MANALAPAN - George Parros encaisse les critiques associées à la suspension de cinq matchs qu’il a imposée à Radko Gudas comme il encaissait les coups de poing au fil des 474 matchs qu’il a disputés dans la LNH, dont 22 dans l’uniforme du Canadien avec qui il a terminé sa carrière en 2013-2014.
Il les encaisse sans frémir.
C’est du moins l’impression qu’il a donnée alors qu’il a défendu sa dernière décision fortement contestée et toutes les autres que lui et les membres de son équipe du bureau de la sécurité des joueurs ont rendues depuis qu’il a succédé à Stéphane Quintal en septembre 2017.
Les Maple Leafs ont évidemment contesté la décision. Judd Moldaver, l’agent de Matthews dont la saison a été anéantie par le coup genou-sur-genou appliqué par Radko Gudas lors de l’affrontement Ducks-Leafs, le 12 mars dernier, à Toronto, a non seulement contesté la décision, il l’a tournée en dérision. Connor MacDavid – qui est aussi représenté par Moldaver – a lancé l’idée qu’il était peut-être temps de revoir les pratiques de Parros et du bureau de la sécurité des joueurs et de faire appel à des analystes indépendants. Plusieurs journalistes et commentateurs des quatre coins de la LNH sans compter les milliers de partisans des Leafs et amateurs ont inondé les médias sociaux de critiques assassines à la suite de cette décision.
Mais Parros maintient le cap et défend sa décision.
« Personne ne sera surpris et je ne l’ai pas été le moindrement qu’un agent défende son client », a répliqué Parros qui a essuyé un barrage de questions dans le cadre de la réunion des directeurs généraux où il a fait état des décisions prises au cours de la dernière année.
Et McDavid qui s’en prend à sa manière d’analyser les situations avant de rendre des décisions?
« Notre manière de faire est adéquate. Les décisions que nous rendons sont les plus justes possibles. On passe des heures à analyser les jeux controversés. J’ai autour de moi une équipe extraordinaire composée d’anciens joueurs qui ont beaucoup d’expérience et qui sont capables de faire la part des choses. Si nous avons imposé une suspension de cinq matchs – à Radko Gudas – c’est que nous étions convaincus qu’elle était juste. C’est pour cette raison que je suis pleinement en mesure de la défendre », a indiqué George Parros qui se tenait droit comme un chêne devant les journalistes rencontrés peu après 8 h mardi matin.
En passant, Parros est entouré de Stéphane Quintal à qui il a succédé il y a plus de neuf ans, de Ryan Getzlaf qui accompagne Parros en Floride, Ray Whitney et Damian Echevarrieta, un employé de la Ligue qui est membre du comité depuis sa création en 2011 alors que Brendan Shanahan était à sa tête.
Un paria contre une vedette
Plusieurs facteurs ont attisé la controverse soulevée par cette dernière décision.
La première : elle implique un paria dans le rôle de l’accusé et une grande vedette dans le rôle de la victime.
Radko Gudas, même si sa dernière suspension remontait à sept ans, traîne la réputation d’un joueur vicieux qui n’hésitera pas une seconde à se rendre coupable d’un coup illégal pour aider la cause de son équipe.
Matthews est le capitaine des Maple Leafs de Toronto. Il est une grande vedette. Il vient de rentrer des Jeux olympiques avec une médaille d’or au cou. Bien que la saison des Leafs était déjà vouée à l’échec, à une exclusion des séries, voilà que la sienne est compromise par une blessure qui l’a contraint à subir une intervention chirurgicale. Non seulement sa fin de saison est à l’eau, mais le début de la prochaine sera sans doute retardé.
La deuxième : Matthews étant un joueur des Leafs et le fait que Toronto soit l’un des plus gros marchés de la LNH a certainement moussé la polémique et l’effet boule de neige qui a donné des proportions plus grandes encore à ce dossier.
À titre d’exemple, Evgeni Malkin a écopé cinq matchs de suspension pour un coup de bâton porté à la tête de Rasmus Dahlin lors d’un match Penguins-Sabres le 5 mars dernier. Il y a eu un brin de contestation à Pittsburgh, un petit marché, et autour de la Ligue, mais la tempête s’est vite calmée.
Il faut dire que Malkin avait écopé une suspension de quatre matchs dans un passé récent. Il était donc prévisible que Parros soit plus sévère à son endroit.
L’ambivalence de l’Association des joueurs
George Parros aurait-il pu être plus sévère l’endroit de Gudas qui, il est vrai, s’est tire bien mieux qu’Auston Matthews?
Peut-être. Et comme j’ai toujours tendance à réclamer des sanctions plus sévères de la part de la Ligue, j’ajouterai sans doute.
Mais est-ce que la suspension est aussi loufoque que plusieurs le laissent croire?
Pas vraiment.
Surtout que Parros a vu quelques-unes de ses décisions les plus sévères être réduites après des appels logés par l’Association des joueurs.
Tom Wilson à qui Parros avait imposé une suspension de 20 matchs a vu sa suspension être réduite à 14 parties.
Plus récemment, la suspension de Ryan Hartman est passée de dix à huit parties.
Ces appels donnent l’impression que le syndicat des joueurs protège davantage les agresseurs que les victimes qui sont pourtant membres de la même association.
Mais c’est un autre débat.
Dans le cas qui nous occupe, est-ce que la crainte de voir une suspension plus sévère être réduite en appel a incité George Parros à se limiter à cinq matchs? Surtout qu’il aurait pu – s’il avait convoqué Gudas à une rencontre en personne plutôt que de le faire par téléphone – lui imposer huit ou dix matchs quitte à voir sa décision être réduite de quelques parties. Un scénario qui aurait sans doute réduit de beaucoup les critiques qu’il essuie depuis une semaine.
« Ce n’est pas ma façon de faire. Je n’ai pas peur d’être renversé en appel. Je donne les suspensions que je crois les plus justes possibles. Comme j’ai dit plutôt, je suis toujours en mesure de les défendre quand on analyse tous les critères qui ont mené à la décision finale », a plaidé Parros qui ouvre toutefois la porte à une révision de ses façons de faire si cela peut améliorer le processus, améliorer les décisions rendues par son comité.
« Il n’y a pas d’égo à protéger autour de la table du comité. Nous appliquons les règlements et la convention collective comme ils sont rédigés. Une réunion comme celle de cette semaine permet d’échanger avec les directeurs généraux. Si les DG et la Ligue décident d’adopter de nouvelles manières de faire, nous les appliqueront. Je suis très ouvert à tout ce qui peut améliorer notre travail », a convenu Parros qui s’est gardé de convoquer Gudas en personne simplement pour apaiser les critiques.
« Je n’ai pas voulu convoquer Radko Gudas simplement pour nous donner l’option d’aller plus haut que cinq matchs et de finalement lui imposer cinq parties. Nous savions qu’Auston Matthews était blessé sérieusement et cela a été pris en considération dans notre décision finale. L’important pour moi est que je puise rendre une décision qui ne m’empêchera pas de dormir. Et c’est le cas avec celle-ci. Nos joueurs sont plus rapides qu’ils ne l’ont jamais été. Ils sont aussi bien plus responsables sur la patinoire. Oui, il y a encore des cas qui dépassent les limites et c’est pour cette raison que nous imposons des sanctions supplémentaires. Mais ces sanctions sont moins nombreuses aujourd’hui que par le passé justement parce que les joueurs ont compris et adapté leur manière de jouer », a conclu Parros.
Ceux et celles qui souhaitaient le voir démissionner ou se faire montrer la porte seront donc bien déçus.
Parros en a vu d’autres, et il n’a pas plié les genoux malgré le fait d’être lapidé de critiques comme il l’a été.
En passant, selon le site spécialisé Hockeyfights.com, George Parros a livré 165 combats au cours de sa carrière dans la LNH. Il a aussi écopé 1092 minutes de pénalité au fil de ses 474 parties disputées et soulevé la coupe Stanley en 2007 avec les Ducks d’Anaheim.







