MONTRÉAL - Avec ses neuf points récoltés sur les dix à l’enjeu lors de ses cinq derniers matchs, neuf points qui le hissent au deuxième rang de la division Atlantique, une deuxième place qu’il occupera pour la durée de la pause olympique si les Sabres de Buffalo n’arrivent pas à battre les Penguins de Pittsburgh jeudi soir, le Canadien est impressionnant.
Rien de moins!
Vous direz qu’il était tout sauf impressionnant lors des 15 premières minutes du match de mercredi à Winnipeg. Qu’il était même décevant considérant la totale domination des Jets entre la mise en jeu qui a donné le coup d’envoi à sa 57e partie de la saison et le but d’Oliver Kapanen avec moins de quatre minutes à faire au premier tiers. Un but qui a permis au Tricolore de niveler les chances dans un match qui était tout sauf égal à ce moment-là.
Et c’est vrai.
Mais ce début de rencontre ô combien difficile a permis à Samuel Montembeault de s’imposer, de confondre les sceptiques avec une performance à la hauteur de celles offertes par Jakub Dobes qui aurait facilement pu obtenir le privilège de disputer ce dernier match avant la pause olympique.
Une performance qui lui a permis de retrouver et d’afficher une belle confiance, de raffermir si elle s’était ramollie la confiance de ses coéquipiers à son endroit et surtout de permettre à Martin St-Louis de doubler la mise qu’il avait pariée en lui offrant un premier match après une pause de cinq rencontres; un premier départ depuis sa défaite crève-cœur du 24 janvier dernier, à Boston, aux mains des Bruins.
Montembeault est le seul joueur du Tricolore qui a amorcé le match de mercredi en même temps que les Jets.
Comme il l’a fait à quelques reprises, mais pas assez souvent depuis le début de la saison, comme Jakub Dobes l’a fait, en deuxième période lundi au Minnesota pour éviter que le Wild se sauve avec une victoire facile, Montembeault a gardé le Tricolore dans le coup au premier tiers.
Vrai qu’il a accordé un premier but dès la septième minute de jeu. Un but marqué en avantage numérique par Kyle Connor contre qui le gardien du Tricolore ne pouvait rien, ou pas grand-chose.
Mais avant ce but, Montembeault avait déjà affronté six tirs des Jets. Il avait déjà réalisé trois gros arrêts. Il a dû en réaliser quelques autres en plus de voir le poteau à sa gauche lui venir en aide aux dépens de Connor pour changer le cours de la période. Peut-être même celui du match.
Car après un premier entracte au cours duquel les joueurs des deux équipes devaient se demander comment diable était-ce possible que le score soit égal après une période aussi inégale, le Canadien a pris le contrôle complet de la partie.
Oui, les Jets ont obtenu quelques autres occasions de marquer en période médiane comme au dernier tiers, mais ces poussées des Jets n’ont en rien égalé celles du Canadien. De fait, ces poussées ont surtout permis à Montembeault de confirmer que ses 12 arrêts au premier tiers étaient bien plus que le fruit du hasard.
Avec les résultats qu’on connaît. Une victoire de 5-1 qui a permis aux nombreux partisans du Tricolore au Manitoba – on aurait juré que le Tout-Saint-Boniface était au Canada Life Centre – de chanter des Olé! Olé! Olé!
« On connaît parfois des mauvaises séquences dans une partie, mais on ne connaît pas des mauvais matchs », a plaidé Martin St-Louis après la 32e victoire de son équipe (32-17-8) après 57 matchs.
Ce qui est pas mal vrai. Ce qui est surtout la plus grande amélioration de son équipe cette année. Une équipe qui ne baisse pas les bras devant l’adversaire lorsqu’il prend les devants, mais qui prend les moyens pour revenir dans le match.
Et ça, c’est tout à l’honneur du coach, car cela confirme l’impact positif qu’il a sur ses joueurs. Le respect qu’ils lui démontrent en écoutant son message, en mettant ses directives en application lorsqu’ils sautent sur la glace.
Ces 32 victoires placent le Canadien en bien meilleure posture que l’an dernier à la même date, ou à peu près, alors que la LNH s’offrait une pause pour donner toute la place à la Confrontation des 4 nations.
À la pause l’an dernier (9 février), le Canadien était à une victoire de la barre des ,500 dans la LNH (25-26-5). Une glissade d’une victoire en neuf matchs (1-7-1) venait de bousiller l’impressionnante poussée du Temps des Fêtes. Malgré tout, le Canadien était revenu en force (13-3-1) pour amorcer son ascension jusqu’aux séries éliminatoires.
Le 26 février prochain, lorsqu’il retrouvera ses partisans au Centre Bell où Mathieu Darche et ses Islanders feront la première de leurs deux escales cette saison, le Canadien sera en bien meilleure posture qu’il ne l’était l’an dernier. Il n’aura qu’à prendre les moyens de confirmer sa place en séries.
La magie de Lane Hutson
Samuel Montembeault, qui jouait très gros mercredi soir, alors qu’une vilaine sortie ou un mauvais but susceptible de priver son équipe d’un ou deux précieux points au classement auraient soulevé un tsunami de critiques à son endroit et à celui de son entraîneur-chef, a été impressionnant mercredi soir.
Même ses nombreux détracteurs devront l’admettre.
Mais il n’est pas le seul : Lane Hutson a une fois encore fait de la magie sur la patinoire. Et je ne parle pas seulement ici du but qu’il a marqué en deuxième pour doubler l’avance du Canadien. Un but sensationnel alors que le jeune défenseur a eu le flair de se porter à l’attaque, a eu l’agilité de pivoter sur sa droite pour glisser vers le but et maximiser l’angle de tir qu’il s’offrait et a prouvé la qualité de ses mains en décochant un tir bien plus précis que vif qui lui a permis d’atteindre le plateau des 10 buts.
Pas mal pour un gars qui n’a pas de « shot » comme le veut l’expression consacrée!
Parallèlement à ce but spectaculaire, Hutson a réalisé un tas de petits jeux qui étaient tout aussi importants, mais qui sont pour la plupart passés inaperçus. Des jeux brillants en défensive alors qu’il s’est imposé physiquement pour séparer des joueurs des Jets de la rondelle et amorcer des relances du Tricolore.
Pas mal pour un gars qui a bien plus des allures d’un roseau que d’un chêne lorsqu’il saute sur la patinoire.
Et c’est en plein ça Hutson. C’est cette capacité de maximiser son intelligence, son sens du jeu et son talent pour marquer en dépit du fait qu’il n’a pas le tir de Shea Webber, pour gagner des batailles en dépit du fait qu’il n’a pas, et loin de là, la stature de l’ancien capitaine du Canadien qui le rend si bon, si impressionnant.
L’effet Gallagher
Dans un match au cours duquel le capitaine Nick Suzuki et son principal complice Cole Caufield ont été blanchis, le vieux Brendan Gallagher et les autres petits vieux du troisième trio ont pris les choses en main.
Gallagher a marqué un but et récolté trois points. Son premier match de trois points cette saison et premier depuis le 18 mars dernier dans une victoire de 6-3 du Canadien aux dépens des Sénateurs d’Ottawa.
Josh Anderson l’a imité. Une belle façon de célébrer son 400e match en carrière avec le Canadien. Surtout qu’il s’agissait d’un premier match de trois points (un but, deux passes) d’Anderson depuis le 1er mars 2022 alors qu’il avait réussi un tour du chapeau dans un revers de 8-4 encaissé aux mains des Jets, à Winnipeg.
Phillip Danault a profité d’un but dans un filet désert pour mousser ses statistiques personnelles. Cela dit, le centre du Canadien a été une fois encore très utile à son équipe en gagnant deux fois plus de mises en jeu qu’il en a perdues (12-6).
Danault a joué de malchance en première période alors que le dégagement qu’il a tenté pendant que le Canadien se défendait à court d’un homme a été intercepté à la ligne bleue. Danault a dégagé par instinct. Sans regarder. Neuf fois sur dix, il aurait réussi son coup. Mais mercredi, Josh Morrissey a intercepté la rondelle et les Jets ont marqué quelques secondes plus tard.
La contribution offensive de son trio a fait contrepoids.
Gallagher, que plusieurs partisans étaient prêts à chasser du vestiaire couvert de goudron et de plumes il y a deux ans en raison du contrat trop généreux qu’il touche par rapport à sa contribution offensive, est toujours un joueur important pour l’équipe.
Il a perdu de la vitesse. De fait il n’en a jamais vraiment eu. Sa contribution offensive a décliné. C’est évident. Mais sa fougue et son leadership sont toujours à l’avant-plan même s’il remplit un rôle de soutien et non un rôle de premier plan.
Ce qui est vrai pour Gallagher l’est aussi pour Anderson. Et ces deux joueurs sont plus utiles au Canadien depuis que Martin St-Louis les a réunis à Phillip Danault.
Ces trois petits vieux pourront s’offrir un congé aussi mérité que nécessaire pour qu’ils puissent appuyer les jeunes après la pause olympique. C’est vrai aussi pour Mike Matheson qui est un rouage essentiel au sein de la brigade défensive du Tricolore.
Samuel Montembeault pourra partir en vacances sur une note positive. Ce qui rendra son congé bien plus salutaire que s’il avait été contraint à broyer du noir après une défaite ou pire, une mauvaise sortie devant sa cage.
Lane Hutson, Cole Caufield, Ivan Demidov et les autres jeunes qui n’iront pas aux Jeux olympiques? Le repos les aidera aussi. Bien sûr. Mais les partisans doivent souhaiter qu’ils ne perdent rien de l’élan sensationnel qu’ils imposent depuis le début de la saison.
Des partisans qui devront aussi se croiser les doigts aussi – comme Martin St-Louis et le reste de l’état-major – pour que les Nick Suzuki, Juraj Slafkovsky, Oliver Kapanen et Alexandre Texier reviennent des Jeux olympiques forts d’une médaille la plus brillante possible ou à tout le moins d’une expérience dont ils sauront faire profiter leurs coéquipiers. Mais surtout qu’ils reviennent d’Italie en pleine forme et en santé.
Bons Jeux olympiques!
Go Canada Go!









