MONTRÉAL – Pierre Dagenais visait depuis longtemps un retour dans la LHJMQ dans un rôle de gestion. « C’est comme un rêve, un objectif personnel que je m’étais fixé », dit le nouveau directeur général de l’Armada de Blainville-Boisbriand en entrevue à RDS.
Mais l’ancien joueur de la LNH admet que le début de son mandat, qui a officiellement commencé avec l’annonce de son embauche cette semaine, n’est pas de tout repos. « Je m’adapte présentement avec tous les noms sur nos listes. Je ne te mentirai pas, on est dans du 12 heures par jour, c’est vraiment intense. J’hérite du camp d’entraînement [...], il me reste quelques invitations à envoyer. Le timing... ce n’est pas le timing parfait. »
Dagenais a travaillé main dans la main pendant « un mois et demi, deux mois » avec l’homme d’affaires américain John Moreland avant que celui-ci ne se porte acquéreur de l’Armada. Les deux hommes avaient développé une amitié dans les dernières années alors que Dagenais avait le mandat de superviser le développement athlétique du fils de Moreland.
« Le projet qu’on a bâti ensemble, c’est qu’il achetait l’Armada et je faisais partie des plans », expose Dagenais. L’idée de départ, c’était que l’ancienne gloire des Huskies de Rouyn-Noranda s’immisce dans un rôle de vice-président aux opérations hockey et apprenne les rudiments du métier auprès du personnel déjà en place. Sauf que le directeur général Jean-François Fortin ne se voyait pas continuer avec la nouvelle administration. Il a quitté son poste à peine deux mois après avoir été embauché.
Dagenais s’est donc fait offrir les doubles fonctions.
« Je crois que je suis prêt pour ce défi-là. J’ai beaucoup regardé la ligue ces deux dernières années, je n’ai pas manqué beaucoup d’occasions de voir des matchs, d’observer des joueurs. Donc je suis prêt. J’ai un grand défi devant moi, mais je suis prêt à foncer. »
Fortin restera dans l’entourage de l’équipe jusqu’au début du camp d’entraînement pour assurer une transition fluide. Dagenais a aussi l’intention de s’appuyer sur l’expérience de ses nouveaux collègues, notamment celle son adjoint Jason Pominville. « C’est moi le nouveau et je ne m’en vais pas là pour essayer de tout changer présentement. Je m’en vais là vraiment pour stabiliser. »
Le communiqué envoyé par l’Armada pour annoncer la venue de son nouvel architecte décrit Dagenais comme un homme qui possède « des décennies d’expérience en évaluation, en développement et en recrutement des joueurs, ainsi qu’en construction d’équipe. » Pourtant, le parcours de l’homme de 48 ans depuis qu’il a accroché ses patins demeure méconnu.
L’école de la vie... et des Remparts
À la fin des années 2010, Dagenais a pris la décision de s’investir sans compter dans la jeune carrière de son fils Maddox, qui a récemment été sélectionné en première ronde du repêchage de la LNH par les Blues de St-Louis. Pendant « six ou sept ans », le paternel a pris en charge le développement « sur glace et hors glace » de son garçon et d’autres jeunes joueurs dans la région des Laurentides. Il s’est aussi exilé pendant quelques années en Ontario pour travailler au sein de la World Elite Academy. En parallèle, il a vu au bon développement des clients d’une agence de joueurs, Maloney & Thompson.
« J’ai étudié la game de hockey beaucoup plus après ma carrière que pendant que je jouais, précise Dagenais. Avec l’agence et les joueurs que j’ai développés dans le passé, ça veut dire que les [joueurs nés en] 2006 jusqu’à 2011, je l’ai ai suivis dans les Team Canada, Team Québec, les matchs d’espoirs, toutes ces affaires-là. Je connais les joueurs établis comme ceux qui s’en viennent. »
Dans les deux dernières années, Dagenais a moins souvent utilisé son bâton et ses gants et a plutôt sorti son calepin de notes. Il a continué de suivre son fils à la trace pendant que celui-ci commençait son parcours junior avec les Remparts de Québec. Tout ce qu’il a pu observer l’aidera dans ses nouvelles fonctions.
« Je n’ai pas manqué beaucoup de pratiques ni beaucoup de matchs. Je crois que l’opportunité que j’ai eue d’être aussi près – et loin en même temps – dans mon implication avec les Remparts, de voir comment un gars d’expérience comme Éric Veilleux dirige et prépare ses équipes, comment un gars comme Simon Gagné travaille, ça m’a beaucoup appris. J’étais présent, je n’ai pas manqué grand-chose. »
Dagenais dit avoir aussi « appris énormément » de Nicole Bouchard, la vénérable DG adjointe des Remparts et administratrice de longue date dans la LHJMQ.
Je pose beaucoup de questions, je suis prêt à apprendre, je suis prêt à absorber tous les conseils des gens pour me faire ma propre opinion avec ça. »
Un grand chantier
Dans sa nouvelle chaise, Dagenais aura du pain sur la planche.
L’Armada avait mis la totale pour tenter de remporter les grands honneurs l’an dernier. Les arrivées de Bill Zonnon, Spencer Gill, Maël Lavigne, Vincent Collard et William Lacelle, notamment, ont lourdement hypothéqué la banque de choix au repêchage de l’organisation.
« Je pense qu’en 2028, je n’ai pas de choix avant la cinquième ronde. L’an prochain non plus, je n’ai pas de choix de première ronde », calcule le nouveau gestionnaire.
Zonnon, Justin Carbonneau et Xavier Villeneuve, les trois grandes vedettes de la dernière édition, sont partis. Du top-10 des marqueurs de l’équipe la saison dernière, il ne restera pratiquement rien. Mais l’ampleur du chantier n’intimide pas Dagenais.
« Mon objectif premier sera de faire les séries éliminatoires. Ça sera une lourde tâche, mais je vais tout faire pour essayer d’améliorer l’équipe à court terme. Je ne vois pas de plan de cinq ans avec les nouveaux règlements associé à la ligue avec la NCAA et la possibilité de recruter des joueurs américains. À talent égal, l’objectif sera toujours de prioriser des joueurs québécois, mais il faut être conscient de la réalité de la ligue présentement. »
Dagenais se donne jusqu’aux Fêtes pour stabiliser son effectif et regarder vers un horizon à plus long terme. « Là, il faut que je remplisse des chandails. »





