Lorsque Philippe Eullafroy s’est fait offrir de revenir au CF Montréal comme adjoint à Marco Donadel, le vétéran entraîneur n’a pas tergiversé un seul instant. La possibilité de rentrer à la maison après quelques années d’exil au Sénégal ainsi qu’en France tombait sous le sens.
Même si la séparation entre le Club et celui qui a notamment fondé et dirigé l’Académie de l’Impact s’était déroulée dans un contexte extrêmement particulier de compressions au sein de l’organisation à l’été 2020, son affection envers l’équipe ne s’est jamais consumée.
« Il y a évidemment un côté rationnel à prendre en considération : est-ce que le projet est intéressant et sérieux? Mais il y a également un côté émotionnel, a raconté Eullaffroy au cours d’une visioconférence organisée lundi après-midi. Le Club aura bientôt 35 ans et j’y ai été pour 30 pour cent de la vie de ce Club. Sentimentalement, c’est un club qui me touche.
« Donc, émotionnellement, c’était difficile de refuser la proposition du Club. Et à partir du moment où le projet du Club est de développer des jeunes joueurs, il faut s’en occuper. C’est un projet qui est ambitieux et pertinent. C’était la meilleure à chose à faire pour moi. »
Aux côtés de Donadel, le rôle du technicien franco-québécois en sera résolument un de mentor et d’enseignant. Il épaulera les jeunes joueurs de l’équipe première qui ne sont pas tout à fait matures et surtout prêts à fouler le terrain de manière régulière lors des matchs.
« Ma spécialité sera de créer en parallèle des plans de développement pour les jeunes, qui par définition, n’ont pas encore terminé leur formation. Je vais me focaliser sur ces joueurs-là, a expliqué Eullaffroy. Il faut consolider leurs forces afin qu’ils deviennent disponibles et ensuite le plus performant possible quand Marco décidera de faire appel à leurs services. »
« Je vais essentiellement travailler avec les jeunes joueurs de l’effectif professionnel, mais je serai également appelé à intervenir avec les jeunes de l’Académie qui peuvent intégrer les pros, a-t-il continué. Ces derniers seront notamment sollicités lors des entraînements. »
Évidemment, l’absence d’équipe de réserve dans la MLS Next Pro posera des défis. Avec D.C. United et San Diego, Montréal est l’une des rares organisations de la MLS à ne pas compter de club dans ce circuit de troisième division. Mais Eullaffroy assure qu’il existe bel et bien des solutions pratiques afin de compenser le manque de temps de jeu des jeunes.
L’encadrement sera plus soutenu qu’à une époque pas si lointaine. Bref, l’accent sera mis sur la qualité plutôt que sur la quantité. Sera-ce suffisant pour convaincre les sceptiques?
« Le Club a vraiment grandi quant à la qualité du personnel d’entraîneurs. Il y a de meilleurs moyens pour l’équipe. C’est un changement pour le mieux, s’est réjoui Eullaffroy. Il y a une grosse différence par rapport à l’époque Marco Schällibaum (Eullafroy y était adjoint, NDLR). Il y avait cinq-six adjoints, il y en a maintenant neuf-dix. Ç’a s’est largement étoffé.
« Ensuite, si les plus jeunes joueurs n’ont pas de minutes pendant les matchs, c’est lors des séances d’entraînement qu’ils en auront. La solution pour eux à l’heure actuelle, c’est principalement de côtoyer de très bons joueurs avec intensité à l’entraînement. Est-ce que ça remplace le temps de jeu? Non, bien évidemment. Mais en me concentrant sur eux, ils auront de 30 à 40 pour cent de temps d’entraînement supplémentaires par rapport aux autres joueurs. Ce surplus va compenser le manque de temps de jeu pendant les matchs. »
Eullaffroy est pleinement conscient que cette manière de faire pour soulever des doutes, d’autant qu’il faudra un certain avant que les dividendes ne soient perceptibles. Il promet cependant que sur le long terme, des résultats encourageants seront notables, citant notamment le cas de Strasbourg qui joue en première division du Championnat de France.
« Cela prend un personnel d’entraîneurs qui est conscient des phases de développement des joueurs, ce que nous avons au CF Montréal, a mentionné Eullaffroy. Il faut d’abord avoir un collectif très fort, qui va gommer les lacunes individuelles de chacun des joueurs. Mais la bonne nouvelle, c’est que la marche de progression est importante et surtout très rapide.
« De manière réaliste, la progression sera beaucoup plus rapide que les autres équipes de la MLS tout au long de la saison. Nous allons insister sur les principes de jeu collectif, ce qui va nous permettre d’avoir des résultats dès le début. Et si les joueurs se développent à la vitesse à laquelle nous pensons, ils deviendront alors dominants plus la saison avancera. »
Au final, Eullaffroy est emballé à l’idée de travailler avec tous ces jeunes de 20-21 ans, dont le nouveau venu Tomás Avilés, qui en sont aux dernières étapes de leur développement, mais qui sont surtout à l’aube de potentiellement réaliser de grandes choses sur le terrain. C’est vraisemblablement pourquoi il ne pouvait pas refuser l’offre de l’équipe de son cœur.




