Christian Mbilli semblait dangereusement en forme, alors qu’il venait pourtant de terminer la première journée officielle de son camp d’entraînement, en vue du combat qu’il disputera contre Saúl « Canelo » Álvarez le 31 octobre prochain, à Riyad, en Arabie saoudite.
Tout sourire et tiré à quatre épingles, le Français d’origine camerounaise à même lancé à la blague qu’il ne pensait jamais qu’il aurait autant hâte de souffrir dans le gymnase de son entraîneur Marc Ramsay. « J’ai hâte de faire des sparrings, j’ai hâte de me pousser, j’ai hâte de vraiment aller pousser toutes mes limites comme je ne l’ai jamais fait », a-t-il mentionné.
Pour ce qui sera, sans l’ombre d’un doute, le plus grand combat en carrière de Mbilli (29-0-1, 24 K.-O.), tout a été mis en place pour qu’il se prépare dans les meilleures dispositions possible. N’entrera notamment pas qui veut dans le gymnase où il peaufine sa préparation.
Mais une simple question de routine sur l’impact du report du combat du 12 septembre au 31 octobre a ensuite complètement changé le ton de la discussion. Le timbre de la voix du champion des super-moyens du WBC s’est instantanément chargé d’émotions. Lui qui avait toujours rêvé d’affronter le boxeur le plus populaire de la planète pour des considérations foncièrement sportives, est maintenant motivé par raisons franchement plus personnelles.
Mbilli a en effet révélé que sa mère, Marie-Thérèse, celle qui a travaillé d’arrache-pied toute sa vie pour offrir à son fils la vie qu’elle n’avait pas eue, est malheureusement morte cet été.
« Je ne dirais pas que j’ai plus faim parce que le combat a été repoussé. Je dirais que j’ai plus faim parce que j’ai vécu un événement dramatique dans ma vie. J’ai perdu ma maman en juillet. Je pense que pour elle, je me dois de gagner ce combat, a dit le boxeur de 31 ans.
« Je pense que ma maman a été ma première fan, malgré le fait qu’elle aurait aimé que je suive une autre voie. Mais après chaque victoire, après chaque combat, je voyais toute sa fierté dans ses yeux. Elle a tout fait pour que j’aie un bien meilleur avenir que ce qu’elle a eu.
« Je lui ai dit que je vais battre “Canelo” et je vais le faire. Elle a toujours cru en moi. Elle m’a toujours dit que j’avais toutes les bénédictions. Je sais que pourrai le faire... Pour moi, cette victoire lui sera entièrement dédiée. C’est une victoire que je vais aller chercher pour elle. »
À aucun moment, Mbilli n’a cependant senti qu’il avait besoin de prendre un pas de recul afin de vivre son deuil. À vrai dire, le décès de sa mère lui a permis d’avoir une nouvelle perspective envers ce choc qu’il réclamait sur toutes les tribunes depuis plusieurs années.
« Ces événements dramatiques ont allégé ma manière de voir ce combat, a-t-il précisé. Je voyais ce combat comme la manière de dire à ma mère : “je te l’avais dit, je vais le faire”. Mais, en même temps, je me mettais une énorme pression supplémentaire sur les épaules.
« Maintenant, je me dis que je n’ai plus rien à perdre avec tout ce que j’ai vécu. Je pense que j’ai tous les moyens pour gagner ce combat. Je n’ai aucun doute que je vais gagner ce combat. Je n’ai plus ce stress de dire : “OK, il faut que j’avance.” Parce que je sais que je vais gagner, que je sais que ma maman veille sur moi de là-haut. Elle sera avec moi sur le ring. »
« Canelo » encore redoutable
Les événements des derniers mois ont également permis à Mbilli de relativiser sa dernière sortie, particulièrement éreintante contre Léster Matínez. Dans un combat extrêmement relevé – un des meilleurs disputés en 2025 – il avait dû se contenter d’un verdict nul partagé.
Ce résultat lui avait néanmoins permis de conserver sa ceinture intérimaire des super-moyens du WBC. Ce n’est qu’en janvier 2026 qu’il a été nommé champion « régulier » et c’est ce titre, qui a longtemps appartenu à Álvarez, qui sera à l’enjeu le 31 octobre prochain.
« C’est certain que ç’a été le combat le plus compliqué de ma vie et c’est vrai que c’est le genre de combat qu’il faut faire le moins possible pour avoir une bonne carrière, a reconnu Mbilli. Mais ce sont des combats qu’il faut faire pour avancer dans la catégorie. Et je pense que c’est ce combat qui m’a ensuite mené jusqu’à là (le mégachoc contre Álvarez, NDLR). »
« Ce genre de combat, tu ne peux pas en faire une dizaine dans ta carrière. Tu ne peux qu’en avoir que quelques-uns en banque. Christian a eu beaucoup de repos », a nuancé Ramsay.
L’entraîneur d’expérience s’est assuré que son protégé ne tombe pas dans la complaisance à la suite de la dernière prestation de « Canelo », qui s’est incliné par décision unanime des juges contre Terence Crawford, en septembre 2025, à Las Vegas, le même soir où Mbilli et Martínez ont fait match nul. Même s’il a amorcé son déclin, Àlvarez est encore redoutable.
À 36 ans et avec 68 duels au compteur, celui qui a commencé sa carrière professionnelle à 15 ans, au Mexique, en a définitivement plus de fait qu’il n’en reste à faire. Mais à l’image des plus grands, son style a énormément évolué au fil du temps et s’est grandement raffiné.
« Il a peut-être perdu un petit peu de vivacité au point de vue du physique, mais il a gagné un peu de résistance et est plus mature, a analysé Ramsay. Il tend beaucoup plus de pièges qu’il ne faisait dans le passé. Tout le monde réalise qu’il est devenu un vétéran de la boxe.
« Il est rendu ailleurs dans sa carrière, mais pas nécessairement pour le pire. Je l’ai vécu avec Artur Beterbiev dernièrement. Je sentais que physiquement, il n’était plus le même, mais il était beaucoup plus calme, beaucoup plus en mesure de gérer ses émotions et en mesure de créer des pièges de manière plus efficace que lorsqu’il était un peu plus jeune. »






