MONTRÉAL – Martin St-Louis a été champion provincial en gymnastique, Zachary Bolduc a excellé au baseball, Mike Matheson a bénéficié de plusieurs sports tandis que Lane Hutson n’a pratiquement joué qu’au hockey.
Outre quelques exceptions comme Hutson, la recette du multisports a fait ses preuves pour le développement athlétique des jeunes. Mais plusieurs parents tardent à l’adopter pour leurs enfants et elle demeure difficile à appliquer en raison des coûts et des contraintes liées aux sports dont les calendriers se chevauchent.
Durant la période olympique, on s’est amusé dans le vestiaire du Canadien à tenter de découvrir quel joueur s’était le plus illustré dans un autre sport que le hockey.
« Oh boy, c’est une bonne question. Je pense que (Alexandre) Texier est excellent au soccer. Lui, il dirait au football », a lancé Alexandre Carrier avec le sourire.
Ce fut la réponse la plus courante.
Gêné par ces fleurs, Texier a humblement admis qu’il possédait « les touches », mais c’est au tennis qu’il était « plutôt bien ». Il a effectué des tournois jusqu’à l’âge de 14-15 ans avant de tenter une carrière avec un bâton de hockey au lieu d’une raquette.
Le plus étonnant, c’est que plusieurs joueurs ignoraient le parcours sportif de leurs coéquipiers. S’ils étaient nombreux à avoir remarqué l’aisance au soccer du capitaine Nick Suzuki, ils ne savaient pas qu’il avait songé, à l’adolescence, de partir vers l’Europe pour percer dans ce sport.
Ça démontre une certaine modestie des joueurs du Tricolore. Cela dit, il semblerait qu’il faut écarter Brendan Gallagher et Jayden Struble de cette catégorie.
« Si tu demandes à Gallagher, il répondrait lui dans tous les sports », a taquiné Kaiden Guhle en précisant que Noah Dobson est un excellent golfeur et que Alex Newhook a joué au rugby.
« Struble dit qu’il aurait pu jouer professionnel dans tous les sports, mais ce n’est pas vrai », s’est amusé à relever Carrier qui a joué quelques saisons de football dans son enfance.
À travers tous les excellents athlètes dans la LNH, Mike Matheson se hisse dans une catégorie spéciale. Son aisance sur patins, sa capacité cardiovasculaire et son agilité laissent deviner un parcours sportif varié.
« J’ai pratiqué plusieurs sports et il y avait toujours une date à laquelle je devais ranger mon équipement de hockey pour faire d’autres sports. C’est important de le faire », a confié Matheson qui a notamment pratiqué le football, la natation, le soccer et le golf.
De son côté, Hutson était presque gêné de s’être consacré avant tout au hockey.
« Juste un peu de golf pour le loisir. Je me suis concentré sur ce que j’aimais », a répondu Hutson qui semble né pour impressionner sur patins.
Au terme de notre tournée dans le vestiaire, on a sondé l’entraîneur-chef Martin St-Louis sur son propre parcours. À ne pas en douter, voilà un autre sujet qui l’allume.
« J’ai fait beaucoup de sports. Dans ma génération, c’était comme ça. Maintenant, c’est de la spécialisation plus tôt. C’est quoi la meilleure manière? Tu vas prendre 10 jeunes d’une façon et 10 de l’autre et ce n’est pas la même chose qui marche pour chacun. Mais c’est dur avec la génération actuelle, je l’ai vécu avec mes enfants aussi. Tout le monde se spécialise tôt. Si tu ne le fais pas, es-tu en retard? Il y a du positif dans les deux approches », a commenté St-Louis.
« La chose la plus importante, pour qu’un jeune puisse se développer dans un sport, c’est d’avoir la passion. Si tu te spécialises trop tôt, est-ce que tu tues la passion? Est-ce que ça devient un travail trop jeune? Tu peux être très bon à 14-15 ans, mais à 17 ans, ton meilleur hockey est derrière toi parce que tu as perdu la passion. Chaque cas est différent », a poursuivi l’entraîneur qui a sûrement voulu conscientiser ses enfants aux bienfaits de pratiquer plusieurs sports.
Devant les caméras, St-Louis a été trop humble pour raconter qu’il s’était démarqué en gymnastique. Après son titre de champion provincial à 10 ans, il a accédé aux Jeux du Québec et il avait été classé avec les jeunes de 12 ans.
De plus, St-Louis n’hésite pas à dire que c’était au soccer qu’il était le plus talentueux et non au hockey.
Une relève moins athlétique
On a poursuivi la conversation avec l’agent de Matheson, Philippe Lecavalier. D’ailleurs, Lecavalier avait découvert Matheson par erreur. Il était venu épier l’un de ses coéquipiers quand il a été fasciné par son potentiel athlétique.
Lecavalier œuvre dans ce milieu depuis 20 ans et il constate que les jeunes sont désormais des athlètes moins complets.
« On ne développe plus des athlètes, on développe des joueurs de hockey et ça sature le bassin. Il y a une moins grande quantité de joueurs qui ont des chances de jouer dans les plus hauts niveaux », a indiqué Lecavalier qui est agent de joueurs et directeur du développement des affaires chez Quartexx.
Si certains parents comprennent la pertinence du multisports, « il y en a beaucoup qui ont dans la tête “LNH, LNH et LNH” quand les enfants ont 5-6 ans, puis c’est juste ça qu’ils font, du hockey », a-t-il raconté.
C’était tout le contraire dans sa famille. Durant son enfance, il a été témoin d’un exemple plus que probant avec son petit frère, Vincent Lecavalier.
« En été, mon frère n’a jamais joué au hockey de sa vie et même quand il était jeune dans la LNH. Il était le meilleur dans quasiment tous les sports (dont le baseball) qu’il faisait », a confié Lecavalier en s’amusant à dire qu’il était seulement mauvais au billard.
Pour Vincent Lecavalier, le hockey en été, ça se limitait à jouer dans la rue avec ses amis et pratiquer l’agilité de ses mains avec un mini-hockey dans le salon.
Avec son expérience familiale, le bagage acquis au fil des ans et les études qui le démontrent, Lecavalier lance donc ce message aux jeunes clients de son agence.
« On les encourage souvent à prendre une petite pause du hockey durant l’été et à faire d’autres sports surtout quand ils sont plus jeunes. On a déjà eu des clients bantam auxquels on a demandé d’arrêter le hockey pendant deux mois », a relevé Lecavalier.
Lecavalier et ses partenaires croient si fermement aux bénéfices du multisports qu’ils ont suggéré à Hockey Québec d’obliger la pratique d’un autre sport, durant l’été, à ceux qui veulent jouer du hockey élite.
Une conscientisation est essentielle puisqu’on remarque des blessures d’usure « qu’on ne voyait pas dans le temps », a noté Lecavalier.
Le taekwondo, le karaté et la gymnastique
Les bénéfices du football, du soccer, du baseball et du basketball sont reconnus pour développer le sens du jeu et les attributs physiques au hockey. Mais Lecavalier ose proposer une avenue peu utilisée.
« J’aime beaucoup, beaucoup le taekwondo même si personne ne m’écoute pour ça. Je l’ai vécu, je faisais du karaté et ça m’a grandement aidé pour mon équilibre et ma coordination. J’ai fait du taekwondo plus tard et c’est encore mieux. Je n’en revenais pas moi-même comment ça m’avait aidé », a-t-il exposé.
Quand on lui a soumis le parcours de St-Louis en gymnastique, il a reconnu que c’est probablement une meilleure option, mais les garçons sont moins attirés vers celle-ci.
En terminant, les études prouvent que les athlètes ayant les carrières professionnelles les plus longues sont ceux qui se spécialisent sur le tard. François Bieuzen, directeur – Sciences du sport à l’Institut national du Sport du Québec, le rappelait récemment à l’émission Ciao Milano de Radio-Canada.





