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Jacques Caron encore mentor de l’élite à 86 ans

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MONTRÉAL – À 86 ans, Jacques Caron conseille encore les gardiens Scott Wedgewood, Frederik Andersen et Mackenzie Blackwood. Preuve qu’à son âge, Caron, qui a épaulé Martin Brodeur pendant 20 ans, n’a rien perdu de sa pertinence.

Avouons-le, en faisant cette découverte, on avait été enchanté, mais quelque peu étonné.

Cependant, dès les premières secondes de notre discussion avec Caron, on a compris pourquoi plusieurs de ses anciens élèves tiennent à s’abreuver de ses connaissances.

Vif d’esprit, drôle et positif, l’ancien gardien originaire de Rouyn-Noranda possède, grâce au hockey, un riche vécu qui mérite d’être partagé et écouté.

Ne croyez surtout pas que ces athlètes ont conservé cette proximité avec Caron uniquement pour les bienfaits psychologiques de discuter avec leur mentor. Le volet technique demeure au cœur de leurs discussions.

« Je regarde leurs matchs à la télévision, on se parle de ce qu’ils ont bien fait, de ce qui va arriver et de petites choses à remettre en place. On discute de leur positionnement, des angles, de ne pas trop penser pendant les parties et de diviser le match en segments de cinq minutes », a résumé Caron avec aplomb.

Voilà une chaleureuse reconnaissance quand on a vu le jour en 1939, avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, et qu’on a accroché ses jambières en 1980.

« Ma récompense, c’est quand je vois qu’ils ont du succès », a plutôt ciblé Caron avec un sourire de bonheur dans la voix.

La saison exceptionnelle de Wedgewood (moyenne de 2.19 et efficacité de ,917 avec un dossier de 19-3-4) le réjouit donc particulièrement.

« Scott, c’est l’une des meilleures personnes que tu peux rencontrer, il est un peu comme un garçon pour moi. Il est déjà papa d’une fille et sa femme accouchera d’un autre enfant bientôt, il m’envoie des photos. »

—  Jacques Caron

Ce lien, qui dépasse le sport et le travail, est particulièrement spécial avec Brodeur.

« J’ai eu une seule fille dans ma vie, alors Martin était presque mon garçon. Il m’a appelé la semaine dernière, on a parlé de ses fils qui ont choisi la même position de gardien », a précisé Caron qui profite de sa « retraite » en Floride.

Caron a hérité du joyau qu’était Brodeur à sa première saison complète dans la LNH. Puisqu’il avait composé avec des problèmes aux genoux, Caron l’a incité à modifier son approche et moins se fier au style papillon. La recette qu’ils ont concoctée a mené à trois conquêtes de la coupe Stanley (1995, 2000 et 2003) tout en devenant le gardien le plus victorieux de l’histoire.

« Martin avait une tête extraordinaire pour ce métier ainsi que les habiletés. Ses parents étaient de très bonnes personnes. Ça faisait que ce n’était pas dur de lui dire quelque chose, il écoutait; c’était pour son bien », a souligné Caron.

« Avant une partie, tu pouvais l’appeler, il était détendu et il riait. Peu de gardiens peuvent faire ça. Lui, il était capable car il était confiant en ses capacités. »

—  Jacques Caron

Meilleur grâce aux légendes Plante, Sawchuk et Bower

Contrairement à Brodeur et aux gardiens qu’il a encadrés, Caron n’a pas connu une grande carrière dans la LNH n’y disputant que 72 matchs en 20 saisons professionnelles. Mais, quand il a choisi de devenir entraîneur, il a opté pour la meilleure approche.

« D’abord, on n’est jamais trop vieux pour apprendre. Alors j’ai appelé des gardiens comme Jacques Plante, Terry Sawchuk et Johnny Bower. J’ai pris toutes leurs forces et j’ai mis ça dans un paquet. C’est ça que j’ai montré aux gardiens », a expliqué Caron qui a côtoyé ces légendes tout en devenant ami avec Yogi Berra, un monument des Yankees de New York.

« Moi, si j’avais su ce que je connais maintenant, j’aurais été deux fois meilleur comme gardien. Dans la tête, on s’inquiétait. Dans notre temps, on n’avait pas d’entraîneur donc tu devenais mélangé, c’était normal », a-t-il exposé.

Fractures à la mâchoire, hanches en métal et minuscule masque

Le hockey est au cœur de la vie de Caron depuis 80 ans. Pourtant, en 1967, il avait opté pour la retraite avant de recevoir un appel de l’organisation des Kings de Los Angeles qui lui a finalement permis de jouer dans la LNH.

« À mon époque, il n’y avait qu’un seul gardien, moins d’équipes et pas de contrat garanti. C’était difficile de trouver une place. Et, si tu avais une mauvaise année, on te sacrait dehors. »

—  Jacques Caron

Ça ne jouait pas seulement dur du côté financier.

Pendant 12 ans, Caron a protégé son filet sans porter de masque. Résultat, il a notamment subi deux fractures de la mâchoire et il a failli perdre la vue d’un œil.

Il était heureux d’enfiler ce modeste masque (voir la photo) qu’il possède encore.

Jacques Caron Jacques Caron (Denis Brodeur/Getty Images)

Et petit détail, ses deux hanches sont désormais composées de métal.

« On avait des culottes protectrices comme celles des joueurs et rien ne protégeait nos hanches. Chaque fois que tu tombais sur la glace, ça finissait par causer des dommages », a-t-il reconnu.

Mais Caron sera le dernier à se lamenter. Au contraire, il a conservé sa pertinence à son âge puisqu’il n’est pas resté glacé dans le passé.

« Je préfère voir le positif et avancer », a cerné Caron.

Ce qui le rend heureux, c’est d’aider. Ce côté, il l’a hérité de sa mère qui pensait toujours aux autres quand la vie était plus rude. Ça le comble donc de redonner à ses anciens gardiens.

Jacques Caron Jacques Caron (Bruce Bennett/Getty Images)