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Pourquoi pas McTavish?

Publié le 

MONTRÉAL - Absolument personne, du moins je l’espère, ne reprochera au Canadien de s’être bien gardé de gaspiller de précieux choix au repêchage – dont deux de première ronde – et 77 millions $ répartis sur sept ans pour acquérir Pavel Dorofeyev.

Oui, le Canadien a besoin d’ajouter un ou deux éléments pour confirmer, l’an prochain, que sa croisade jusqu’en finale de l’Est n’était pas seulement un coup de chance. Et aussi, et surtout, pour combler le grand fossé qui sépare le Canadien d’une présence en finale de l’Est, de sa 25e conquête de la coupe Stanley.

Mais on parle de Pavel Dorofeyev ici. Pas de Connor McDavid, Leon Draisaitl ou même Sidney Crosby. On parle d’un gars qui a marqué 20 de ses 37 buts lors d’attaques massives l’an dernier.

Si Kent Hughes avait sombré dans le genre de folie qui semble s’être emparée de son homologue Chris Drury qui croit que Dorofeyev mérite un contrat aussi démesuré et qu’il ramènera les Rangers en séries éliminatoires dès l’an prochain, son patron Jeff Gorton aurait immédiatement dû le congédier. Et vous savez quoi? Gorton aurait ensuite dû être congédié par le propriétaire Geoff Molson qui aurait eu raison de lui reprocher de ne pas avoir été en mesure de contenir son directeur général.

Le duo Gorton-Hughes aurait également mérité de vives critiques s’il avait misé 84 millions $ — 10,5 millions $ pour les huit prochaines années – sur Alex Tuch. Je sais : les Capitals se frottent les mains avec satisfaction après avoir pris ce pari. On s’en reparlera dans deux, trois, cinq ans alors qu’ils auront les mains sur la tête en se demandant pourquoi diable ils ont fait ça…

Et ce n’est pas John-Jason Peterka qui aurait comblé le manque à gagner offensif du Tricolore. Surtout au prix exorbitant de deux choix de première ronde que les Bruins ont accepté de payer au Mammoth de Utah. En passant, le club d’André Tourigny sort déjà grand gagnant de cette transaction avec l’acquisition du gardien Sebastian Cossa avec l’un des choix de première ronde offerts par les Bruins.

Jordan Kyrou? Le jury délibère toujours…

Mais quand les Blues de St.Louis ont accepté les 15e et 29e sélections du repêchage qui venait de se mettre en branle, vendredi soir, à Buffalo, en retour de Mason McTavish, j’ai été à la fois surpris et déçu.

Déçu, parce que j’ai toujours vu en Mason McTavish le parfait deuxième centre dont le Canadien a grand besoin en attente de l’arrivée de Michael Hage avec le grand club. À 23 ans, il est encore tout jeune. En prime, je demeure convaincu que sa dernière saison – une baisse de production de neuf points – n’est qu’un accident de parcours et qu’il reprendra son ascension dès l’an prochain avec les Blues. Une ascension qui devrait le conduire vers des saisons de 70 points.

Déçu aussi, parce qu’avec un contrat qui l’assure d’un salaire de 7 millions $ jusqu’en 2031, McTavish aurait parfaitement intégré la structure salariale très habilement élaborée, et jusqu’ici respectée, par l’état-major du Canadien.

Surpris, parce que le Canadien aurait facilement pu égaler, voire bonifier, l’offre présentée au directeur général des Ducks Pat Verbeek par Doug Armstrong, son homologue des Blues.

Quoi conclure de cette décision du Canadien de regarder McTavish passer d’Anaheim à St.Louis?

Que l’état-major du Tricolore aimait moins, voire beaucoup moins, Mason McTavish que tous ceux et celles qui le voyaient comme le parfait successeur à Oliver Kapanen au centre du deuxième trio !

Des vérifications effectuées autour de la LNH au cours de la journée de samedi tendent à confirmer cette prétention.

McTavish est bon offensivement. C’est indéniable. Mais ses lacunes défensives ont refroidi l’ardeur de bien des équipes qui s’intéressaient à lui depuis le moment où les Ducks l’ont offert à la planète hockey tout entière. En plus, il ne serait pas toujours « à la tâche » comme l’exige Martin St-Louis de tous ses joueurs lorsqu’ils sautent dans la mêlée.

Deux prises qui expliqueraient le fait que le jeune centre n’a jamais été en mesure d’obtenir la confiance de son nouvel entraîneur-chef Joel Quenneville qui n’a pas attendu la troisième prise pour faire comprendre à ses patrons de le retirer de la formation… genre, comme!

Martin St-Louis et l’ensemble de l’état-major du Tricolore étant de fervents défenseurs de l’importance de développer des joueurs complets, des joueurs de hockey et non seulement des vedettes offensives, ajoute donc aux motifs justifiant les réticences du Canadien à prendre une chance sur McTavish.

Au-delà la prudence et la patience

Tout ça est bien beau. Comme le mélange de prudence et de patience affiché par le Tricolore qui se refuse, et c’est tout à son honneur, de gaspiller des choix, des espoirs et surtout des millions $ sur des joueurs qui n’en valent pas vraiment le coût.

Mais ça ne change rien à la réalité bien concrète que le Canadien a toujours un grand vide à combler au centre du deuxième trio.

Quoi? Vous êtes de ceux qui souscrivent au fait qu’Ivan Demidov pourrait combler ce vide? Disons que c’est vrai. Ça créerait du coup un grand vide sur le flanc droit de ce trio… ou du premier trio si Martin St-Louis devait décider d’associer, pour le meilleur et pour le pire, Juraj Slafkovsky et Ivan Demidov.

Et malgré tout le bien qu’on dit d’Alexander Zharovsky, Gleb Pugachyov sélectionné au 26e rang vendredi soir ou de Parker Trottier, le petit fils du grand Bryan Trottier qui occupe une place de choix au Temple de la renommée du hockey tout près de son complice Michael Bossy, ce ne sont pas les jeunes espoirs du Tricolore qui combleront le vide à combler… ou les vides à combler.

Jason Robertson?

Il reste qui? Il reste quoi?

Le nom de Jason Robertson est au centre de nombreuses spéculations… et d’aberrations: comme celle d’avoir refusé les 15 millions $ par saison que le Kraken de Seattle était prêt à lui verser.

Selon ce que je comprends, Jason Robertson serait prêt, même s’il est Américain, même s’il profite d’un « paradis fiscal » comme le Texas et qu’il évolue au sein de l’une des meilleures formations de la LNH, de jouer à Montréal.

Malgré les impôts, l’hiver, la pression des partisans… et la possibilité que son hymne national soit hué de temps en temps selon les prises de position politiques et économiques de son président à l’endroit de ses voisins du Nord.

Robertson est un très bon joueur de hockey. Il est d’abord et avant tout un ailier gauche. Mais à l’image d’Ivan Demidov sur l’autre flanc, Robertson est un excellent fabricant de jeu. Un centre… qui joue à l’aile.

Bon! Il a été exclu par Bill Guerin de la formation américaine qui a gagné la médaille d’or aux derniers Jeux olympiques et permis au directeur du FBI, Kash Patel, de plonger dans la bière et le champagne, pour célébrer cette victoire.

Mais comme les partisans du Canadien ont dû composer avec les exclusions de Cole Caufield et Lane Hutson, ils ne devraient pas trop en vouloir à Robertson.

L’ennui, et il est démesurément gros, c’est le salaire qu’il réclame.

Aussi bon soit Robertson, aussi utile soit-il potentiellement pour le Canadien, il serait difficile, voire impossible, pour Kent Hughes d’aller voir les Suzuki (7,875 millions $ par année), Caufield (7,85 millions $ par année), Slafkovsky (7,6 millions $) et Hutson (8,85 millions $ par année) de toucher près du double de leur salaire alors qu’il n’est même pas éligible à l’autonomie complète.

Et même si Robertson acceptait de se « contenter » de 12 millions $ par année pour joindre un club plus compétitif que le Kraken – ce qu’il ne semble pas prêt à faire avec les Stars qui sont certainement aussi compétitifs que le Canadien – les jeunes piliers du Tricolore auraient raison de se mutiner en disant : nous avons accepté de laisser des millions sur la table pour la cause collective, et vous nous flouez à la première occasion?

Le genre de mutinerie qui minerait le vestiaire du Tricolore. Le genre de mutinerie que l’état-major refuserait de créer. J’en suis convaincu!

Mais oui! Il faudra quand même bouger un moment donné. Car oui, il faudra du renfort.

Mais à 16 h 25 en ce 27 juin ensoleillé, alors que le repêchage vient de prendre fin et que les recruteurs des 32 formations sont convaincus que tous les jeunes qu’ils ont sélectionnés leur donneront raison dans un, deux, trois, cinq, sept ans, les partisans du Canadien doivent encore patienter.

À Kent Hughes et l’état-major de récompenser cette patience qui, pour le moment, s’étiole un peu plus chaque jour.

Est-ce que de sera avant la prochaine vague de folie collective qui déferlera avec l’ouverture du marché des joueurs autonomes le premier juillet prochain?

Après? On verra!

Mais s’il est vrai que tout vient à point à qui sait attendre, les partisans du Canadien seront gâtés. En attendant, profitez de l’été qui semble vouloir s’installer.