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À cheval entre 2 objectifs, le CFM doit « choisir entre son père et sa mère »

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MONTRÉAL – À peine une douzaine d’heures après avoir vu leur défaite contre Charlotte FC disparaître dans leur rétroviseur, les joueurs du CF Montréal étaient sur le terrain du centre d’entraînement afin de préparer la suite.

En théorie, la séance servait de répétition en vue du match de samedi contre les Rapids du Colorado. Mais en vérité, l’entraîneur-chef par intérim Philippe Eullaffroy avait déjà ouvert un tiroir de son cerveau en prévision d’un autre défi inscrit un peu plus loin à l’horaire.

On dit souvent que le prochain match est le plus important. Dans la situation actuelle du CF Montréal, ce n’est pas si simple.

« Tu es pris à choisir entre ton père et ta mère. »

—  Philippe Eullaffroy

La valeur du voyage au Colorado s’explique toute seule. Dans son ambition de participer aux séries éliminatoires de la MLS, l’Impact est sur le seuil de la déraison. L’écart qui le sépare de la dernière équipe provisoirement qualifiée s’est creusée à huit points en fin de semaine dernière. Oui, il reste dix matchs à jouer. Mais au-delà de la réalité mathématique, il faut aussi considérer l’embouteillage dans lequel il devra manœuvrer pour trouver son chemin. Cinq équipes le devancent sous la ligne rouge départageant les élus des exclus.

« C’est vrai que Colorado est dans l’Association Ouest et que si on perd contre eux, au moins on ne donne pas trois points à nos concurrents directs. Le problème, c’est que si on ne prend pas de points au Colorado, nos concurrents directs, on va les regarder avec des jumelles parce qu’à un moment donné, on ne va plus les voir », calcule Eullaffroy.

Sauf que les Montréalais ont aussi toujours un coup à jouer en Championnat canadien. Mercredi prochain, ils seront les hôtes des Whitecaps de Vancouver pour le match retour de la demi-finale. Après 90 minutes, le duel est à égalité 1-1. « Ça ne sera pas une promenade de santé », dixit Eullaffroy. Mais sans prendre la suite pour acquis, une victoire ouvrirait toute grande la porte au Bleu-blanc-noir pour un retour en Coupe des champions de la CONCACAF.

Considérant la décroissance hebdomadaire des probabilités que le CF Montréal se qualifie pour les séries, il apparait logique de prioriser le choc à venir contre les rivaux de la Colombie-Britannique.

« C’est difficile de faire le choix, statue le patron du vestiaire. Il faut qu’on soit super stratégiques sur le temps de jeu des uns et des autres. »

À l’entraînement jeudi, ceux qui avaient joué la veille ont comme à l’habitude hérité d’une charge de travail allégée. Dans l’autre groupe, on retrouvait Prince Owusu, qui avait raté le match contre Charlotte en raison d’un inconfort musculaire. Eullaffroy a dévoilé son plan de lui faire voir du terrain au Colorado, « mais pas 90 minutes ».

Jalen Neal, qui suit le protocole de récupération pour une commotion cérébrale, sera inadmissible pour affronter les Rapids, mais il s’est entraîné avec le groupe et semble en voie de recevoir le feu vert pour un retour au jeu la semaine prochaine.

Avant que le flou entourant le statut de ces deux joueurs ne soit dissipé, Eullaffroy avait déjà donné un aperçu de ses intentions en vue du match contre Vancouver. En donnant 90 minutes à Alexis Sánchez mercredi, il y a fort à parier qu’il prévoyait ensuite le reposer en vue du Championnat canadien. On peut aussi spéculer que Dante Sealy et Wiki Carmona seront préférés à Noah Streit et Hennadii Synchuk contre les Whitecaps.

Ça ne veut toutefois pas dire qu’ils profiteront d’un congé complet dans la banlieue de Denver.

« Par expérience, quand on veut trop protéger le 11 qu’on a en tête pour le mercredi, souvent on a des effets négatifs, remarque le stratège. Au lieu de les garder actifs, on les repose et on se retrouve avec des joueurs qui manquent de rythme et une performance qui n’est pas celle qu’on escomptait. L’objectif est de garder tout le monde impliqué, mais vraiment de placer le curseur sur le temps de jeu qu’on leur accordera. »

Fierté et amour

Embourbés dans une série de trois défaites, croupissant au deuxième sous-sol du classement de l’Association Est, les joueurs du CF Montréal sont une proie facile à la désillusion, au cynisme, au découragement.

Mandaté de garder cette fragile embarcation à flot, Eullaffroy a tenté avant le match contre Charlotte d’interpeller ses ouailles avec deux mots phares qui, il l’espère, guideront leurs actions d’ici la fin de la saison : fierté et amour.

Le mot « fierté » s’insère régulièrement dans les discours de motivation dans le monde du sport. Il fait appel à la capacité d’un athlète de puiser dans son orgueil pour exposer ce qu’il croit être sa vraie valeur.

Mais l’amour?

« Je dis toujours qu’un être humain a deux superpouvoirs. Le premier, c’est le pouvoir de décision. Le deuxième, c’est l’amour. C’est l’un des moteurs les plus puissants que l’homme possède pour faire de grandes choses. »

—  Philippe Eullaffroy

« Prendre soin de quelqu’un, c’est de l’amour. Prendre soin de son partenaire, c’est de l’amour. Prendre soin du club, c’est de l’amour. En fait, c’est ton moteur premier de motivation. À partir du moment où tu as décidé de faire quelque chose, si émotionnellement tu es impliqué dans ce que tu fais, tu peux faire des choses énormes. »

Les dirigeants du CF Montréal disent depuis un bon moment vouloir bâtir une équipe avec des joueurs « qui veulent être ici ». S’ils ont bien fait leur travail, cette corde sensible ne devrait pas être trop difficile à faire vibrer.