Coupe du Monde
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Quelle est la place du Canada à la fête?

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COLLABORATION SPÉCIALE

À ce stade-ci, la question n’est plus de savoir si le Canada est prêt pour une Coupe du monde. La vraie question, c’est de savoir comment cette génération va réagir au moment où tout devient réel, et surtout, au moment où tout se joue à la maison.

Parce que oui, le contexte change tout.

Depuis cinq ans, on parle d’une progression, d’un projet, d’une équipe en construction. Mais en 2026, il n’y a plus d’excuses. Ce groupe arrive à maturité, avec des joueurs exposés au très haut niveau, une Copa América de référence derrière lui et un sélectionneur qui réussit à structurer l’équipe sans lui enlever son identité. Maintenant, il faut traduire tout ça dans un tournoi où chaque détail pèse lourd.

J’ai couvert le Canada en 2022 au Qatar. Cette équipe est différente aujourd’hui. Vous êtes désormais capables de nommer 5, 10, 15 joueurs de la sélection. Elle n’arrive plus incognito : elle arrive avec des attentes.

Le meilleur scénario est assez clair : le Canada sort de son groupe. L’équipe de Jesse Marsch possède suffisamment de qualité dans les deux surfaces pour franchir un premier obstacle. Si Alphonso Davies est en état de jouer un rôle majeur – même diminué, sa simple présence change la façon dont les adversaires défendent – et si Jonathan David parvient à reproduire en sélection l’efficacité clinique qu’il affiche en club, le Canada a les outils (Buchanan, Johnston, Eustáquio…) pour répondre présent. Une place parmi les 32 dernières équipes ne serait pas un conte de fées : ce serait la suite logique d’une progression entamée depuis des années.

Après le dernier match de vendredi à Montréal, j’ai parlé avec Davies. Il se souvenait que son tout premier match avec le Canada, c’était déjà ici, à Montréal, en 2017. Il m’a dit être confiant à l’idée de jouer, mais qu’avec son style, il n’a pas le droit à l’à-peu-près : son jeu est tellement explosif que la machine doit être parfaitement huilée avant de repartir à plein régime. On sent chez le joueur du Bayern Munich un mélange de fierté et de lucidité : il veut être là, mais pas à moitié.

Alphonso Davies, Zorhan Bassong et Sydney Fowo Alphonso Davies, Zorhan Bassong et Sydney Fowo (Sydney Fowo)

Le pire scénario, pour le Canada, est beaucoup plus mental que tactique. Jouer à domicile, ce n’est pas juste un avantage, c’est une pression énorme. On l’a vu ailleurs : l’émotion peut rapidement déstructurer une équipe, surtout si elle devient trop étirée ou trop dépendante de ses individualités. Et dans ce contexte, l’incertitude autour de Davies et Shaffelburg ou l’absence possible de Bombito et celle confirmée de Flores pèsent lourd. Elles réduisent une profondeur déjà limitée et compliquent la gestion des moments difficiles. On a déjà vu des pays se noyer dans « leur » Coupe du monde; le Canada n’est pas immunisé contre ce genre de scénario.

Personnellement, je crois – j’espère? – que le Canada va sortir de son groupe. Mais je ne suis pas encore convaincu que cette équipe a la profondeur nécessaire pour rivaliser avec les huit ou dix meilleures nations du tournoi. C’est une équipe capable de frapper, pas encore une équipe capable de contrôler.

La question, ce n’est plus de savoir si le Canada est bon. Il est meilleur qu’il ne l’a jamais été.

La question, c’est : combien de plafonds va-t-il réussir à briser entre le 11 juin et le 19 juillet?

Dans ce contexte, certains joueurs peuvent faire basculer le récit. Ismaël Koné, d’abord. Sa capacité à casser des lignes et à changer le tempo peut transformer un bon Canada en Canada dangereux. Puis Promise David. Encore peu connu du grand public, il possède le profil du joueur capable de changer un match en sortie de banc et de quitter ce tournoi avec un tout autre statut.

Et puis il y a Maxime Crépeau. Contre l’Irlande, il a encore rappelé pourquoi il est le numéro un. Avec un arrêt qui a fait trembler le stade Saputo, il a confirmé ce que le vestiaire sait déjà : quand il est dans sa zone, il peut tenir un match à lui tout seul. On sait qu’il est capable de voler une rencontre. Reste à voir combien de fois il devra le faire pour que le Canada reste en vie plus longtemps que prévu.

Crépeau en contrôle dans l'émotion Nos analystes reviennent sur la performance de Maxime Crépeau face à l'Irlande.

Il ne faut pas oublier non plus ce que représente ce tournoi pour le foot canadien. Pendant longtemps, les amateurs d’ici ont vécu les Coupes du monde à travers les autres : un maillot du Brésil, de la France ou de l’Argentine. Cette fois, ils auront leur propre équipe. Pour la première fois, une génération entière de jeunes au Canada va découvrir une Coupe du monde sans devoir adopter une autre nation le temps d’un été.

Au fond, ce Mondial ne nous dira pas seulement jusqu’où le Canada peut aller. Il nous dira si le Canada est prêt à se voir, enfin, non plus comme un invité de la fête, mais comme une nation de football à part entière.

Suivez le match entre le Canada et la Bosnie-Herzégovine vendredi à 14 h 45 à RDS et sur le RDS.ca. On met la table avec un avant-match dès 13 h 30.