Kim Boutin ne sait pas comment elle réagira. Ni précisément quand tout cela aura lieu. Peu importe, la Sherbrookoise s’est donné le droit de vivre toutes les émotions avant le départ de sa dernière course en carrière, qui se tiendra aux Championnats du monde de patinage de vitesse sur courte piste tenus cette fin de semaine à l’aréna Maurice-Richard à Montréal.
En finale du relais féminin, samedi en fin d’après-midi, ou en finale du relais mixte, première épreuve présentée dimanche, l’athlète de 31 ans tirera un trait sur son parcours ponctué de six médailles olympiques, trois titres mondiaux et quantité de succès en Coupe du monde.
Boutin a beau avoir annoncé avant l’automne que cette saison serait sa dernière et avoir un plan précis pour la suite (elle entend finir ses études collégiales en éducation spécialisée, NDLR) personne n’est fondamentalement prêt à franchir le fil d’arrivée pour une ultime fois.
« Est-ce que je vais éclater en sanglots avant ma course? Peut-être. Je n’ai pas envie de me retenir pour vivre ces derniers moments-là, a-t-elle avoué d’une voix chevrotante en marge d’une conférence de presse organisée plus tôt cette semaine. Je n’ai plus rien à prouver. Pour moi, c’est plus d’avoir du fun. Je ne me suis pas du tout préparée pour ce moment-là. »
À vrai dire, ce n’est pas tant sa dernière course qui suscite chez elle une quelconque forme de nostalgie ou un état qui s’y rapproche. Une fois le signal du départ donné, elle ne pensera qu’à monter sur le podium comme elle l’a fait deux fois aux Jeux de Milan-Cortina.
Non, ce qui provoque inévitablement des larmes chaque fois que Boutin pense à sa retraite, c’est réaliser que chacune de ces journées passées à l’entraînement avec ses coéquipiers de l’équipe canadienne ou ces rivalités avec ses adversaires ne seront plus qu’un souvenir.
Ainsi, chaque fois qu’elle s’est retrouvée sur la glace depuis son retour des Jeux, cela a été une occasion de se rappeler des exploits, mais surtout toutes ces amitiés qu’elle a pu créer.
« Il n’y a pas une fois où je n’ai pas regardé autour de moi. Ce sont de belles émotions. Rien d’amer, a mentionné Boutin. Je suis en paix. J’ai accompli tout ce que je voulais accomplir. »
« Je pense que dimanche soir (à la conclusion des Championnats du monde, NDLR), on va avoir énormément de fun ensemble. On va se dire bye pour la dernière fois, même s’il y en a plusieurs qui finissent par se recycler en coach et qui se retrouvent des années plus tard. »
Une « grande sœur » et une « mentore »
La championne du monde du 500 m en 2024 n’exclut pas de devenir entraîneuse un jour et elle aura très certainement des appuis auprès de ses actuels coéquipiers si elle décide de se lancer. La quadruple médaillée olympique Courtney Sarault l’a comparée à une « grande sœur ». Le champion du monde William Dandjinou l’a décrite comme une vraie « mentore ».
Sarault a expliqué que Boutin avait une forme d’ascendant sur le groupe et qu’elle n’hésitait pas à remettre sur le droit chemin un athlète qui n’était pas entièrement dévoué à la cause.
« À mon arrivée dans l’équipe, j’étais la petite dernière et j’avais parfois l’impression de ne pas dire ou faire les bonnes choses, a précisé Sarault. Elle n’a jamais craint d’occuper ce rôle de grande sœur et de me lancer que je me comportais comme une enfant gâtée (brat).
« En repensant à tous ces moments depuis le début de ma carrière, je réalise que cela m’a tellement aidé en tant qu’athlète et coéquipière. Et on avait tellement d’amour l’une pour l’autre… j’ai l’impression qu’elle a toujours été là. Son départ laissera un très grand vide... »
« Je pense que je ne le réalise pas vraiment encore et qu’elle va revenir l’année prochaine, a ajouté Dandjinou. Si on parle de célébration du sport à Montréal [cette fin de semaine] je pense que c’est également une célébration de Kim et de tout ce qu’elle a apporté au sport. »
Autant Boutin attaquera sa dernière course avec l’idée de grimper sur le podium, autant ses acolytes se sont promis de tout donner pour qu’elle devienne la plus mémorable de toutes.
« Je veux vraiment qu’elle finisse sur une note positive, a conclu Sarault. Je m’attends à prendre le dernier relais et dans les deux derniers tours, je n’arrêterai pas. Je vais patiner comme s’il n’y avait pas de lendemain. Je veux m’assurer que ce moment soit très spécial. »






