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Du bas de l’échelle au sommet de sa profession

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MONTRÉAL – « François [Gagnon] était parfois notre 7e défenseur. Quand on jouait contre de bons clubs, il pouvait être laissé de côté et il se reprenait dans le bar après le match ou le lendemain dans la cave à vin, il est devenu un fin connaisseur. »

Marc Brassard, son ami et ancien collègue au journal Le Droit, ne raconte pas seulement cette anecdote, vécue lors de tournées des médias, pour le taquiner. Cette histoire permet de mieux comprendre comment ce collègue sans compromis s’est hissé au sommet du milieu médiatique sportif.

Car, lundi, notre collègue a reçu le prestigieux prix Elmer-Ferguson, l’équivalent d’une intronisation au Temple de la renommée du hockey.

Mais, contrairement à ce que plusieurs pensent, Gagnon n’était pas un naturel de la plume et encore moins de l’ordinateur puisqu’il déteste l’informatique. Ainsi, il a dû bucher pour devenir le spécialiste des chroniques étoffées.

« Il a travaillé très fort pour se bâtir une carrière et gagner le respect des autres. Il a commencé au bas de l’échelle, à la radio CKCH, en Outaouais. Quand il est arrivé au Droit, ça n’a pas été facile pour lui, son français n’était pas super bon. Des pupitreurs l’ont beaucoup aidé et il a pris des cours de français. Il se promenait partout avec son dictionnaire et son Bescherelle. Il a appris à écrire sur le tas », s’est souvenu Brassard avec admiration.

Gagnon n’était donc pas un Lane Hutson ou un Noah Dobson, mais plutôt un Kaiden Guhle qui aimait le jeu robuste. Il a également un peu de Brendan Gallagher dans le sang, car il ne craint pas de froisser quelques personnes au passage.

Alain Vigneault se souvient des débuts de Gagnon.

« On a commencé autour des mêmes années. Moi, avec les Olympiques de Hull et lui, à la radio et ensuite au Droit. On était deux jeunes qui essayaient de faire leur marque dans leur domaine respectif. François, ce qu’il est aujourd’hui, c’est ce qu’il était avant : il est capable de parler à tout le monde. Je l’ai toujours apprécié », a mentionné Vigneault.

Métier oblige, Gagnon n’était pas un client doux dans les coins. Il ne craignait pas de remettre en question le travail des entraîneurs.

« C’est sûr qu’il n’était pas facile pour certains entraîneurs. Si tu demandais à mon bon ami Michel Therrien de parler de sa relation avec François, il te dirait de bonnes choses, mais également qu’il y a eu des frictions », a confié Vigneault en souriant.

« C’est tout à fait normal. Comme entraîneur, on doit protéger notre équipe tandis que les journalistes doivent aller chercher des informations. François savait comment poser les questions. Parfois, ça provoquait de petites frictions, mais ça fait partie du milieu. C’est pour ça que le sport est intéressant, parce qu’il y a des gens passionnés, comme François », a poursuivi Vigneault qui profite maintenant de sa retraite du hockey.

Jacques Martin est arrivé à la barre des Sénateurs en janvier 1996 alors que Gagnon avait déjà une réputation enviable au boulot.

« Il était probablement un peu plus agressif dans son jeune âge. Mais le fait qu’il avait de bonnes connaissances et qu’on a travaillé ensemble sur une base régulière, ç’a aidé à développer une relation. J’ai toujours respecté le travail qu’il devait accomplir et il a toujours été honnête envers notre équipe dans sa façon de rapporter les choses », a décrit Jacques Martin qui est revenu dans le giron des Sénateurs en tant que conseiller sénior.

De nos jours, les dirigeants sportifs nouent que rarement des liens qui dépassent le cadre du travail avec les journalistes. Mais le fossé était moins vaste à l’époque sans oublier que les Sénateurs ont commencé à connaître du succès sous les ordres de Martin.

« Nos jeunes joueurs sont devenus des étoiles comme Daniel Alfredsson, Wade Redden, Zdeno Chara, Mike Fisher... Quand tu es dans un environnement gagnant, c’est beaucoup plus facile », a reconnu Martin.

Au quotidien, ça n’a pas empêché Gagnon de questionner certaines décisions des Sénateurs. Mais Martin ne se souvient pas d’échanges musclés avec celui qui a mis son expertise au bénéfice de RDS depuis.

« Pas vraiment. Quand je suis arrivé à Ottawa, j’étais assez mature comme entraîneur et le bagage m’a aidé à comprendre les responsabilités des journalistes qui doivent passer un message à la population, c’est bien d’être honnête », a-t-il répondu.

Du même souffle, Martin reconnaît que ce n’est pas durant son passage à la barre du Canadien qu’il aurait pu développer une telle relation avec Gagnon ou d’autres confrères.

« Quand on y repense, un aspect qui a été probablement plus difficile avec le Canadien, c’est qu’à Ottawa je faisais beaucoup d’entrevues parce qu’on avait besoin des médias pour vendre notre équipe tandis qu’à Montréal, c’était plus une vieille philosophie. C’était plus contrôlé sûrement en raison de l’histoire de l’équipe », a admis Martin.

Sur une note plus légère, il s’est rappelé une anecdote.

« François aimait avoir du plaisir. Je me rappelle une fois, je crois qu’on était à St.Louis. On avait joué et on s’en allait, le lendemain, au Colorado. L’autobus devait partir à 9h et à 8h55, je regarde ma montre et François n’était pas encore là. En fin de compte, j’ai vu François arriver à la dernière minute, en courant, pour embarquer à temps dans l’autobus. On a bien ri avec ça, il a presque manqué son vol », a raconté Martin en revoyant la scène dans sa tête.

Vigneault se rappelle quelques bières partagées avec Gagnon malgré les premières années difficiles des Sénateurs.

Petite parenthèse ici, notre cher collègue nous a également appris des trucs à l’extérieur du travail. Après une longue journée de boulot en séries à Boston, il y a plusieurs années, Gagnon avait commandé deux Coors Light d’un seul coup dans un pub. On a compris qu’on avait encore plusieurs leçons à assimiler de la part des vétérans.

Mais on n’a jamais osé tenter de le suivre sur un terrain de golf, l’endroit où il est le plus heureux.

« Dans nos métiers, il y a un manque d’équilibre, ça exige tellement de temps qu’on délaisse souvent nos proches, nos familles et nos amis de côté pendant la grosse saison. François et moi, ça doit faire 10 étés de suite qu’on se dit qu’on ira jouer au golf. J’aimerais qu’on puisse aller jouer notre fameuse partie », a lancé Vigneault alors que le souhait est maintenant écrit noir sur blanc.

Parlant de souhait, le « petit gars de Québec » n’aurait jamais rêvé recevoir un tel honneur. En fait, en 2022, Gagnon croyait avoir bouclé la boucle de manière parfaite en couvrant l’intronisation de Daniel Alfredsson au Temple de la renommée. Cette conclusion est encore meilleure.