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François Dumontier : Du chèque salvateur d’Ecclestone à une tempête parfaite

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MONTRÉAL — Malgré des périodes d’épuisement, de doute et de vulnérabilité pendant presque 30 ans d’implication dans le Grand Prix de Formule 1 du Canada, François Dumontier ne changerait presque rien. Sauf peut-être sa sortie, survenue en 2024 après une édition qui s’est transformée en cauchemar.

L’annulation de l’événement deux années de suite, pendant la pandémie de COVID-19, et les enjeux qu’elle a engendrés pour son entreprise, Groupe de course Octane, ont ouvert les yeux du promoteur sur les changements qui s’opéraient, depuis un certain temps déjà, dans l’univers de la F1.

La montée en popularité du sport, en partie grâce à la série « Drive to Survive » de la plateforme Netflix, et l‘arrivée de Liberty Media à titre de propriétaire de la F1 ont rendu la navigation dans cet univers de plus en plus difficile pour la petite entreprise de Dumontier.

Le partenariat avec Bell, officialisé en 2021, lui a permis de garder la tête hors de l’eau, même s’il l’a finalement poussé vers la sortie plus rapidement qu’il ne l’avait anticipé.

« A posteriori, je pense que c’était nécessaire », a fait valoir Dumontier lors d’une entrevue accordée à La Presse Canadienne, quelques jours avant la publication de sa biographie « Passion intacte » vendredi.

« Peut-être que moi, j’avais atteint mon maximum. Peut-être aussi que j’étais rendu à un moment où je passais le flambeau à quelqu’un. Quand tu regardes l’ensemble du Championnat du monde, des promoteurs privés et individuels, ça n’existe plus. Ce sont des entreprises et des gouvernements dans certains cas. Je ne me battais plus à armes égales. Mais ça ne veut pas dire que ç’a été facile de le faire et de le vivre », a-t-il ajouté, du même souffle.

Malgré tout, Dumontier ne cache pas qu’il aurait préféré terminer son passage aux rênes du Grand Prix sur une meilleure note. L’événement de 2024 s’est en effet avéré très difficile en raison de plusieurs problèmes qui, pour la grande majorité, n’étaient pas de son ressort.

Des terrasses fermées par des inspecteurs en sécurité incendie de Montréal au centre-ville, des infiltrations d’eau dans les installations, des annonces trompeuses des forces de l’ordre, des mares de boue et un désordre dans l’évacuation du site en raison de la tenue d’un concert sur l’île Sainte-Hélène en soirée qui a finalement été annulé : Dumontier a déploré une « succession d’événements incontrôlables, alignés avec une précision presque malveillante ».

Le mot sabotage lui est même venu en tête.

« Au fil des années, on a vécu toutes sortes de situations : la pluie, des orages, de la grêle, on a tout vu. Et là, on a tout eu (en même temps). C’était un peu la tempête parfaite. J’ai l’impression d’avoir quitté avec un échec. Ça me peine d’avoir un peu fini ma carrière de cette façon-là », s’est-il désolé.

Une franchise salvatrice

Pourtant, si les amateurs de course automobile du Canada peuvent encore se réunir autour du circuit Gilles-Villeneuve une fois par année, c’est un peu grâce à Dumontier.

Lorsqu’il est parti seul en mission à Londres pour rencontrer Bernie Ecclestone et sauver le Grand Prix en juin 2009, il a misé sur l’honnêteté au moment de jouer cartes sur table. Il est revenu à Montréal avec un contrat et… un chèque de 1 million $ en poche.

Un chèque qu’il a finalement remboursé en cinq mois. « Peut-être même moins que ça », a-t-il fièrement précisé.

Ce chèque – et son remboursement – pavait la voie pour le retour durable du Grand Prix, qui possède d’ailleurs une entente valide avec la F1 jusqu’en 2035. L’avenir de l’événement n’a pas toujours été rose, toutefois.

Après avoir commencé à travailler dans l’équipe de l’ancien promoteur Normand Legault à compter de l’édition 1995, Dumontier s’est porté volontaire pour reprendre les opérations de l’entreprise de son mentor, en 2008, quand celui-ci s’est désisté, peu enclin à recourir à des fonds publics pour maintenir la course, malgré la hausse constante des frais exigés par la F1.

Avec une édition 2009 déjà annulée, le destin du Grand Prix a changé avec cette passation du flambeau. Un appel d’Ecclestone à Dumontier, en juin de cette année-là, est au cœur de la relance.

Menant lui-même des négociations avec les différents paliers de gouvernement pour ramener la course au calendrier, Ecclestone s’est tourné vers Dumontier pour organiser l’épreuve, après avoir prêté oreille aux recommandations. Mais les deux hommes ne s’étaient croisés qu’à quelques reprises, et le redoutable homme d’affaires voulait se faire sa propre idée.

Au cours d’une première rencontre intimidante, Dumontier estime avoir subi un « test ». Lors de la deuxième, il a cette fois été bombardé de questions par l’avocate d’Ecclestone. Le Montréalais a alors dit toute la vérité: il était prêt à prendre des risques financiers, mais il manquait de liquidités pour relancer le projet et n’avait pas de fortune personnelle sur laquelle s’appuyer.

À ses yeux, cette franchise a été décisive.

« Je suis convaincu que [ç’a eu un impact], a affirmé Dumontier. Quand tu lis la biographie de Bernie, tu comprends qu’il vient d’une famille très modeste. Il réparait des motos dans la cuisine de sa mère. Peut-être que ça l’a touché. Je pense que c’est la sincérité que j’avais.

« Bernie, c’est un homme qui a pris des risques dans sa vie, donc oui, je pense qu’il a été peut-être touché par cette approche-là », a-t-il mentionné.

Aujourd’hui, Dumontier est vice-président, stratégies et exploitation commerciale du Parc olympique, et demeure le président de l’Autorité sportive nationale (ASN) du Canada, qui gère le sport automobile au Canada pour la Fédération internationale de l’automobile (FIA).

C’est sa façon de rester impliqué dans le sport automobile. Et à propos du Grand Prix, il ne garde aucune amertume.

« C’est un bel événement. Je ne souhaite pas de mal au Grand Prix du Canada. Le Grand Prix a été ma famille pendant 30 ans. J’étais très fier d‘y contribuer », a-t-il conclu.