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Le grand soir pour Paul après son tour de force

Publié le 

Jake Paul et Anthony Joshua (Getty)

Ce fut une promotion relativement courte, tout juste un mois et malgré toutes les critiques et les sceptiques, Jake Paul aura réussi le tour de force d’amener Anthony Joshua sur le ring contre lui, pour un vrai combat de boxe, des gants de 10 onces, 10 rounds de 3 minutes et la limite fixée à 245 livres.

Le traitement médiatique a été à la hauteur des grands affrontements majeurs dont le plus récent, Canelo Alvarez contre Terence Crawford au Allegiant de Las Vegas le 13 septembre dernier.

Si personne ne se pose des questions concernant l’éventuel vainqueur de ce duel étrange, j’ai quand même hâte de voir combien nous serons à syntoniser le diffuseur de « Stranger Things » ce soir. Nous étions 41 millions à admirer le virtuose américain à forcer le roi de « Cinco de Mayo » à l’abdication en septembre dernier, pour lui ravir ses 4 ceintures des super moyens. Nous serons combien cette fois pour « Judgment day? »

Il y a beaucoup d’incongruité dans ce combat, mais ce que je trouve le plus étrange ce sont les cotes pour les paris sportifs. Jeudi on listait Joshua favori à -1300 et Paul à + 700. C’est dire que pour remporter 100 $ il faut miser 1300 sur l’Anglais et avec une mise de 100 $ sur l’Américain on en remporte 700 $.

Considérant les forces en présence, il me semble que c’est vraiment peu comme écart.

Quand Mike Tyson a frappé un mur face à Buster Douglas à Tokyo le 11 février 1990 les cotes favorisaient Mike Tyson à 42-1. Douglas a causé la plus grande surprise de l’histoire en passant Iron Mike K.-O. au 10e et on rapporte qu’un parieur a remporté 2,1 millions avec sa mise de 50 000 $.

Douglas était un vrai boxeur professionnel poids lourds qui participait à un deuxième combat de championnat du monde (défaite K.-O. technique 10e contre Tony Tucker en 1987 pour le titre IBF). Il venait de remporter 6 combats d’affilés entre autres contre les aspirants mondiaux Trevor Berbick et Oliver McCall.

En 1996 lors du premier rendez-vous entre Mike Tyson et Evander Holyfield, ce dernier était négligé à 25-1 à l’ouverture des paris. Je me souviens Daniel Cloutier, chroniqueur au Journal de Montréal, couvrait les activités de la semaine du combat à Las Vegas. Comme je connaissais bien Tyson comme Holyfield, il m’appela pour me demander mon avis.

Je n’avais jamais misé sur un combat, mais je trouvais tellement étonnant la disparité de cette offre qu’avant de raccrocher je lui ai demandé s’il pouvait miser 100 $ pour moi sur « The Real Deal ». C’est la somme de 1800 $ qu’il m’a remise à son retour à Montréal. Au moment de la mise, l’écart c’était rétréci à 18-1, pour terminer à 9-1 le combat venu.

Après la débâcle de Tokyo, Iron Mike avait reconquis le titre mondial des lourds et remporté 8 victoires consécutives avant d’affronter Holyfield. Ce dernier était un médaillé de bronze des Jeux de Los Angeles en 1984, champion unifié des lourds légers, avait détrôné Buster Douglas à la première défense de ce dernier et avait combattu les meilleurs poids lourds avec des victoires sur Larry Holmes, George Foreman, Ray Mercer et des défaites contre Michael Moorer et Riddick Bowe.

En comparant avec les propositions de paris actuelles, est-ce que ça veut dire que les probabilités que Jake Paul remporte la victoire contre Anthony Joshua sont plus probantes que Douglas et Holyfield en avaient contre Tyson? Il y a peut-être qu’on ne comprend pas l’ADN de ce combat et qu’on se méfie.

Pour résumer les forces en présence, rappelons que Joshua a été médaillé d’or olympique à Londres en 2012, a détrôné Charles Martin, Vladimir Klitschko et Andy Ruiz pour remporter les titres mondiaux des lourds, il a cédé deux décisions extrêmement serrées contre le « Roi des Rois » Oleksandr Usyk. Ses quatre défaites l’ont été contre des champions du monde de la division reine de la boxe.

Jake Paul va livrer son deuxième combat seulement à plus de 200 livres et c’était à 227 livres contre le Mike Tyson de 58 ans. Il a subi la défaite contre l’influenceur et frère de Tyson Fury qui monte entre les quatre câbles de temps en temps pour s’amuser. Le reste des adversaires du copropriétaire de MVP Promotions ne remporteraient même pas les Gants Dorés du Québec en amateur!

« The Problem Child » aurait dû être négligé à au moins 100 contre 1 si les preneurs aux livres étaient rationnels et conséquents. Mais voilà il n’y a rien de rationnel en analysant les forces en présence!

À la conférence de presse de mercredi MVP a annoncé que le ring du combat mesurait 22 pieds à l’intérieur des câbles. Les règles habituelles exigent un ring entre 16 au minimum et 20 pieds au maximum. On se souvient que Billy Joe Saunders avait exigé et obtenu un ring de 22 pieds contre Canelo Alvarez au AT&T Stadium d’Arlington en mai 2021. Ça n’avait pas empêché le rouquin de forcer l’anglais à l’abandon après 8 rounds.

Avec cette exigence on imagine bien la stratégie du Youtubeur qui manifestement tentera de se déplacer à outrance. Peu importe, il va vite comprendre que sur le ring on peut essayer de se sauver, mais on n’est jamais capable de se cacher, contrairement à ce que faisait le grand acteur Charlie Chaplin dans son film « Charlot Boxeur », en 1915 qui utilisait l’arbitre comme bouclier.

Anthony Joshua contre Tyson Fury

Il semble bien que le combat le plus attendu de l’histoire de la boxe Britannique, les 2 anciens champions du monde, sujets du roi Charles III, Anthony Joshua et Tyson Fury aient pris des voies qui vont se croiser en septembre 2026 à Riyad.

Le premier a déjà une date de prévue en février après avoir brillé sous les projecteurs de Netflix devant des millions d’auditeurs. Le second a annoncé sur ses réseaux sociaux une date, le 18 avril, pour mettre fin à sa retraite. Le nom d’Arslanbek Makhmudov semble faire partie des discussions comme adversaire potentiel à ce géant de 6’9’’.

C’était écrit dans le ciel que ces deux-là devaient croiser le fer éventuellement. Ma surprise est l’endroit proposée, en Arabie Saoudite. On aurait facilement rempli n’importe quel stade du Royaume-Uni avec un tel événement et établi des records historiques, mais ce que son excellence d’Arabie veut...

Usyk contre Deontay Wilder et Fabio Wardley champion WBO

Pour rester chez les lourds, le champion unifié Oleksandr Usyk a choisi d’abandonner sa ceinture WBO au lieu de s’engager dans un combat contre le champion intérimaire Fabio Wardley.

L’Ukrainien a exprimé le souhait d’affronter l’ancien pontife de la WBC, Deontay Wilder qui s’en réjouit au plus haut point, un merveilleux présent de Noël pour l’athlète qui vient d’avoir 40 ans et qui s’est incliné lors de 4 des ses 6 derniers combats.

On ne peut quand même pas reprocher au champion de choisir ses adversaires lui qui, à ses 6 dernières joutes, a bataillé Joshua, Fury et Dubois deux fois chacun.

La WBO a ainsi surclassé son champion intérimaire Wardley et le reconnait maintenant champion, comme c’est le cas habituellement dans ces circonstances. Il aura le loisir de choisir un de ses 15 aspirants pour sa première défense. Le colosse de 30 ans a appris la nouvelle alors qu’il était à l’aéroport entre deux avions. Il s’est dit surpris, mais honoré. Il a aussitôt manifesté l’intention de prouver qu’il méritait cette nomination.

En fait il ne voudrait pas être le deuxième combattant dans l’histoire de la division des costaux à être couronné champion du monde sans jamais avoir remporté un combat de championnat du monde.

C’est ce qui est arrivé à Ken Norton en 1977. Ce dernier a remporté le combat éliminatoire WBC contre Jimmy Young pour devenir l’aspirant obligatoire à Leon Spinks qui venait de détrôner Muhammad Ali.

Quand Spinks a choisi de donner une revanche à « The Greatest » au lieu d’affronter Norton tel qu’ordonné par la WBC, on l’a déchu et octroyé la couronne à Norton qui devenait champion du monde sans combattre, comme Wardley maintenant.

À sa première défense en 1978 c’était Larry Holmes dans l’autre coin qui sortit victorieux à la fin des hostilités, par décision partagée. Il amorça alors un long règne de 7 ans comme souverain de la division incluant 20 défenses consécutives.

Norton n’aura plus jamais la chance de combattre pour le titre et terminera sa carrière par une défaite contre Gerry Cooney en 1981, combinant une fiche de 2-2-1 en 5 combats après la défaite contre Holmes et il est, jusqu’à ce jour, le seul ex-champion du monde des lourds à n’avoir jamais remporté un combat pour le titre.

Retraite de Terence Crawford et confusion chez ses aspirants

Annonce majeure dans l’industrie alors que Terence Crawford (42-0-0, 31 K.-O.), 38 ans, champion unifié des super moyens, conséquence de sa brillante victoire sur Canelo Alvarez en septembre dernier, vient d’annoncer sa retraite. Il a aussi été champion unifié des super légers en 2017 et des mi-moyens en 2023. Au passage il aura aussi conquis le titre WBA des super mi-moyens en 2024.

Il n’y a aucun doute, ce citoyen du Nebraska aura été l’un des meilleurs boxeurs de l’histoire de ce sport et il se dirige directement vers le Panthéon international de la boxe dans 3 ans, à sa première année d’admissibilité.

La fin de sa carrière aura été marquée par une confrontation musclée avec le président de la WBC Mauricio Sulaiman dans les médias. Crawford qui aurait remporté 50 millions à sa dernière présence sur le ring a refusé de payer la sanction WBC de 300 000$ à laquelle il s’était pourtant engagé au préalable.

La WBC, à son dernier congrès en Thaïlande au début du mois de décembre, par la voix de son patron, dénonçait la situation et confirmait la décision de lui retirer la ceinture.

À ce sujet, mon opinion est que Crawford n’était pas obligé de combattre pour la ceinture WBC s’il ne le voulait pas. Cependant il souhaitait obtenir l’opportunité de combattre pour les titres unifiés. Parce qu’il voulait cette reconnaissance et le prestige historique qui l’accompagnait alors il avait accepté les conditions.

Ça n’enlève rien à ses exploits monumentaux sur le ring, mais qu’il refuse de payer par la suite n’est ni acceptable ni honorable pour un homme de son prestige.

Cela dit voici que ça se complique pour les aspirants de cette division. La WBC a pris la décision d’enlever la ceinture à Crawford, mais la laisse vacante.

Le champion intérimaire est Christian MBilli alors pourquoi ne pas faire comme la WBO pour Wardley et nommer ce dernier champion?

Après son match nul contre le Guatémaltèque Lester Martinez (no 3 WBC) à Las Vegas en septembre dernier, la WBC a ordonné un combat revanche. À ce moment MBilli a mentionné qu’il visait plutôt le mexicain Jaime Munguia (no 4 WBC) comme adversaire.

En Thaïlande après avoir décapé Crawford la WBC décrétait que MBilli devait affronter l’anglais Hamzah Sheeraz (no 2 WBC) pour le titre vacant et que Martinez affronterait le gagnant.

La fin de semaine dernière, après sa victoire sur Kevin Lele Sadjo de France, l’Américain Diego Pacheco (no 6 WBC) a mentionné qu’il voulait affronter Jaime Munguia à sa prochaine sortie alors que Sheeraz signalait qu’un combat entre lui et Pacheco était en discussion.

Et dans tout ça, Canelo Alvarez (no1 WBC), qui vient de subir une arthroscopie du coude, a déjà mentionné la date de son retour, septembre 2026 à Riyad. C’est toujours ce dernier qui est la cible de toute la division et qui rapporte les bourses les plus lucratives, même s’il n’est plus champion. Tous souhaiteront être choisis.

J’ai bien hâte de voir comment les choses vont se placer, mais il y a de nombreux combats de qualité en perspective dans cette division!

Quelques nouvelles rapides

  • Derek Pomerleau (15-0-0, 11 K.-O.) a quitté dimanche dernier pour l’Arabie Saoudite en compagnie de ses entraineurs Stéphan Larouche, Danielle Bouchard, Pierre Bouchard ainsi que son père Steve et son frère Dylan.
  • Le résident de Mercier se retrouve en finale du tournoi WBC GrandPrix, après 4 brillantes victoires, contre l’Australien Dylan Biggs (17-1-0, 9 K.-O.)
  • Le Québécois est maintenant classé no 14 WBC et no 15 WBO alors que Biggs occupe le 15e rang WBC. Le gagnant de la finale de samedi devrait se retrouver très près du top-10 des aspirants des moyens.
  • Nancy Pomerleau, la gérante et la mère de Derek, ainsi que la Cage Brasserie Sportive de Boucherville invitent les fans de boxe à assister en direct à cette grande finale. Les portes du restaurent sportif vont ouvrir à 9 h 30 samedi matin et les 4 combats des finales vont débuter à compter de 10 h.
  • Les trois autres affrontements à l’horaires impliquent les finalistes des plumes, super légers et lourds.
  • Le super légers Mazlum Akdeniz (22-0-0, 9 K.-O) présente un gala de boxe amateur qui s’intitule « LA TEMPÊTE » samedi soir le 20 décembre à compter de 19 h à son gymnase de boxe le « World Fitness & AK BOXING ». Un total de 14 combats de boxe amateur vont être présentés, une invitation à tous.