Éclipsé par les géants du circuit, Alexander Zverev a fini par décrocher dimanche à 29 ans son premier titre en Grand Chelem à Roland-Garros, une consécration tardive pour un acharné de travail à la réputation ternie par des accusations de violences conjugales.
Né le 20 avril 1997 à Hambourg, « Sascha » (son diminutif) a été immergé dès le berceau dans l’univers de la petite balle jaune.
Deuxième fils d’Irina et Alexander Zverev, joueurs russes à la carrière assez modeste arrivés en Allemagne en 1991 après l’éclatement de l’Union soviétique, le N.3 mondial est également le frère de l’ancien joueur Mischa Zverev.
Passé professionnel en 2013 en pleine hégémonie du “Big 3” que formaient Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic, il décroche l’année suivante ses premiers succès: dans sa ville natale, il se hisse en demi-finale, éliminant notamment le Russe Mikhail Youzhny, alors 19e mondial.
Deux ans plus tard, il remporte son premier titre ATP à Saint-Pétersbourg aux dépens de Stan Wawrinka, tout juste vainqueur de l’US Open.
À 20 ans, il s’affirme un peu plus encore en remportant face à Novak Djokovic son premier Masters 1000 sur la terre battue de Rome.
« Vous savez, quand j’avais 11 ou 12 ans, je pensais qu’à 20 ans j’aurais déjà sans doute gagné quatre tournois du Grand Chelem. Mais vers 16 ans, j’ai commencé à devenir plus réaliste », plaisantait à l’époque ce joueur éloquent, prompt à manier l’humour ou l’ironie.
Ainsi, interrogé vendredi après sa victoire en demi-finale sur les pensées qui lui traversent l’esprit au moment de rentrer sur le Central à Roland-Garros, Zverev répond que c’est “le vide complet” dans son cerveau.
« Mais bon, si je suis honnête, on est des sportifs donc de toute façon on n’a pas grand-chose dans le crâne », embraie-t-il, s’attirant les rires des tribunes et les foudres de l’ex-joueuse devenue consultante Alizé Cornet, qui dénonce un « manque de respect » et assume d’oublier « complètement » le sens de l’autodérision quand c’est Zverev qui en use.
Accusations
Hors des courts, il a été accusé de violences conjugales par son ex-compagne Brenda Patea, mère de sa fille, qui lui ont valu d’être condamné en 2023 par la justice allemande à une amende de 450.000 euros. Zverev, qui avait fait appel, et Brenda Patea ont trouvé un accord en juin 2024 qui a mis fin aux poursuites.
Trois ans plus tôt, en octobre 2020, une autre ex-compagne, la joueuse Olga Sharypova, l’a accusé de lui avoir fait subir plusieurs épisodes de violences physiques et psychologiques pendant leur relation. Zverev a toujours nié, attaquant même en justice Sharypova et le journaliste américain qui avait relayé les accusations.
Grand fan du Bayern Munich, Zverev s’est lui aussi construit un palmarès enviable. Avant son sacre dimanche sur la terre battue parisienne, il avait compilé un titre olympique en 2021 à Tokyo et 23 titres sur le circuit dont deux Masters de fin d’année et sept Masters 1000, les tournois les plus prestigieux après ceux du Grand Chelem.
Mais barré par Jannik Sinner et Carlos Alcaraz, il lui manquait encore et toujours ce titre dans un tournoi majeur.
Frustré par Dominic Thiem en 2020 à l’US Open malgré deux sets d’avance, supplanté par Carlos Alcaraz à Roland-Garros en 2024 alors qu’il menait deux sets à un, l’Allemand a été écrasé en trois manches par Jannik Sinner à l’Open d’Australie en janvier 2025.
« Je ne suis pas assez bon »
Après cette défaite à Melbourne, le doute s’installe chez Zverev, déjà stoppé dans sa progression en 2022 par une déchirure de plusieurs ligaments de la cheville droite, alors qu’il était no 2 mondial et menait la vie dure à Rafael Nadal en demi-finales de Roland-Garros.
« Je ne suis pas assez bon, c’est aussi simple que ça, soupire-t-il après la victoire de Sinner. Je ne sais pas si je serai un jour capable de soulever le trophée. Mais je reviendrai, je continuerai à essayer. »
Diabétique depuis l’âge de trois ans et demi, Zverev a la réputation d’être un bourreau de travail, qui s’inflige des séances de travail physique même après ses plus beaux titres, comme au Masters 1000 de Paris à l’automne 2024.
« Quand Sascha était jeune, c’était très difficile pour lui de quitter le court après l’entraînement, racontait son père et entraîneur en février 2025. Il commençait à pleurer en demandant de jouer encore. Encore aujourd’hui, quand il termine un match à 23h30 ou minuit, il demande aux organisateurs du tournoi de le laisser jouer encore 30-40 minutes après le match. »
Dimanche, le travail a fini par payer.






