Qu’il soit majeur ou non, le Championnat des joueurs est rarement monotone.
On se souvient encore de Rory McIlroy qui, après avoir effacé un retard de quatre coups, a pris trois coups d’avance pour finalement remporter le tournoi en prolongation l’année dernière, après que J.J. Spaun eut raté le légendaire vert en îlot du 17e.
Ce genre de rebondissement est la norme, plutôt que l’exception, au fil des ans sur le prestigieux ‘Stadium Course’ du TPC Sawgrass, toujours intimidant et jamais ennuyeux.
« Passionnant » est le mot qu’Adam Scott a choisi pour décrire le Championnat des joueurs, le tournoi phare du circuit de la PGA qui a tout d’un tournoi majeur, sauf le nom.
« J’ai grandi en regardant ce tournoi, en voyant beaucoup d’oiselets et beaucoup de rebondissements dramatiques, a souligné Scott. Je trouve cela passionnant, et je pense que c’est pour cela que les gens aiment regarder ce tournoi. On y va avec le rêve de pouvoir réussir un pointage de 10 coups sous la normale et de faire rebondir les balles sur les pentes. Mais ce n’est pas si facile une fois qu’on est sur le terrain. »
Scott a remporté le Championnat des joueurs en 2004, et il se souvient d’avoir été au bar d’un restaurant avec sa petite amie après avoir entamé son tournoi avec une ronde de 65. Certains amateurs discutaient de l’action de la journée lorsqu’un d’entre eux a demandé qui était en tête du tournoi.
« Le type l’a regardé et a répondu : ‘Un inconnu’. Et c’était moi, a raconté Scott. Ma femme, ou plutôt ma petite amie à l’époque, était prête à intervenir et à lui dire ses quatre vérités. C’était donc une bonne chose de continuer, de gagner et peut-être de sortir de la catégorie des inconnus. »
Le Championnat des joueurs a connu de nombreux vainqueurs inattendus. Craig Perks a remporté son seul titre sur le circuit de la PGA à Sawgrass, après avoir réussi un coup d’approche qui a disparu au fond de la coupe pour un aigle, un coup roulé de 30 pieds pour un oiselet et un autre coup d’approche qui a disparu au fond de la coupe pour la normale, lors des trois derniers trous.
Ce tournoi récompense tous les styles de golfeurs, de ceux qui misaient sur la puissance, comme Tiger Woods, à ceux qui optaient davantage pour la précision, comme Fred Funk.
« On voit une grande variété de vainqueurs, et on ne voit pas un seul style de joueur remporter ce tournoi à plusieurs reprises », a évoqué Scottie Scheffler, le seul joueur à avoir remporté deux victoires consécutives au TPC Sawgrass.
Sa deuxième victoire, en 2024, a nécessité une remontée de cinq coups, avec un long coup d’approche pour un aigle au quatrième trou qui lui a permis de remettre une carte de 64, soit la meilleure ronde finale de l’histoire pour l’éventuel vainqueur du tournoi. Et cela, après avoir failli se retirer du tournoi en raison d’une blessure au cou. Il y a toujours du suspense.
« Vu la tendance actuelle du golf moderne, je pense que ce parcours vous oblige, en quelque sorte, à prendre un peu de recul, car les zones à atteindre sont restreintes, a déclaré Scheffler. Et il y a certains trous où vous pouvez vraiment exploiter votre puissance, si vous êtes un long cogneur. Mais il y a aussi des trous où vous devez vous contenter de mettre la balle en jeu et être capable de faire courber sa trajectoire dans les deux sens. »
Il a ensuite expliqué à tout le monde ce que ça signifiait: il doit avoir une trajectoire de balle contrôlée qui tourne légèrement de la gauche vers la droite pour un golfeur droitier (« fade ») sur le premier tertre de départ, et une trajectoire de balle contrôlée qui courbe doucement de la droite vers la gauche pour un droitier (« draw ») sur le coup d’approche suivant.
Au trou suivant, il faut un « draw » sur le tertre de départ, suivi d’un « fade » sur le long coup d’approche de cette normale-5. « Fade », « fade », « draw », « draw ». Et ainsi de suite.
Scheffler maîtrise les deux techniques, comme tous les autres golfeurs inscrits au tournoi d’ailleurs, ce qui explique sa position au classement.
Il a remporté son premier tournoi en 2026 dans le désert californien. Ses deux derniers tournois n’ont pas été à la hauteur de ses performances habituelles (il n’a pas terminé dans le top-10 pour la première fois depuis un an), mais Scheffler semble être le seul à ne pas s’en inquiéter outre mesure.
« Vos attentes à mon égard évoluent de semaine en semaine, a dit Scheffler. Mes attentes envers moi-même évoluent presque plus à chaque coup. »
La plus grande question à la veille du Championnat des joueurs, qui est doté d’une cagnotte de 25 millions $ — la plus importante du golf, avec 4,5 millions $ remis au vainqueur — concerne le champion en titre.
McIlroy s’est retiré avant la troisième ronde à Bay Hill la semaine dernière en raison de spasmes musculaires dans le bas du dos. Il a déclaré au ‘Golf Channel’ que son dos l’ennuyait beaucoup et qu’il prévoyait d’arriver mercredi pour déterminer s’il serait en mesure de défendre son titre ou non.
Le plateau de 123 golfeurs est aussi relevé que possible, avec 46 des 50 meilleurs joueurs au monde, à l’exception de quatre joueurs du circuit LIV. Brooks Koepka s’ajoute au plateau cette année, et deux autres joueurs ont été invités afin de garantir que chaque groupe soit composé de trois joueurs avant que le couperet tombe pour les rondes du week-end.
Koepka jouera au TPC Sawgrass pour la première fois depuis 2022, avant de rejoindre le circuit LIV. Il a déjà réalisé un albatros sur le 16e trou, une normale-5, en route vers ce qui était alors un record du parcours de 63 (Justin Thomas l’a battu l’année dernière avec un 62), mais il n’a pas encore terminé dans le top-10 lors de ses six participations au Championnat des joueurs. Il a une explication bien simple à ses résultats décevants.
« Le 17e trou », dit-il en référence au vert en îlot, qui est en fait une péninsule, mais qui est le trou emblématique de Sawgrass, terrifiant à jouer et amusant à regarder.
« Une année, j’ai fait un 8 et un 7. Oui, ce n’était pas très bon. Mais ce 17e trou m’a donné du fil à retordre au fil des ans. J’ai réussi de bonnes rondes ici. C’est juste une sorte de bête noire qui me rattrape toujours. »
Le circuit de la PGA a fait sourciller en laissant entendre que le Championnat des joueurs pourrait gagner en importance, notamment avec une campagne publicitaire qui se terminait par le slogan « Mars va être majeur ».
En tout cas, ce sera passionnant.





