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Une équipe qui a rassemblé le pays

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Pendant un mois, les alarmes ont sonné plus tôt. Les bureaux se sont vidés avant certains coups d’envoi. Des enfants sont arrivés à l’école avec le maillot rouge sur les épaules. Dans les bars de Montréal, Toronto, Vancouver ou Halifax, on parlait pressing, transitions, Jonathan David.

On ne regardait plus les matchs quand on avait le temps. On trouvait le temps pour les regarder.

Ce geste discret comme avancer une réunion, retarder un repas, organiser une soirée autour d’un coup d’envoi raconte mieux que n’importe quel chiffre ce qui a changé.

Le football n’avait plus besoin de demander sa place. Il était simplement là, dans les conversations du lundi matin, dans les groupes WhatsApp, à la radio, dans les écoles, au bureau. Comme s’il avait toujours fait partie du paysage.

Ce que le pays a appris, ensemble

Pendant un mois, le Canada a appris beaucoup de choses.

Il a appris qu’il pouvait appartenir à cette compétition. Qu’il pouvait imposer son rythme à de grandes équipes. Qu’il pouvait gagner un match sans être brillant. Puis il a découvert ce qui lui manque encore pour battre les meilleures, ce métier qu’on acquiert en vivant des matchs où chaque erreur se paie.

Mais ces apprentissages ne concernent plus seulement onze joueurs sur un terrain. Ils concernent désormais tout un pays.

Nous avons commencé à reconnaître les visages, les numéros, les gestes. À parler d’un plan de jeu avec des gens qui, quelques années plus tôt, n’auraient pas su citer la moitié du onze. À ressentir, devant un huitième de finale, quelque chose qui ressemblait à ce que vivent les grandes nations quand vient leur tour.

Ce tournoi n’a pas changé que l’équipe. Il a commencé à changer la manière dont nous nous voyons autour d’elle.

Le début d’une mémoire de football

Les grandes nations de football ne vivent pas seulement au présent. Elles vivent de leurs souvenirs. En Argentine, on se transmet Maradona et 1986. En France, on raconte 1998 à des enfants qui ne l’ont jamais vu. Au Maroc, 2022 est devenu une histoire qu’on rejoue dans les salons, une année qui a donné des images communes à tout un pays.

Ce Mondial a peut-être offert au Canada ses premiers souvenirs partagés de football.

Tu te souviendras du jour où un but a fait hurler ton salon. D’un moment précis dans un bar où toute la salle s’est levée en même temps. D’un après-midi où la ville semblait tourner autour d’un coup d’envoi. Un jour, ces scènes seront racontées à ceux qui n’étaient pas là, comme des preuves que ce sport a déjà commencé à nous rassembler.

Une culture commence souvent par des phrases toutes simples : « Tu te souviens de ce match-là? » « Tu te rappelles où on était ce jour-là? »

Le Canada vient de gagner la possibilité de prononcer ces phrases en parlant de football.

Le vrai test : un samedi d’octobre

Le véritable héritage de ce Mondial ne se mesurera pas lors du prochain Canada–États-Unis.

Il se mesurera un samedi d’octobre, quand il pleuvra, que la Coupe du monde sera déjà loin, et que les tribunes d’un stade de CPL se rempliront malgré la pluie. Quand un match de championnat deviendra une évidence dans le programme du week-end, pas une curiosité.

Ce jour-là, un enfant connaîtra autant le capitaine de son club local que celui du Real Madrid. Un transfert à Halifax ou à Calgary fera parler au bureau le lendemain matin. Un match joué à Laval ou Québec fera vibrer des groupes de famille sur leurs téléphones.

Si cette culture s’installe, alors le reste suivra. Les académies auront plus de joueurs parce qu’il y aura plus de rêves à nourrir. Les clubs auront plus de public parce qu’il y aura plus d’habitudes à entretenir. Les investissements verront autre chose qu’un pari : ils verront une réalité déjà là.

Les structures naîtront de ce que nous aurons choisi de vivre, pas l’inverse.

Quand la normalité devient la vraie victoire

Pendant ce Mondial, le Canada a appris à regarder les grandes nations dans les yeux. À se comporter comme l’une d’entre elles, au moins le temps d’un tournoi.

La prochaine génération n’aura peut-être plus besoin d’apprendre cela. Elle grandira dans un pays où ces semaines de football intense ne seront plus une parenthèse, mais un prolongement de ce qui se vit les samedis, les mardis soir, les jours ordinaires.

Le plus grand héritage de ce Mondial ne sera pas le parcours du Canada. Ce sera le jour où ce parcours cessera de surprendre.