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RÉSULTATS

Du gros gaspillage!

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MONTRÉAL - Les partisans du Canadien savent que leur club entreprend cette année une construction qui, comme toutes les constructions, aura ses lots d'ennuis, de retards et de déceptions qui attiseront la patience de tous... même des plus patients.

Dont celle du coach!

D'ailleurs, c'est Martin St-Louis lui-même qui a dit lors du tournoi de golf donnant le coup d'envoi de la reprise des activités de son équipe qu'il serait patient, oui, mais que sa patience serait agressive.

En regardant son équipe s'enliser comme elle l'a fait sur la patinoire du Centre Bell, vendredi soir, St-Louis aurait eu toutes les raisons au monde de devenir agressif...

Car c'est à du gros gaspillage que le Canadien s'est livré vendredi.

Et non! Ce n'est pas parce que le Canadien a perdu 2-1 contre un club C des Maple Leafs qu'il a gaspillé son vendredi soir. Ou pas juste parce qu'il a perdu.

C'est d'abord et avant tout parce qu'il a disputé un semblant de match préparatoire. Un match qui n'a pas servi la prémisse qui est de préparer la saison, d'évaluer les jeunes, d'instaurer des systèmes de jeu et de bonnes habitudes de travail.

On n'a rien vu du tout ça.

Que les vétérans comme Monahan, Anderson et Gallagher se soient de contentés de très peu en matière d'effort, on peut comprendre. Ils en afficheront un peu plus s'ils jouent lundi à Toronto. Ils en afficheront plus encore lors du dernier match du calendrier préparatoire dans une semaine à Ottawa.

Du moins, je l'espère.

Mais qu'un Joel Armia, un gars dont on se demande toujours à l'aube de sa sixième saison à Montréal ce qu'il peut donner à son équipe, trouve le moyen de plus nuire à ses coéquipiers qu'à ses adversaires à chacune de ses présences est difficile à comprendre. Comme il est encore très difficile à comprendre que l'ancien directeur général Marc Bergevin lui a consenti un contrat de quatre ans à un salaire annuel moyen de 3,4 millions $. Un contrat qui prendra fin à la fin de la prochaine saison. Pas celle qui commence. L'autre après!

Armia jouit d'une sécurité financière en raison de ce contrat. Mais s'il ne fait qu'encaisser ses chèques de paie aux 15 jours sans offrir la moindre contribution à l'équipe, pourquoi diable lui permettre de « voler » une place à un jeune qui aiderait à préparer un avenir meilleur ?

Barron : pis encore!

En matière de gaspillage, il y a pire que la contre-performance générale – exception faite de Cayden Primeau qui a été bien meilleur qu'à sa première sortie repoussant 24 des 26 tirs des Leafs – du Canadien.

Il y a pire aussi que Joel Armia.

Il y a Justin Barron!

Ce défenseur droitier a tout ce qu'il faut pour réussir dans la LNH. Ou presque...

Il a le physique de l'emploi. Il a un bon coup de patin. Il a de bonnes mains. De fait, les Dieux du hockey lui ont fait cadeau d'un talent indéniable. Un talent qui a d'ailleurs convaincu l'Avalanche du Colorado de le repêcher dès la première ronde (25e sélection) en 2020. Un talent qui saute aux yeux quand il se donne la peine de mettre juste un brin de conviction dans son jeu.

Mais voilà!

Le nom de famille de Barron et le mot conviction se terminent tous deux par les lettres o et n. C'est la seule chose qu'ils ont vraiment en commun.

On en a eu la preuve trop souvent depuis que le Canadien a acquis ses services de l'Avalanche du Colorado en retour d'Artturi Lehkonen. Il faudra attendre de voir ce que deviendra le choix de deuxième ronde en 2024 que le Canadien a aussi obtenu dans cette transaction. Mais pour l'instant, le retour est loin de faire le poids.

Écarté d'une main par Bertuzzi

Vendredi soir, Justin Barron, à l'image de ses coéquipiers, a bousillé tout plein de jeux au fil des 20 présences qu'il a effectuées au cours du match.

Parce qu'il n'aura que 21 ans le 15 novembre prochain et parce qu'il entreprend seulement sa troisième saison dans les rangs professionnels, on peut lui pardonner bien des erreurs.

On doit même lui pardonner.

Ce qu'il est impossible de pardonner par exemple, c'est le fait qu'il joue du bout du bâton dès que ça bourdonne autour de lui. Le fait qu'il perde ses batailles à un contre un sans vraiment donner l'impression de vouloir les disputer. Le fait qu'il affiche une nonchalance qu'il est impossible de pardonner à quiconque. Encore moins à un jeune qui est encore loin d'avoir prouvé qu'il est vraiment un espoir.

Questionné sur la soirée de travail de Justin Barron, Martin St-Louis a refusé de blâmer directement son jeune défenseur, préférant répartir le blâme sur l'ensemble de l'équipe.

C'est compréhensible.

Mais je suis convaincu que Martin St-Louis, ses adjoints, les membres de l'état-major et le personnel d'entraîneurs du club-école refuseront de fermer les yeux sur le fait que Barron a refusé de s'imposer dans une bataille à un contre un en période médiane face à Tyler Bertuzzi.

C'était dans le fond du territoire du Canadien. Dans le coin à la gauche de Cayden Primeau. La rondelle était là. Barron était le plus près du disque. D'une main, sans même forcer, Bertuzzi a écarté Barron du jeu pour s'emparer de la rondelle et tenter d'orchestrer une menace.

Oui, Bertuzzi est fougueux. Mais sur le jeu, il n'a pas même eu à l'être tant Barron s'est laissé tasser sans offrir la moindre résistance. La moindre conviction.

En voyant le jeu se dérouler sous la galerie de presse j'ai entendu la voix de l'ancien coach du Canadien Michel Therrien qui, dans son anglais bien à lui, qualifiait de « soffffes » et non de « soft » les joueurs qui perdaient trop souvent leurs bagarres à un contre un, ou pire, qui refusaient de les disputer.

Au-delà de son physique et tout le talent qui l'habite, Justin Barron a une place bien à lui dans la catégorie des joueurs doux, voire trop doux, ou « soffffes » si vous préférez l'expression de Michel Therrien. Il devra vite prendre les moyens de chasser cette réputation bien accrochée à son nom sinon il gaspillera lui-même le potentiel immense qui l'habite.

Pas question ici de m'acharner sur Barron.

En fait, cet exemple illustre parfaitement ce qui attend les joueurs du Canadien et leurs partisans cette année.

Dans le cadre de la première année de construction d'un club gagnant, les amateurs endosseront sans l'ombre d'un doute le plan de la direction et la patience nécessaire pour se rendre jusqu'au bout.

Mais ils n'ont pas à accepter du gaspillage grossier en matière d'effort, de cohésion, de conviction comme on l'a vu vendredi par l'ensemble de l'équipe. Ou d'un gaspillage de talent comme celui dont semble vouloir se rendre coupable Justin Barron.

On verra ce que ça donnera samedi soir alors que le Canadien et les Leafs se croiseront pour une deuxième fois en deux soirs.

En prime, il semble que Sheldon Keefe gardera la majorité de ses joueurs vedettes à la maison afin qu'ils soient bien reposés, lundi, alors que le Canadien se rendra à Toronto.

Si le Tricolore veut battre les Maple Leafs au moins une fois cette saison, ce serait une bonne idée de ne pas rater sa chance samedi. Car dès lundi prochain et pour le reste de l'année, ça risquera d'être pas mal plus difficile!