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Les quatre façons de gagner une Coupe du monde

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Pendant un mois, 48 équipes ont tenté d’imposer leur football. Il n’en reste plus que quatre. Et le plus intéressant n’est peut-être pas qu’elles soient encore là, mais qu’aucune n’y soit arrivée de la même manière.

La France, l’Espagne, l’Angleterre et l’Argentine ne partagent ni le même style, ni la même trajectoire. Elles partagent une question: comment gagne-t-on encore une Coupe du monde en 2026, quand tout le monde prépare tout, voit tout, analyse tout? Elles montrent surtout qu’il n’existe pas une seule manière de gagner un tournoi. Et c’est peut-être ce que ce dernier carré raconte le mieux.

France : quand une passe verticale suffit

La plupart du temps, on dirait que la France laisse le match respirer. Elle défend, coulisse, accepte que l’autre équipe aligne les passes et les centres. Et puis, tout se resserre en une action.

Un ballon gratté à 30 mètres de son but, une remise vers l’intérieur, une passe dans l’intervalle, l’appel de Mbappé dans le dos d’un latéral, Dembélé qui part à l’opposé, Olise qui surgit plein axe. En dix secondes, une récupération banale est devenue une frappe.

Dans un tournoi à élimination directe, où une erreur peut coûter quatre ans de travail, cela change tout: on peut subir une partie du match, tant qu’on est capable de le retourner sur une seule transition. La France a accepté de ne plus tout contrôler pour être prête au moment précis où le match s’ouvre.

Les Bleus laissent volontiers les passes latérales à l’autre. Ils gardent pour eux les couloirs où les rencontres basculent. C’est ce qui les rend si dangereux… et ce qui peut les exposer. Dès qu’ils mènent, la tentation est grande de reculer pour protéger l’avance, au risque de laisser revenir un adversaire qui, lui, n’a plus rien à perdre.

La France de Deschamps ne cherche plus à contrôler le ballon. Elle cherche à contrôler les espaces.

Espagne : jouer longtemps plutôt que jouer vite

L’Espagne ne joue pas forcément plus vite que les autres. Elle joue plus longtemps.

Ses meilleurs moments ne sont pas des éclairs de Lamine Yamal, ce sont des séquences. Un ballon à gauche, puis à droite, puis derrière, puis entre les lignes. L’adversaire repousse, coulisse, repousse encore. Rien de spectaculaire. Mais après deux, trois, quatre vagues, les efforts commencent à peser.

On voit la fatigue dans les corps plus que sur le tableau des tirs. Dans ces périodes-là, la sensation n’est pas que la Roja va marquer tout de suite. C’est qu’elle va finir par le faire.

Dans une Coupe du monde où les matches s’enchaînent tous les trois ou quatre jours et où il est presque impossible de tout corriger entre deux tours, cette capacité à empêcher le match de devenir chaotique est une arme. L’Espagne ne cherche pas seulement à attaquer. Elle cherche à empêcher l’adversaire de mettre la partie dans un rythme qu’elle ne maîtrise pas.

Cette manière de jouer a un prix: dès que le pressing est cassé, dès qu’une relance est interceptée, il y a beaucoup d’espace derrière. Les mêmes couloirs qui servent à étirer le jeu deviennent des autoroutes à défendre. Mais la Roja de la Fuente assume ce pari: si la plupart des matches se décident sur quelques détails, elle préfère que ces détails surgissent dans un contexte qu’elle contrôle.

Elle ne cherche pas tant à accélérer le football qu’à prolonger chaque action jusqu’à ce qu’elle lui soit favorable.

Angleterre : 82e minute, encore en vie

82e minute. Le tableau d’affichage la place souvent au bord du vide: un but de retard ou un nul qui l’envoie vers une prolongation indésirable. Devant, le temps file. Derrière, les jambes sont lourdes.

On l’a vue là contre la Norvège, comme on l’a vue dans d’autres tournois. Une équipe qui souffre, qui joue trop bas, qui perd le fil. En théorie, ce sont les quinze minutes où un favori se fait sortir. En pratique, ce sont souvent celles où l’Angleterre revient: un ballon mal dégagé, un corner gagné, Bellingham ou Kane qui arrache une frappe que personne n’attendait plus.

Dans un championnat, on peut perdre un match et se rattraper. Dans une Coupe du monde, non. C’est ce qui donne à cette équipe un visage particulier: elle n’a pas encore le jeu d’un champion, mais elle a déjà le réflexe d’un survivant. Tant que l’arbitre n’a pas sifflé, elle se laisse une chance.

Ce n’est pas sans conséquence. Plus le plan initial se délite, plus l’Angleterre passe de temps à défendre sa surface, à laisser le ballon à l’autre, à compter sur ses individualités. Mais jusqu’ici, sa capacité à rester debout au moment où d’autres s’effondrent a suffi.

Au grand dam de Tuchel, son véritable talent n’est peut-être pas de dominer les rencontres. C’est de survivre à celles qu’elle ne domine pas.

Argentine : le confort dans l’inconfort

Les matches de l’Argentine ressemblent rarement à ce qu’ils promettaient après vingt minutes.

Elle peut démarrer fort, puis reculer, se faire rejoindre, douter. Ou commencer en difficulté, donner l’impression de subir, puis retourner le scénario en deux actions. Elle vit dans ces zones grises où le match n’appartient vraiment à personne.

Dans un Mondial, ce n’est pas uniquement un défaut. Aucun champion ne traverse un tournoi sans un jour plus compliqué, une soirée sans jambes, un quart de finale qui se joue à un poteau ou à un penalty. L’Argentine de Scaloni a simplement admis que ces moments-là faisaient partie du voyage… et elle a choisi d’apprendre à y vivre.

On la retrouve là où la plupart des favoris n’aiment pas aller: prolongations, temps additionnel, séquences défensives à dix dans sa surface. Elle ne cherche pas à les éviter. Elle les assume. Un coup franc de Messi, une faute arrachée, une frappe venue d’un angle improbable suffisent parfois à tout renverser.

Cette manière de jouer avec le feu la rend vulnérable: elle défend souvent très bas, expose sa défense, dépend de gestes individuels. Mais elle lui donne aussi une certitude précieuse dans un tournoi à élimination directe: on peut gagner un match sans l’avoir maîtrisé.

L’Albiceleste est peut-être l’équipe qui accepte le mieux de ne pas maîtriser ses matchs. Et c’est aussi comme ça qu’elle continue d’exister dans cette Coupe du monde.

Une seule idée, un seul vainqueur

Dans quelques jours, une seule de ces quatre idées sera encore debout. On dira qu’elle était la bonne.C’est peut-être oublier ce que raconte chaque Coupe du monde depuis près d’un siècle. Les champions ne gagnent pas tous de la même manière. Ils gagnent en allant jusqu’au bout de la leur.