Mais je n’arrêtais pas de me dire qu’il n’aurait pas voulu que je pleure, il n’aurait pas voulu que j’aie des pensées négatives. Je suis convaincu qu’il souriait là-haut alors j’ai essayé de faire la même chose, de rester fort. »

Un maillot portant le nom de Di Tullio et les mots « LA GRINTA » a été accroché à l’entrée du banc du CF Montréal durant tout le match. Lorsque le cadran au tableau indicateur a affiché la septième minute – le numéro que portait Di Tullio – le groupe de supporteurs 1642MTL est demeuré silencieux pendant qu’un fumigène blanc s’échappait de sa section.

« Jason et moi, c’était depuis 2010, a raconté Nancy. Auparavant, on était ensemble avec les équipes du Québec. Ça a duré jusqu’à l’époque où on était avec Mauro [Biello]. On faisait chambre ensemble, ça veut tout dire. »

« Comme je l’ai dit précédemment, il s’est battu jusqu’au bout. Ça a été à son image. Il a eu le temps de remercier ses proches et après il a décidé de partir. Il est parti en gentleman, comme d’habitude. »