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« George nous a permis d’évoluer très vite »

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Même s’il a été propriétaire des Canadiens de Montréal sur une courte période, George N. Gillett fils a changé à jamais le destin de la glorieuse équipe, qui ne serait jamais devenue ce qu’elle est devenue, sans l’apport de l’homme décédé à l’âge de 87 ans, cette semaine.

Président du CH pendant toute la période pendant laquelle Gillett a été détenteur du club, de 2001 à 2009, Pierre Boivin conserve un souvenir impérissable de celui qui avait acheté le Bleu-Blanc-Rouge et le Centre Bell, notamment, à Molson pour approximativement 275 M$.

« C’est quelqu’un qui est arrivé dans une situation qui n’était pas facile, a rappelé M. Boivin en entrevue téléphonique avec RDS.ca, vendredi. L’organisation était en plein début de restructuration. Il y avait beaucoup à faire pour redresser la barre dans plusieurs aspects. »

« C’était également un Américain qui arrivait avec un certain nuage au-dessus de la tête, parce que les Montréalais et les Québécois avaient été déçus par Jeffrey Loria et la façon dont il avait géré les Expos, a-t-il continué. Les partisans s’interrogeaient sur ses intentions.

« Mais il a rapidement su dissiper toutes les inquiétudes. Sa famille a épousé Montréal. Tous les membres de la famille sont tombés en amour avec l’organisation et ils ont toujours été très respectueux avec les amateurs et les différentes équipes de direction. George a été un propriétaire de transition, mais il nous a permis d’évoluer très vite comme organisation. »

Cela peut être extrêmement difficile à imaginer pour les dernières générations de partisans – avec tout l’engouement qu’il y avait lors des dernières séries éliminatoires –, mais les Glorieux étaient très loin d’atteindre des sommets de popularité au tournant du millénaire.

Exclus du rendez-vous printanier trois saisons de suite, de 1999 à 2001, ils peinaient à attirer les partisans à leurs matchs locaux, si bien que les sièges vides se comptaient par milliers au Centre Bell, inauguré quelques années plus tôt, en 1996. Et près d’une trentaine des hautement lucratives loges corporatives n’arrivaient également pas à trouver preneur.

S’inspirant des méthodes qu’il avait peaufinées dans les stations de ski qu’ils possédaient au Colorado, Gillett a alors donné un mandat clair à son équipe de direction : reconquérir le cœur des amateurs, en particulier les plus jeunes, avec des promotions jusque-là inédites.

« Nous étions dans un creux en termes d’appui. Lorsque le Centre Bell n’est pas rempli, c’est vraiment un signe de désaffectation des Canadiens et ça se reflète partout, a expliqué M. Boivin. George a joué un grand rôle pour renverser cette tendance-là, avec Ray Lalonde, F.-X. Seigneur ainsi que toute l’équipe des ventes, qui n’existait pas encore à ce moment-là.

« C’est sous leur impulsion que la Zone Molson avec des billets à 15 $ a été créée. Ça créait de l’atmosphère dans le Centre Bell. Il y avait une véritable force de vente sur les campus des cégeps et des universités! Il y avait une mise en marché qui n’existait pas auparavant. »

Le plus grand héritage de Gillett avec les Canadiens reste cependant le changement de culture qu’il a été en mesure d’instaurer avec une efficacité redoutable. Après environ vingt ans sous la structure corporative et parfois extrêmement rigide de la brasserie Molson, le CH est devenu une entreprise nettement familiale, tradition qui perdure sous Goeff Molson.

« George n’était pas nécessairement souvent là, car il était très occupé avec ses entreprises partout dans le monde, mais son fils, Foster, faisait partie de l’équipe de direction, a dit M. Boivin. Il y avait vraiment une culture, un esprit familial qui se voulait très proche des gens.

« Il comprenait, par expérience – il avait été copropriétaire des Dolphins de Miami – que le club devait être centré sur ses partisans, et pas juste au Centre Bell, mais partout en province. C’est le propre de toutes les grandes franchises dans le monde du sport nord-américain : les grandes dynasties appartiennent à des familles et non des corporations. »

Sur une note plus personnelle, M. Boivin est reconnaissant d’avoir pu vivre de formidables expériences paraprofessionnelles, en marge de son travail quotidien avec les Canadiens. Il a notamment été très impliqué dans le processus d’achat du Liverpool FC, en février 2007.

« J’ai fait partie de l’équipe d’exploration pour trouver une franchise à acheter et effectuer la “due diligence” (vérification au préalable, NDLR) par la suite, étant donné que j’avais de l’expérience dans la gestion d’équipes sportives, a-t-il conclu. C’est un fait qui est inconnu, mais la signature de l’entente avec les propriétaires de Liverpool s’est faite au Centre Bell, dans le salon des joueurs. L’entente de principe avait évidemment été conclue auparavant, mais c’est au Centre Bell qu’elle s’est paraphée. Nous étions tous pas mal très fiers de ça!

« George était un propriétaire très inclusif, qui n’a pas hésité à faire appel à mes services pour la recherche d’une équipe, en Angleterre. Il aimait s’entourer de gens d’expérience. »