MONTRÉAL - Gary Bettman a réussi un grand coup en offrant aux amateurs des quatre coins de sa LNH des saisons régulières enlevantes au possible.
Des saisons qui, encore cette année, ont gardé plusieurs équipes et leurs partisans sur les dents dans leur quête d’accéder aux séries ou de protéger la place chèrement acquise au fil des dernières semaines... et même des derniers jours.
La parité saute aux yeux. Et même si certains puristes avancent, avec raison, que les points accordés dans le cadre de défaites en prolongation ou tirs de barrage resserrent artificiellement le classement, les bénéfices d’un classement aussi serrés dans l’Est comme dans l’Ouest pèsent plus lourd dans l’équation que leurs doléances.
Avec des matchs significatifs jusqu’à la toute fin du calendrier, ou à peu près, la LNH n’a pas besoin d’une ronde préliminaire comme dans la NBA. La saison régulière s’en charge alors que des victoires arrachées en octobre ou des matchs échappés en janvier ont des conséquences avec des classements aussi serrés qu’ils le sont dans les quatre sections, dans les deux associations.
Pourquoi diable alors le commissaire gâche-t-il tout ça avec une première ronde qui dénaturera encore cette année la saison régulière en chassant deux des meilleurs clubs des associations Est et Ouest dès la première ronde?
Vice de procédure
Aucun système n’est parfait.
Mais de savoir que le Canadien ou le Lightning dans l’Est et, pis encore, les Stars ou le Wild tomberont dès la première ronde après avoir connu des saisons régulières exceptionnelles est un brin ou deux désolant.
C’est surtout le fait que ces équipes se croiseront en première ronde qui est désolant.
Car une fois en séries, rien n’est acquis. De grandes surprises ou d’affreuses déceptions arrivent chaque année. L’Avalanche, champion de la saison régulière, pourrait être éliminé par les Kings dès la première ronde. Les Hurricanes, champions dans l’Est, pourraient être surpris par les Sénateurs. Plusieurs, moi le premier, croient d’ailleurs que les « Sens » ont les ressources pour orchestrer une telle surprise et prolonger le calvaire des « Canes » en séries.
Mais dans le cas des clubs qui ont terminé deuxièmes et troisièmes dans leur section respective, on ne peut pas parler de surprise. On doit parler d’un vice de procédure.
Comment accepter que les Oilers ou les Ducks qui termineront la saison avec une vingtaine de points derrière les Stars et avec au moins 12 de reculs sur les Stars passeront en deuxième ronde alors que Dallas ou Minnesota sera éliminé?
C’est difficile. Presque impossible. Surtout si vous êtes un partisan des Stars ou du Wild.
Revenir en arrière
Ce non-sens mousse la popularité de l’idée de revenir en arrière. De revenir au système 1-8, 2-7, 3-6, 4-5 dans chaque association.
Le fait que cinq clubs de l’Ouest – Vegas, Utah, Edmonton, Anaheim et Los Angeles – ont moins de points que les Sénateurs d’Ottawa, deuxième club repêché dans l’Est, incite même certains observateurs à réclamer une formule 1-16 sans tenir compte des associations.
C’est un autre débat. D’une année à une autre, il est normal que des sections ou une association connaissent plus de succès ou de difficultés. Avec les conséquences que cela entraîne sur le tableau des séries.
En plus, l’image du Canadien de Montréal soulevant le trophée Clarence Campbell à titre de champion de l’Association Ouest en 2021 – en raison des conséquences de la Covid-19 qui avait chambardé la planète au complet et non seulement la planète hockey – donnait le vertige. Pas seulement parce que Clarence Campbell était le grand responsable des émeutes du Forum en mars 1955 pour sa décision de suspendre Maurice Richard pour le reste de la saison et les séries... Mais surtout parce que le Tricolore a toujours été et sera toujours un club de l’Est. Et que c’est le trophée Prince de Galles qu’il convoite avant la coupe Stanley. Pas le Campbell Bowl!
Sans oublier que si deux clubs de l’Est ou de l’Ouest se retrouvaient en finale de la coupe Stanley, l’intérêt pour cette finale serait concentré sur un coin de la LNH et se déroulerait dans l’indifférence la plus complète dans l’autre portion de la Ligue.
Ce qui exclut, c’est du moins ma prétention, le système 1-16.
Duels plus justes
Mais le système 1-8 tient toutefois la route.
D’ailleurs, si la LNH récompensait vraiment les clubs qui ont eu le plus de succès en saison régulière, les Stars affronteraient les Ducks en première ronde. Le Wild croiserait les Oilers.
Ça ne les assurerait pas d’une victoire. Mais ils n’auraient qu’eux à blâmer en cas de défaite et non le système en place.
Même chose pour le Canadien et le Lightning.
Dans un système 1-8, le CH croiserait les Bruins faisant renaître une des plus grandes rivalités en séries dans la LNH. Une victoire du Tricolore aux dépens des Bruins ne serait pas assurée, surtout en raison de l’aspect physique des Oursons. Mais ses chances seraient quand même meilleures, du moins un peu, que face au Lightning.
Les Bruins aussi seraient gagnants. Car les 100 points qu’ils affichent au classement leur permettraient d’éviter les Sabres de Buffalo en première ronde. Des Sabres qui, autrement, croiseraient les Flyers qui n’ont remporté que 27 victoires en temps réglementaire cette saison.
Quant aux « Bolts », ils canaliseraient leurs énergies contre les Penguins de Sidney Crosby.
Cotes d’écoute
Le commissaire Gary Bettman est bien conscient des doléances associées au système qu’il a mis en place en séries éliminatoires.
Mais l’injustice, voire l’incongruité, de voir certaines des meilleures équipes de la Ligue se croiser dès la première ronde et dénaturer le reste du plateau est loin de déstabiliser le commissaire.
Au contraire.
Car l’attention accordée aux huit premières rondes, en raison entre autres des rivalités géographiques, assure la LNH de cotes d’écoute imposantes. Au Canada, comme aux États-Unis.
Quand on fait valoir au commissaire que ces deux équipes obtiendraient des cotes aussi bonnes ou même meilleures si elles se croisaient plus tard au printemps, en deuxième ou troisième rondes, il réplique que rien ni personne ne peut assurer que l’une ou l’autre de ces formations ne tombera pas en première ronde. Aussi bien alors profiter de la rivalité déjà associée à ces deux formations pour maximiser les cotes d’écoute.
Traditionnellement, les cotes d’écoute atteignent leur sommet en première ronde. Elles fluctuent à la baisse en deuxième et troisième ronde avant de grimper en finale de la coupe Stanley.
Le commissaire, animé par la maximisation des revenus, tient donc à s’assurer que les cotes soient les plus élevées possibles en première ronde. Malgré les injustices du système actuel. Des injustices qui priveront la LNH et les amateurs de hockey d’au moins deux clubs bien meilleurs que certaines équipes qui passeront en deuxième ronde.
« Nous avons le meilleur système de séries éliminatoires de toutes les ligues professionnelles », a d’ailleurs répété Gary Bettman lors de la réunion des directeurs généraux, en Floride, en mars dernier.
C’est « plate », mais c’est comme ça.
Et ça restera comme ça tant que les propriétaires n’imposeront pas à leur commissaire un changement qui offrirait des duels plus justes et représentatifs de la saison lors de la première ronde.
Bonnes séries!









