TORONTO — Si « Rivalité passionnée » suit l’histoire de deux hommes qui découvre leur sexualité ensemble, la nouvelle série lesbienne au ton humoristique de Crave, « Slo Pitch », se veut en quelque sorte tout le contraire.
C’est ce qu’affirme la vedette Jess Salgueiro, citant l’une des créatrices de la série, Karen Knox. Ce faux documentaire suit un groupe d’amis — pour la plupart queer et majoritairement des femmes — qui s’amusent en jouant à la balle molle dans une ligue amateur.
« Dans “Rivalité passionnée”, on voyait des hommes faire preuve d’une grande intimité, d’une manière belle et vulnérable, explique Jess Salgueiro. Maintenant, on voit surtout des femmes faire les idiotes et se comporter de manière un peu nulle. »
Salgueiro incarne Joanne, l’entraîneuse des Brovaries: « la seule équipe majoritairement queer de la Mississauga Slo-Pitch League », comme le dit son personnage dans le pilote.
Les premières comparaisons entre les deux séries n’ont pas tardé à fuser. Lorsque « Rivalité passionnée » a été diffusée pour la première fois à la fin de l’année dernière et a fait sensation, Crave avait déjà annoncé la production de «0 Slo Pitch » et les admirateurs n’ont pas tardé à établir des parallèles.
Libérer les femmes du carcan de la douceur
Emily Hampshire, qui incarne Leanne, l’ex-flamme égocentrique de Joanne (et qui a depuis été choisie pour jouer dans la saison 2 de « Rivalité passionnée »), a envoyé un texto à l’un des producteurs lorsqu’elle a vu les gens faire cette comparaison.
« Je me suis dit que c’est un mauvais argument de vente pour cette série, se souvient-elle. C’est juste parce que ça vient de Crave, que c’est queer et que ça parle de sport. Mais bon, eux, ils sont bons au hockey; nous, nous sommes nulles à la balle molle. Chez eux, il y a de la nudité; chez nous, pas de nudité, mais des trucs drôles et un peu brouillons. »
Mais Emily Hampshire soutient que ce contraste — la douceur et la vulnérabilité chez les hommes, la légèreté un peu vulgaire chez les femmes — avait quelque chose de spécial.
« C’est exactement le contraire de ce à quoi l’on s’attendrait », affirme-t-elle.
Selon elle, les productions de Crave élargissent le champ de la représentation queer à la télévision.
Pour le producteur Elliot Page, le coup de cœur a été immédiat.
« Dès que j’ai entendu le synopsis, j’étais très enthousiaste et j’ai tout de suite adhéré au projet », a-t-il confié lors d’un appel vidéo depuis New York.
Crave a contacté la maison de production Pageboy au sujet de ce projet assez tardivement, a précisé Elliot Page. Cela s’inscrit dans le cadre d’un partenariat de développement que l’entreprise a conclu avec Bell, la société mère de Crave, début 2025.
Elliot Page apprécie les personnages clairs et distincts mis en scène dans l’émission — Hampshire décrit Leanne comme « une narcissique charmante, un vampire pétillant », tandis que le personnage de Karen Knox, Boris, est une Allemande expatriée vantarde et obsédée par la bière— et le fait que la série soit « carrément queer ».
Défier la méfiance
Raconter des histoires centrées sur les expériences LGBTQ+ est au cœur de la mission d’Elliot Page. Et, selon lui, c’est plus facile à réaliser au Canada qu’aux États-Unis, où l’acteur, originaire d’Halifax, vit désormais depuis de nombreuses années.
L’industrie du cinéma et de la télévision considère les histoires queers comme un « risque », souligne-t-il, en mimant les guillemets avec ses doigts.
« Je constate cela à travers les projets qui voient le jour, les marchés sur lesquels ils sont vendus, et pour être franc, même les sujets pour lesquels les gens sont prêts à tenir des rencontres », observe-t-il.
Au Canada, ajout Page, les histoires LGBTQ+ ont plus de chances de voir le jour.
« J’espère que ça restera comme ça, souligne-t-il. Parce que je pense que parfois, on voit ces succès, mais on n’en tire pas vraiment de leçons. Alors oui, j’espère que cette dynamique va se poursuivre. »
Quant à sa propre carrière, il se dit prudemment optimiste.
Au début du mois, il a confié au balado « On Film… with Kevin McCarthy » qu’il n’avait reçu aucune nouvelle proposition de film depuis la sortie de « L’Odyssée », dans lequel son interprétation de Sinon avait été saluée.
Aujourd’hui, indique-t-il, les choses semblent évoluer dans la bonne direction: « Je vais peut-être, enfin, jouer dans un film au cours de la nouvelle année, mais même ça n’est pas encore tout à fait confirmé. »
« Mais oui, je travaille simplement à développer des projets, à les faire avancer et à essayer de concrétiser les choses », explique l’acteur.





