MONTRÉAL - Les visages hagards et les voix éteintes avec lesquels Martin St-Louis et les quelques joueurs venus croiser, les journalistes répondaient à leurs questions en disaient long sur la déception associée à la défaite que venaient de leur infliger les Bruins de Boston.
Les Bruins qui venaient de compléter leur première remontée victorieuse de la saison alors qu’ils tiraient de l’arrière après 40 minutes de jeu. De fait, il n’avait pas encore récolté le moindre point (0-17-0) lors des 17 rencontres au fil desquelles ils étaient à la remorque de leurs adversaires après deux périodes.
Et comme c’est davantage le Canadien que ses rivaux de Boston qui a été responsable de ce revirement de situation au dernier tiers, l’entraîneur-chef et ses joueurs avaient raison d’avoir le caquet bas.
Deux mises en jeu perdues en territoire défensif ont directement mené aux deux buts qui ont changé le cours du match et chassé le Canadien du troisième rang de la section atlantique.
Deux buts marqués en 12 secondes en passant.
L’arrêt qui n’est pas venu
Vous avez vu les reprises comme moi et aussi souvent que moi j’en suis convaincu. Sur le premier, la rondelle a d’abord dévié sur le patin d’Alexandre Carrier avant que Fraser Minten ne déjoue Samuel Montembeault avec un tir du revers. Sur le deuxième, alors que Carrier venait d’être pénalisé, Morgan Geekie a déjoué Montembeault d’un tir frappé de la pointe.
Un solide tir, j’en conviens. Un tir qui a peut-être été dévié légèrement comme a insisté Martin St-Louis dans son analyse du match, un tir que personne n’a vraiment vu aller alors que Geekie s’est amené de la pointe pour montrer aux arbitres que la rondelle était bel et bien engouffrée dans les coussins au fond du filet, mais un tir que Samuel Montembeault aurait pu bloquer.
Ces deux buts ont fait mal au Canadien. Très mal. Ils ont aussi fait mal au gardien du Tricolore qui, jusque-là, avait connu une bonne sortie avec des arrêts solides et importants aux dépens des Pastrnak, Arvidsson, McAvoy, Lindholm et Zacha pour ne nommer que ceux-là.
Le but accordé à Geekie a balayé du revers de la mitaine les bons arrêts du gardien. Car c’est cet arrêt supplémentaire qu’il fallait réaliser pour garder le club dans le match. Pour ne pas effacer ce que Cole Caufield, avec son premier tour du chapeau de la saison et ses 27e, 28e, et 29e buts de la campagne, et le reste de l’équipe lui avaient fait de bien et de bon jusque-là.
Mais cet arrêt n’est pas venu.
Les responsables des communications du Canadien ont « protégé » Samuel Montembeault en refusant de lui permettre de venir répondre aux questions des journalistes. Une stratégie qui fait plus de torts que de biens au gardien. Car en le cachant comme c’est arrivé après le match de samedi, on donne justement l’impression qu’il a des choses à se reprocher et/ou qu’il est trop abattu pour faire face à la musique. Ça ne fait que donner de l’ampleur aux critiques et mousser l’inquiétude de ceux et celles qui se demandent s’ils doivent maintenir leur confiance en lui.
Une dure semaine
Les Bruins de Boston, samedi, après les Sabres de Buffalo deux fois lors des 11 derniers jours et les Red Wings de Detroit le 10 janvier ont servi des sérieux avertissements aux joueurs du Canadien : en dépit de tous les succès accumulés depuis octobre, en dépit les prouesses de Cole Caufield, Lane Hutson et Ivan Demidov, les présences des Suzuki, Slafkovsky, Kapanen et Texier aux Jeux olympiques, leur place en séries est loin d’être acquise.
Et voilà que le Canadien qui a perdu cinq de ses huit derniers matchs – et ç’aurait pu être pire, car deux de ses trois victoires ont été arrachées en prolongation et une autre s’est confirmée avec 15 secondes à faire en troisième période – fait face à une dure semaine.
Une très dure semaine au fil de laquelle les Golden Knights de Vegas – qui voudront venger la dégelée de 7-1 encaissée à Ottawa dimanche – et l’Avalanche du Colorado – de très loin la meilleure équipe de la LNH – se succéderont au Centre Bell avant que le Canadien ne mette le cap sur Buffalo pour y recroiser les Sabres, l’équipe de l’heure dans la Ligue.
Il n’y a pas de quoi paniquer. Du moins pas encore. Mais la semaine qui commence en dira long, très long, sur le caractère des joueurs de Martin St-Louis. Sur l’impact de l’entraîneur-chef qui devra s’assurer de faire lever la confiance de son équipe au lieu de la voir s’étioler.
Samedi à Boston, tout comme jeudi dernier face aux Sabres venus de Buffalo, le Canadien a disputé de bons matchs. Des matchs qu’il aurait pu gagner; des matchs au terme desquels il aurait pu récolter un point prime dans la défaite; mais des matchs qu’il a perdus tout court.
Et c’est ça qui fait le plus mal. Au classement, comme au moral.
Le Canadien a déjà traversé une séquence difficile en début de saison. Après avoir gagné neuf de ses 12 premiers matchs (9-3-0-0), le Tricolore s’est contenté d’un gain en huit parties (1-4-1-2), de six victoires en 17 rencontres (6-8-1-2).
Il s’en est remis. Avec éclat, puisqu’il avait signé 15 victoires en 24 matchs (15-6-3) entre son premier passage à vide et la glissade amorcée le 10 janvier dernier lorsque les Red Wings sont venus le blanchir 4-0 au Centre Bell.
Ses rivaux directs dans la section Atlantique, ses rivaux de l’Association Est comme tous les clubs de la LNH, même les meilleurs, connaître eux aussi des passages à vide plus ou moins longs d’ici la fin de la saison.
C’est normal.
Mais ce sont les équipes qui seront en mesure de raccourcir la durée de ces passages à vide qui seront en mesure de confirmer leur place en séries.
Le Canadien doit donc profiter des trois duels au programme cette semaine, aussi difficiles soient-ils, pour gagner, reprendre confiance et sortir de la séquence difficile dans laquelle il est en voie de s’enliser.
Ça prendra un effort collectif total.
Mais ça prendra aussi l’arrêt qui fera la différence. L’arrêt qui aurait fait la différence dans le match de samedi, à Boston, mais qu’on attend toujours.









