MONTRÉAL – Il a été question de respect jeudi au Centre Nutrilait. Celui que le CF Montréal sent qu’on ne lui accorde pas et celui qu’il a l’impression d’avoir gagné.
Moins de 24 heures après une courte défaite à Nashville au cours de laquelle la seule faute de son équipe aura été de concéder sur un penalty contesté, l’entraîneur-chef intérimaire Philippe Eullaffroy tentait de tourner la page.
« T’as des pensées un peu sombres quand tu y repenses, mais on essaie d’évacuer », philosophait l’homme de science avant d’aller préparer ses joueurs pour la visite de l’Inter Miami.
Immédiatement après la partie, Eullaffroy s’était questionné ouvertement sur l’absence d’implication de l’officiel en charge de la reprise vidéo (VAR) sur la séquence qui a mené au but de Sam Surridge. Au début de la dernière demi-heure de jeu, Surridge a chuté dans la surface de réparation en courant vers un ballon contesté par Noah Streit. Le contact a semblé minimal, mais l’arbitre Marcos de Oliveira a aussitôt pointé vers le point de penalty.
« Honnêtement, j’étais tellement fatigué que je crois que ma vision était affectée sur le coup, alors je n’en ai pas trop fait de cas. Mais après avoir pris un peu de recul, à mon avis c’était très tiré par les cheveux, a critiqué le défenseur Jalen Neal. [Surridge] savait que Noah tenterait d’utiliser son corps pour gagner la course et il s’est laissé tomber. »
Le verdict a laissé une impression d’injustice. Pas seulement chez les partisans montréalais, mais à l’intérieur même du club.
« Dans n’importe quelle ligue, les petits sont un peu moins privilégiés, observe Eullaffroy. On l’a vu aussi à la Coupe du monde avec certains joueurs ou certains pays. Donc nous, ben oui, on a un petit peu cette sensation-là. Mais cette perception qu’on a, on doit la transformer en quelque chose de très positif et nous donner encore plus de force parce que même si on peut remettre en doute le penalty, après on aurait pu égaliser. Et ça, ce n’est pas le VAR, ce n’est pas l’arbitre, ce n’est pas le manque de respect, c’est nous. »
L’incapacité répétée du CF Montréal à monétiser ses occasions près du filet adverse continuera d’alimenter les discussions après ce deuxième match sans réussite depuis la reprise du calendrier de la MLS. Mais ceux qui préfèrent voir le verre à moitié plein noteront que l’équipe vient de livrer une deuxième offrande impeccable de suite en défense.
En retirant le penalty de Surridge de l’équation, on voit que le CF Montréal est presque nez-à-nez avec Nashville au niveau des buts attendus. À l’étranger, les Montréalais ont limité la meilleure formation de la MLS à seulement un tir cadré.
Avec cette proposition, Eullaffroy est d’avis que son équipe tout le sérieux avec lequel elle mérite d’être considérée.
« J’ai senti beaucoup de respect de leur part en fin de match. C’est facile de dire dans l’analyse que le CF Montréal a été dangereux à la fin parce que Nashville a accepté de subir. Non, non, non. Ils n’ont pas accepté de subir, c’est juste qu’ils n’avaient pas le choix. Je ne connais pas une équipe qui mène 1-0 à domicile, qui est première de son championnat, et qui va accepter de subir contre une équipe disons plus modeste. Ils sont passés à cinq derrière et ont essayé de serrer les fesses pour ne pas perdre de points à domicile. »
« Donc si le respect on ne le gagne pas auprès de certaines instances, au moins on peut l’avoir auprès des adversaires. Et ça, c’est déjà une victoire importante pour nous. »
— Philippe Eullaffroy
Le même refrain
Eullaffroy ne se met toutefois pas la tête dans le sable. S’il insistera, plus tard, pour dire que la performance offerte à Nashville est « vraiment quelque chose de très important pour construire nos futurs succès », il sait aussi regarder la vérité en face.
« Maintenant, il faut qu’on les mette », tranche-t-il.
C’est un refrain qu’on chante sur une base hebdomadaire dans l’entourage de l’Impact. L’équipe peine à concrétiser ses actions dans les vingt derniers mètres. Elle a été blanchie par ses deux derniers adversaires en MLS.
C’est un boulet que traînent les vétérans. À Nashville, Prince Owusu a été privé d’un but par un superbe arrêt du gardien Brian Schwake. Il a aussi gaspillé une occasion idéale en envoyant son tir en orbite. Daniel Rios, l’autre attaquant, a raté quelques contrôles qui n’auraient pas dû l’être dans la surface.
La pression de marquer repose aussi sur les épaules de jeunes qui ont une chance de se faire valoir en raison des blessés ou de l’absence d’autres options valables. Hennadii Synchuk est devenu l’homme de confiance à droite avec l’indisponibilité de Wiki Carmona. Streit tente de faire ses preuves à gauche depuis le départ d’Ivan Jaime.
Les projecteurs sont sur ces deux jeunes projets du club depuis quelques semaines. L’échantillon dans les deux cas commence à être grand. Synchuk est sur une séquence de trois départs de suite. Streit a été titularisé dans six des sept derniers matchs de l’équipe. Dans les deux cas, les résultats se font attendre.
Pour Eullaffroy, chacun montre des signes encourageants dans des départements différents.
Le simple fait que Synchuk soit capable d’enfiler les performances complètes est une petite victoire en soi. Pour la première fois depuis son arrivée à Montréal, il vient de donner deux matchs de 90 minutes de suite. Les flashs près du but adverse ont toujours été visibles. Son endurance et son niveau d’engagement dans tous les secteurs du terrain étaient en développement.
« Maintenant il peut jouer 90 minutes, il peut faire les efforts défensifs, il peut presser. Mais avec l’énergie qu’il dépense là, peut-être qu’il en a moins pour avoir de la qualité dans la finition. Dans sa progression, l’entraînement va lui permettre d’être capable de faire ce qu’il fait maintenant sans ballon, mais d’avoir encore de la fraîcheur pour terminer », s’encourage Eullaffroy.
Streit a le problème inverse. Son volume de jeu est satisfaisant aux yeux de son entraîneur. « Par contre, il faut qu’il s’améliore dans le dernier tiers », reconnaît le coach.
Sur ses cinq derniers départs, Streit a produit 0,13 but projeté selon les chiffres colligés par la MLS. L’application Futi a recensé que dix des quinze passes qu’il a complétées à Nashville étaient dirigées vers son propre but.
Synchuk et Streit ont été acquis à fort prix et il est légitime de placer en eux certaines attentes. Mais dans l’absolu, ils ne devraient pas porter sur leurs frêles épaules le poids des insuccès offensifs de leur club.
En plein mercato estival, l’imputabilité face à ce problème, tout comme les bonnes pistes de solution, doit venir d’en haut.






