Le président du syndicat des joueurs a critiqué mardi les Ligues majeures de baseball pour leur campagne publicitaire en faveur d'un plafond salarial, alors que le commissaire Rob Manfred a maintenu que son offre avait été développée à partir des commentaires des amateurs.
Bruce Meyer, qui a succédé à Tony Clark à la tête de l'AJMLB en février, a déclaré que ce sport était en plein essor, malgré le fait que les Ligues majeures estiment que des changements drastiques doivent être apportés.
«Au cours des dernières années, j’ai vu les propriétaires et le bureau du commissaire tenter de convaincre les partisans — les consommateurs de leur produit — que ce produit est défaillant», a déclaré Meyer avant le match des étoiles.
«Ceux qui sont censés être les gardiens de ce sport ont passé un temps démesuré à essayer de convaincre ces mêmes partisans qu’ils n’ont pas d’espoir, qu’ils ne devraient pas en avoir, ou que le produit pour lequel ils paient en nombre record est en quelque sorte défaillant, a-t-il ajouté. Je trouve cela pervers.»
La fréquentation s’est établie en moyenne à 29 230 spectateurs par match cette saison, soit une hausse de 1,2 % par rapport aux 28 895 enregistrés à la même période l’année dernière. La MLB est en passe d’enregistrer sa plus forte fréquentation depuis 2017.
En mai, les Ligues majeures ont proposé un système de plafond salarial, que les joueurs affirment ne jamais pouvoir accepter. La campagne «Level the Field» de la MLB prétend que les amateurs soutiennent un plafond salarial, un système que les joueurs de baseball rejettent depuis longtemps.
«Pour que ce sport atteigne son plein potentiel, nous devons continuer de répondre aux préoccupations de nos amateurs, en particulier celles qui touchent au cœur même de notre identité: l'équilibre compétitif», a dit Manfred lors d'une séance de questions-réponses distincte.
«Nous devons nous assurer que les partisans des marchés plus modestes croient, au début de la saison, que leur équipe a une chance réelle de l'emporter, a-t-il ajouté. Je pense qu'il nous faut un système permettant aux partisans — en particulier ceux des petits marchés — d'espérer que les joueurs recrutés et formés par leurs organisations puissent réellement y rester malgré l'existence du marché des joueurs autonomes. Honnêtement, je crois aussi qu'il nous faut un marché des joueurs autonomes plus dynamique: si un joueur ne souhaite pas rejoindre New York ou Los Angeles, il doit avoir une chance réelle d'obtenir un contrat intéressant en tant que joueur autonome.»
Les amateurs ont accueilli favorablement les changements apportés par la MLB dans les années 2020, notamment l'élargissement des séries éliminatoires en 2022, l'introduction du chronomètre entre chaque lancer en 2023 et, cette année, la mise en place d'un système de contestation des décisions relatives à la zone de prises (faisant appel à des arbitres robotisés).
«Nous avons créé cette dynamique en étant à l'écoute de nos amateurs et en opérant des changements auxquels, pour être franc, l'Association des joueurs (MLBPA) ne s'intéressait pas», a rappelé Manfred. Ces changements ont porté leurs fruits en générant cet élan, et la meilleure façon de le perdre, c'est de faire du surplace.»
Aucune équipe issue d'un petit marché n'a remporté la Série mondiale depuis les Royals de Kansas City, en 2015. Les Dodgers de Los Angeles, forts d'un deuxième titre consécutif, affichaient une masse salariale de 323,3 millions $US pour leur effectif de 40 joueurs lors de la journée d'ouverture de la saison, auxquels s'ajoutait une taxe de luxe de 163,7 millions $, portant le total à 487,1 millions $. À l'inverse, les Guardians de Cleveland présentaient la masse salariale la plus faible, soit 75,5 millions $.
«Il est contraire au bon sens de demander à un partisan de croire que l'équipe située au bas de l'échelle a autant de chances de gagner que celle qui se trouve au sommet, a affirmé Manfred. Certes, dans n'importe quel sport, il est impossible que chaque équipe gagne une fois tous les 30 ou 32 ans — selon le nombre d'équipes en lice —, mais les données concernant notre sport sont sans appel. Vos chances d'atteindre les séries éliminatoires sont nettement plus élevées si vous représentez une équipe d'un grand marché; de plus, cet avantage s'accentue à mesure que l'on progresse vers les tours suivants.»
Meyer a précisé que les syndicats des joueurs de la NFL, de la NBA et de la LNH avaient accepté des plafonds sous la contrainte.
«D’une manière ou d’une autre, ils ont été mis à genoux ou contraints de s’y plier, a répliqué Meyer. Je pense que ce système est néfaste pour les joueurs et qu’il le serait pour les générations à venir.»
La convention collective quinquennale du Baseball majeur arrivera à échéance le 1er décembre et la direction devrait immédiatement déclencher un lock-out, ce qui constituerait le 10e arrêt de travail de ce sport depuis 1972. Aucun match n’a été annulé depuis la grève de sept mois et demi de 1994-1995, qui avait entraîné l’annulation de la Série mondiale pour la première fois en 90 ans — au grand dam des partisans des Expos de Montréal, notamment.
«Les équipes de tous les marchés des Ligues majeures ont les moyens d’être compétitives, a déclaré Meyer. Beaucoup d’entre elles choisissent de ne pas l’être. Selon nous, c'est le principal enjeu présentement dans le Baseball majeur.»
Meyer a affirmé que les propriétaires souhaitent un plafond salarial pour garantir leurs profits et accroître la valeur des concessions, un système qu'il a qualifié de «médiocrité subventionnée».
«Ce n'est pas par simple souci des partisans qu'ils le réclament, a-t-il déclaré. S'ils se souciaient vraiment des partisans, ils écouteraient ceux qui, dans tout le monde du baseball, scandent littéralement: 'Vendez l'équipe'. Ils veulent que les propriétaires vendent le club, parce qu'ils estiment que l'équipe n'est pas compétitive.»
Manfred a refusé de spéculer sur la manière dont le président américain Donald Trump — qui s'est déclaré favorable à un plafond salarial — pourrait tenter d'intervenir dans les négociations.
«Il serait tout à fait inapproprié de ma part de spéculer sur ce que le président des États-Unis pourrait faire ou non dans une situation hypothétique», a-t-il répondu.
Manfred a défendu du même souffle la campagne publicitaire de la MLB en faveur d'un plafond salarial.
«Il arrive que l'autre partie ne soit pas tout à fait exacte ou juste dans la manière dont elle présente les faits et la situation», a-t-il résumé.
Ronald Blum, The Associated Press






