Tout au long de son parcours professionnel qui s’échelonne maintenant sur près d’une décennie, Christian Mbilli a douté. À plusieurs reprises, il s’est sincèrement demandé s’il avait pris la bonne décision de tout laisser derrière lui en France pour s’installer au Québec.
Pendant ses innombrables allers-retours entre le condo qu’il occupait jadis dans le Vieux-Rosemont et le gymnase de son entraîneur Marc Ramsay, il se demandait si le jeu en valait réellement la chandelle. Courtisé par des promoteurs français après sa carrière amateur, Mbilli songeait à tout l’argent qu’il avait laissé sur la table au nom de l’atteinte de son rêve.
Le quart de finaliste du tournoi des poids moyens des Jeux olympiques de Rio savait que sa meilleure chance de devenir champion du monde, il l’obtiendrait en peaufinant ses habiletés aux côtés de Ramsay à Montréal. Mais d’un autre côté, il avait l’impression que son premier promoteur – Groupe Yvon Michel –, qu’il ne nommera jamais, n’avait pas les moyens de ses ambitions. Les doutes se sont alors convertis en intenses découragements.
Au plus fort de la pandémie de coronavirus qui l’a contraint à l’inactivité pendant un an, Mbilli s’est même questionné à savoir s’il était « fait pour ça ». Mais les nombreux doutes et découragements se sont toujours dissipés en raison de son ardent désir de réussir et parce qu’il n’a jamais cessé de croire qu’il deviendrait un jour champion de boxe professionnelle.
La persévérance de Mbilli a finalement été récompensée, mardi, alors que le World Boxing Council (WBC) a élevé le Français d’origine camerounaise au rang de champion « régulier » des super-moyens. Champion intérimaire depuis sa victoire contre Maciej Sulecki en juin dernier à Québec, la retraite de Terence Crawford et le désistement de l’aspirant Hamzah Sheeraz ont ensuite officiellement permis à Mbilli de s’emparer de l’emblématique ceinture verte de la division, exploit qui n’a été réalisé que par seulement 26 boxeurs dans l’histoire.
Le pugiliste âgé de 30 ans ne cache pas qu’il n’aurait pas dit non à un scénario plus romancé où il aurait été sacré après avoir remporté un combat en bonne et due forme, mais la conjoncture en a voulu autrement. Il est champion : personne ne peut et ne doit en douter.
« C’est différent de ce qui se fait la plupart du temps, mais je suis très content d’être aujourd’hui champion du monde », a mentionné Mbilli en entrevue téléphonique avec RDS.ca, mercredi, quelques heures seulement après être descendu de l’avion qui le ramenait du Mexique, où il avait été accueilli par le président du WBC, Mauricio Sulaiman.
« J’ai été premier aspirant pendant plusieurs années. Je suis vraiment très fier de moi, a-t-il continué. Cela démontre que tout le travail effectué dans l’ombre finit toujours par payer. »
C’est qu’en plus d’avoir été nommé champion, Mbilli a été récompensé pour le duel qu’il a livré contre Léster Martínez en septembre dernier, qui a été sans grande surprise choisi combat de l’année par l’organisme de sanction. La furieuse guerre de tranchées qui s’était soldée par un verdict nul partagé est d’ailleurs sa dernière présence dans l’arène à ce jour.
Une rencontre déterminante
De l’aveu même de Mbilli, le dénouement n’aurait vraisemblablement pas été le même si le promoteur Camille Estephan ne lui avait pas tendu la main. Depuis que « Solide » a joint les rangs d’Eye of Tiger à l’automne 2020, il a trouvé une figure paternelle qui lui sert de mentor.
« La première fois que j’ai rencontré Camille, j’ai réalisé que c’était une personne intègre qui me ressemblait beaucoup, a expliqué Mbilli. Camille, Marc et moi partageons exactement la même vision des choses pour atteindre nos objectifs. Nous savons qu’il n’y a rien de garanti dans la vie, mais il faut absolument travailler d’arrache-pied pour arriver à nos fins. »

« Camille est vraiment quelqu’un de rassembleur. Chez Eye of the Tiger, c’est le colonel de guerre qui motive les troupes. Chaque rencontre avec lui est une séance de développement du travail et du mental, a-t-il renchéri. Je m’étais très bien renseigné sur son histoire avant de le rencontrer. C’est quelqu’un de très inspirant qui parvient à me motiver au quotidien. »
C’est pourquoi le titre de champion acquis par Mbilli n’est pas l’aboutissement de quelque chose, mais d’abord et avant tout le début d’une autre. Après avoir passé des années à courir après Saúl « Canelo » Álvarez, il veut vivement prouver qu’il est le roi de la catégorie.
« “Canelo” a plus ou moins bloqué la division pendant tellement d’années que je souhaite seulement prouver que je suis le numéro un, a précisé Mbilli. Je veux évidemment bien gagner ma vie au passage et marquer au fer rouge d’une certaine manière mon héritage. »
Pour le moment, impossible à prévoir quand et surtout contre qui il disputera son prochain combat. L’annonce de mardi a chamboulé les plans qui avaient été élaborés en vue de la prochaine année, mais chose certaine, Mbilli n’entend plus se battre de la même manière.
Aussi spectaculaire soit-il, sa lutte de tous les instants face à Martínez a été exigeante et Mbilli ne peut pas réalistement penser maintenir ce rythme d’enfer encore très longtemps.
« Mon dernier combat m’a permis de comprendre certaines choses, a avoué Mbilli. En tant que champion, le travail le plus dur c’est de le demeurer. Je dois apprendre à travailler plus intelligemment et prendre moins de coups pour prolonger ma carrière le plus longtemps possible. Je n’ai plus à avoir cette mentalité d’envoyer un message à chacun de mes duels. »
En attendant de connaître la suite des choses, Mbilli se rendra à New York en compagnie de sa copine cette fin de semaine à l’invitation de Turki Al-Sheikh pour assister au gala mettant en vedette Teofimo Lopez fils et Shakur Stevenson. Sa guerre contre Martínez pourrait encore une fois être sacrée combat de l’année, cette fois par The Ring, un honneur qu’il recevrait avec bonheur et qui lui rappellerait une énième fois, que tous les sacrifices qu’il a effectués valaient indiscutablement tous les doutes et les découragements qu’il a vécus.





