MONTRÉAL – Si Matty Longstaff avait été un personnage de dessins animés, une colonne de fumée se serait échappée de chacune de ses oreilles, avec comme trame sonore le sifflement d’une bouilloire qui a atteint le point d’ébullition, après la défaite du CF Montréal contre le Charlotte FC mercredi soir.
Vous avez déjà entendu cette expression remâchée comme un verset de la Bible par les athlètes professionnels pour qui le succès passe par la capacité à garder les deux pieds sur terre et la tête froide, dans les moments d’extase comme dans les pires souffrances.
Never too high, never too low.
Fraîchement sorti du terrain après le troisième revers en rang de son équipe, le rouquin milieu de terrain n’en avait rien à cirer. Il était en rogne et n’avait pas l’intention de s’en excuser.
« Pour être honnête, je pense que présentement, il n’y a pas d’autre choix que d’être frustré. Si les émotions ne vous rentrent pas dedans, vous ne devriez pas jouer pour ce club, c’est aussi simple que ça. »
Longstaff en avait plus à dire : « Après trois défaites de suite, on ne devrait pas retrouver notre calme avant samedi matin, le jour de notre prochain match. Pendant deux jours et demi, il faut que ça fasse mal et il faut que cette sensation s’incruste dans notre cerveau. C’est la seule façon dont on va s’en sortir ensemble. »
Les propos à chaud de celui qui a cumulé le deuxième plus grand nombre de minutes en MLS chez l’Impact cette saison peuvent servir de prétexte à une réflexion intéressante. Le mécontentement de Longstaff, comme son désir de sentir ses coéquipiers investis dans les résultats de l’équipe, est compréhensible. Toutefois, un collectif étant par définition composé d’individualités qui géreront toutes les aléas d’une saison à leur façon, l’ancien joueur de la Premier League ne peut s’attendre à ce que ses coéquipiers traitent unanimement une accumulation de défaites comme lui.
Comment départager le calme du joueur qui sait garder sa fureur à l’intérieur et l’indifférence de celui qui a tout simplement abandonné? Quelle est la ligne à ne pas franchir pour éviter qu’une colère constructive ne devienne néfaste au sein d’un groupe?
« Tu veux des gars frustrés, a dit l’entraîneur-chef par intérim Philippe Eullaffroy lorsque confronté aux propos de Longstaff. Ça veut dire que la situation les touche. Tu veux des gars déçus, tu veux des gars en colère et tu veux surtout des gars revanchards et prêts à montrer plus de choses ou des choses de meilleure qualité. »
« Une frustration qui reste une frustration, et le reste on continue à faire comme on faisait, c’est une frustration qui n’est que négative et qui n’est pas du tout une émotion qui permettrait d’avancer. Ce sentiment de déception, on l’espère bien sûr après le scénario du match d’hier, mais il faut qu’on se serve de ces émotions pour faire mieux. »
Eullaffroy a conclu sa réponse fleuve en reconnaissant que « quand on discute un peu avec les joueurs, ce n’est pas toujours évident de faire le tri entre cette frustration qui peut devenir fataliste et une frustration qui est plus un sentiment de colère et qui amène une énergie supplémentaire. »
Son impression, c’est que dans la gestion des émotions, son équipe a « du travail à faire. »
« Pour l’instant, on n’a pas l’impression, sur un match comme celui d’hier, que les joueurs ont laissé tomber quoi que ce soit. [...] On a des joueurs qui sont impliqués, qui sont positifs quand on démarre les matchs. Mais si la frustration ne s’évacue pas rapidement, s’il y a un petit problème qui arrive pendant le prochain match, ça risque de devenir vraiment négatif et pas seulement après le match, mais aussi pendant, et ça c’est une fragilité qu’on ne voudrait pas voir apparaître. »
La fraîcheur des nouveaux
Quand des nouveaux joueurs se greffent à une équipe en cours de saison, les attentes envers eux sont souvent exprimées en fonction de ce qu’ils peuvent accomplir sur le terrain. Dans une campagne difficile comme celle que traverse le CF Montréal, l’arrivée de nouveaux visages peut aussi assainir le climat, alléger l’atmosphère.
Dante Sealy en est un exemple. Celui qui a marqué neuf buts pour l’Impact l’an dernier revient du Colorado, où les Rapids ont une chance réaliste de se qualifier pour les séries. Il ne porte pas sur ses épaules la lourdeur qui peut s’être accumulée sur celles des membres de son entourage.
« C’est un groupe que je connais bien et maintenant que je suis de retour, c’est important pour moi de transmettre une énergie positive et d’encourager les gars tant que possible », a dit celui qui affrontera son ancienne équipe samedi.
Eullaffroy reconnaît que la contribution des nouveaux ajouts à son vestiaire peut aller bien au-delà des buts et des passes décisives, mais il rappelle aussi que chaque joueur n’a pas la même personnalité ni le même vécu. « On ne peut demander la même chose à Brayan Ceballos et à Alexis Sánchez », résume-t-il.
Au sujet de la contribution du Chilien, Eullaffroy a ajouté : « J’espère qu’il a la capacité de leur dire que pour lui, même à Arsenal, ce n’était pas toujours top ou qu’à Marseille, il a eu des situations très compliquées que l’équipe a réussi à surmonter. C’est ce qu’on espère qu’il va continuer à apporter. C’est sûr qu’on attend plus de lui, ou qu’on peut être plus exigeant avec lui, dans un contexte comme ça. »





