Année de prise de conscience de notre fragilité sociale ; année de sacrifices d’une partie de nos plaisirs et de nos libertés ; année difficile pour plusieurs au plan financier et psychologique, 2020 passera à l’histoire.

Il faudra des années pour étudier l’impact des conséquences à long terme de la pandémie planétaire de la COVID-19. Une chose paraît déjà certaine : qu’on le veuille ou non, après 2020 nous ne serons plus jamais les mêmes.

Au cours des prochaines semaines, nous vous présenterons une série de reportages sur les conséquences immédiates, à court et moyen terme des événements qui ont marqué 2020, sur le monde sportif québécois. Plus d’une vingtaine de personnes ont partagé avec nous leurs expériences et leurs perspectives.

Nos premiers reportages portent sur les athlètes. Nous avons rencontré trois athlètes de sports et de milieux différents, qui sont à des étapes différentes de leurs carrières respectives.

ContentId(3.1376759):2020 : les conséquences monétaires pour les athlètes
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La championne du monde de boxe Marie-Ève Dicaire avait devant elle un lucratif combat d'unification contre Claressa Shields. Le joueur de baseball Charles Leblanc nourrissait de bons espoirs de s'approcher les ligues majeures. Puis, la plongeuse Meaghan Benfeito montait deux fois sur la plus haute marche du podium les 28 et 29 février dernier aux séries mondiales de plongeon à Montréal, une compétition où les plongeuses chinoises brillaient par leur absence.

« On trouvait ça bizarre qu’ils ne viennent pas », explique l’athlète de 31 ans. « On savait que ce qui passait en Chine, mais on ne se doutait pas que ça irait partout dans le monde. »

Une année perdue

Charles Leblanc se retrouvait en Arizona, au camp d’entraînement des Rangers du Texas, le 12 mars quand le sport professionnel s’est arrêté.

« On pensait que c'était la fin du monde honnêtement! On voyait des joueurs de basketball qui attrapaient la COVID-19. Tout le monde paniquait. Les Rangers nous disaient : restez chez vous jusqu'à ce que l'on vous donne des nouvelles. »

Quelques jours plus tard, le joueur de 24 ans était contraint à revenir habiter chez ses parents à Laval, où il a vécu le confinement comme des millions d’autres Québécois. Avec son père Paul, Charles a tenté du mieux qu’il le pouvait de continuer de développer ses habiletés au bâton, grâce à la générosité de l’équipe les Associés de Laval, qui lui ont prêté une cage des frappeurs, des balles et un écran protecteur.

Entrevue avec Charles Leblanc, espoir des Rangers du Texas

Pour la première fois depuis des années Charles Leblanc n’a pas joué au baseball cet été au moment il allait disputer la saison qui devait être la plus cruciale dans ses chances d’accéder un jour aux ligues majeures. Le joueur d’avant-champ a maintenu son lien contractuel avec les Rangers.

Au début de la pandémie, il participait à des rencontres virtuelles avec les entraîneurs de l'organisation, mais ces rencontres se sont espacées et Leblanc s’est pratiquement retrouvé seul avec ses doutes concernant son avenir, ce qui l’a mené à des périodes un peu plus sombres.

« Je me suis retrouvé dans une situation où je viens de perdre une année de contrat et je n'ai pas affronté de lanceurs cette année. Est-ce que ça va affecter ma saison l'an prochain? Je ne te cacherai pas que pendant 2-3 semaines, mentalement ce n'était pas beau. Je me levais le matin et je n'avais pas le goût de m'entraîner, car il n'y avait pas de saison. »

Une année en montagnes russes

Le 10 mars, deux jours avant la suspension des ligues professionnelles, le promoteur de Marie-Ève Dicaire, Yvon Michel, confirmait l’immense combat d’unification entre la Québécoise et l’Américaine Claressa Shields. Le gala devait être présenté le 9 mai, à Flint au Michigan, la ville de la double championne olympique. Malgré l’arrêt des sports, les promoteurs de sports de combat, comme l’UFC et la boxe, ont tenté de trouver des moyens pour poursuivre les activités. Ainsi, son combat contre Shields a subi près d’une dizaine de changements de date.

« J'ai eu le 9 mai, j'ai eu juillet, j'ai eu le 15 août, j'ai eu le 26 septembre, ensuite le 3 octobre. Puis s'est revenu le 18 septembre, puis le 15 octobre. »

Entrevue avec Marie-Ève Dicaire

Ces promesses de combat ont forcé la boxeuse à maintenir son niveau très élevé d’entraînement.

« Pour vous donner une idée, un camp d'entraînement dure habituellement de 8 à 12 semaines. Moi ce style de vie, ça fait huit mois que je le vis. J'ai passé des moments où j'étais hyper motivée, au point où c'était quasiment un surentraînement ce que je pouvais donner comme effort. Et des moments de vulnérabilité comme je n'ai jamais eu dans ma vie. »

En plus du stress physique et psychologique, le stress financier est apparu. Les boxeurs sont des travailleurs autonomes qui dépendent des contrats et des commandites. Pour Marie-Ève Dicaire, les revenus ont été à zéro et la bourse initiale, extrêmement alléchante, a fondu en raison d’une réduction à la baisse, attribuable aux nouvelles difficultés de promotions.

« C'est sûr que ce sont des pertes financières importantes. Dans ce cas-ci, c'est crève-coeur. Mon combat devait être l'accomplissement de ma vie. C'est vrai au niveau des performances et c'est vrai économiquement. Tout ce que j'avais mis de côté pour ça, c'est une année sans salaire, comme beaucoup de Québécois, on puise dans les économies et on essaie de pallier tout ça. »

La boxeuse avait préféré ne pas recourir à la Prestation canadienne d'urgence, dans la perspective qu’elle toucherait éventuellement la bourse de son combat.

Des plans remis à 2021

Pour Meaghan Benfeito, le report des Jeux olympiques de Tokto a été douloureux. Mais contrairement à Marie-Ève Dicaire, la plongeuse a été rapidement fixée. La triple médaillée olympique a continué de percevoir le financement auquel elle avait droit, en tant qu’athlète d’élite. Cela ne l’a pas mis à l’abri d’une période d’incertitude et d’une certaine remise en question.

Entrevue avec Meaghan Benfeito

La retraite a été envisagée, mais cette idée a été rapidement balayée, pour ne pas « abandonner » sa jeune partenaire en synchro Caeli McKay, à un an d’un possible podium olympique. « Je ne pouvais pas lui faire ça».

Elle s’en remet donc aux décisions futures du Comité International Olympique et des autorités sanitaires.

«Si les Jeux sont annulés, j'aimerais mieux me le faire dire au mois de juin et savoir que j'ai tout donné que d'arrêter demain matin et de savoir qu'il y a eu des jeux. Donc j'y vais une journée à la fois et je vais continuer comme ça jusqu'à ce que les jeux arrivent.»