COLLABORATION SPÉCIALE
Ma parole. C’est fait.
Après une disette de trois matchs sans but, sa plus longue séquence depuis la mi-janvier, Cole Caufield a enfin atteint l’illustre plateau des 50 buts. Comme il a tendance à le faire cette saison, c’était un but de la plus haute importance, qui a donné l’avance au Tricolore dans un match de quatre points contre ses rivaux de division et possibles adversaires de séries, avec qui l’équipe lutte pour avoir l’avantage de la patinoire au premier tour. Le meilleur marqueur de 50 buts à n’en avoir jamais marqué 40, comme certains détracteurs aimaient bien le surnommer, est devenu le 7e joueur de l’histoire du club à atteindre la marque et le premier que j’ai eu la chance de voir de mon vivant.
Tout au long de sa carrière, ses talents naturels de marqueur n’ont jamais été en question. Vingt-neuf buts en 28 matchs avec l’Équipe nationale de développement des États-Unis. Trente buts en 31 matchs à sa deuxième saison avec les Badgers de l’Université du Wisconsin, lui méritant le trophée Hobey Baker, remis au meilleur joueur collégial de l’année. Et dans la LNH, après un passage à vide d’un seul but en trente matchs sous les ordres de Dominique Ducharme, il est à égalité au 15e rang chez les buteurs du circuit Bettman depuis l’embauche de Martin St-Louis, ayant établi des sommets personnels en but chaque saison de sa, encore, jeune carrière.
Cette progression qui semble plutôt linéaire cache une évolution impressionnante chez l’ailier américain. Sous les ordres de l’ancienne vedette du Lightning, un mentor parfait pour un joueur du gabarit de Caufield, on a vu l’attaquant se développer d’un marqueur pur, mais unidimensionnel, à un joueur beaucoup plus complet et surtout plus dangereux que jamais.
L’évolution d’un tireur
À ses débuts, surtout après l’embauche de Martin St-Louis, Cole Caufield avait un profil de tir similaire aux grands francs-tireurs droitiers de la LNH. Comme les Ovechkin, Stamkos, et autres, il faisait une grande partie de son dommage avec des tirs puissants du cercle de mise en jeu. Et bien qu’il en décoche encore quand l’occasion se présente, ce n’est plus son tir de prédilection. Je ne sais pas si c’est un effort conscient pour limiter la charge placée sur son épaule et aider la longévité de sa carrière, ou simplement un changement stylistique qui coïncide avec son opération en 2023, mais Cole Caufield est un joueur différent depuis cette opération.
Oui, il est capable de générer de la puissance avec un tir sur réception, mais c’est beaucoup de force à mettre sur un petit gabarit. Plutôt que de tenter de jouer comme Alex Ovechkin, qui a 7 pources et 63 lb d’avantage sur le franc-tireur américain, Caufield a laissé de côté la force brute au profit de la précision et de l’efficacité. Il est passé du cercle de mise en jeu sur l’avantage numérique à un rôle à l’embouchure du filet. Au cours de chacune des quatre dernières saisons, la distance médiane de ses tirs a chuté d’année en année.

Ça fait du sens, après tout. L’objectif est de réduire le temps de réaction du gardien adverse. Tu peux le faire en augmentant la vélocité de tes tirs, mais réduire la distance vient accomplir le même effet : le gardien a moins de temps pour faire l’arrêt. Et quand tu as la précision et la détente de Caufield, un tir vif à bout portant est tout aussi létal qu’un boulet de canon d’une bonne distance.
Un joueur plus complet
Cole a aussi développé les autres facettes de son jeu. À ses débuts, si la rondelle se retrouvait sur son bâton, une des deux choses suivantes allait arriver : un tir presque immédiat, ou une passe rapide, habituellement en périphérie, avant de se repositionner pour la prochaine opportunité de tirer. Il créait très peu d’opportunités pour ses coéquipiers, avec moins d’une passe vers l’enclave par rencontre. Encore une fois, un style productif, mais très unidimensionnel. Avance rapide de quelques années et on voit un joueur beaucoup plus dynamique. Pour paraphraser son entraîneur, il a réussi à amener SA game dans LA game.

Notez que j’ai exclu son temps avec Dominique Ducharme dans le graphique. C’est une période sombre que je crois que l’on préfère tous oublier.
En plus de tirer moins fréquemment, il est beaucoup plus patient avec la rondelle et surtout plus créatif, non seulement pour lui-même, mais pour ses coéquipiers. C’est d’ailleurs ce qui semble avoir causé des problèmes lors de la frustrante séquence de trois matchs pris à 49 buts. Ses coéquipiers le cherchaient dès qu’ils avaient la rondelle, le plaçant souvent dans des positions moins qu’idéales. Contre le Lightning, le trio a retrouvé son focus dans un match important et s’est remis à jouer de la bonne façon. En première période, Caufield a complété trois passes vers l’enclave, autant que tous ses coéquipiers combinés. Bien qu’ils n’ont pas réussi à marquer dans ce premier 20, ça a donné le ton à un match que le CH a dominé beaucoup plus que le score final ne l’indique.
Toute son évolution des dernières années nous mène à sa superbe saison 2025-26. Même si 34 joueurs ont dirigé plus de tirs vers le filet que Caufield, Nathan MacKinnon est le seul joueur qui peut se vanter d’avoir plus de buts, avec 52. Et il a eu besoin de 148 tirs tentés supplémentaires que l’ailier du CH, qui a l’une des saisons de 50 buts les plus efficaces des dernières décennies. En fait, depuis la saison 1993-94 (oui, tout juste après la dernière Coupe du Canadien), son taux de réussite de 20,3% est le 9e plus efficace dans la LNH, 0,1% derrière Mario Lemieux et sa saison de 69 buts en 70 matchs en 1995-96.
Il l’a aussi fait en marquant gros but après gros but. Vous avez fort probablement vu que Caufield mène aisément la LNH avec 29 buts qui donnent l’avance, 10 de plus que tout autre joueur. Ou qu’il mène la ligue avec 12 buts gagnants, dont cinq en prolongation. Ou que 41 de ses buts ont été marqués avec un écart d’un but ou moins. Ou qu’il n’a jamais marqué dans un filet désert dans sa carrière. C’est simple, si Caufield marque, il vient changer la complexion d’un match. Avec le CH qui entre en séries par la grande porte, avoir un joueur capable de se lever lors des grandes occasions est un avantage considérable pour la Sainte Flanelle.
Pas mal pour un ailier trop petit.











