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Makhmudov a remonté la pente pour affronter son idole

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L’ordre des événements ne coïncide peut-être pas factuellement, mais le souvenir, lui, reste parfaitement limpide. Alors qu’il venait tout juste à peine de disputer son premier combat professionnel – il croyait être encore amateur – Arslanbek Makhmudov a pris une photo en compagnie d’une de ses idoles, alors à la retraite, présente à Laval pour encourager un ami.

Le Montréalais d’origine russe était loin de se douter que moins d’une décennie plus tard, il retrouverait ce même boxeur, non pas pour suivre une tendance à la mode sur les réseaux sociaux, mais bel et bien pour en découdre, le 11 avril prochain, en Angleterre, dans ce qui s’avérera le choc le plus significatif, lucratif et compliqué de sa carrière jusqu’à maintenant.

Cette idole – Tyson Fury – a en effet décidé de reprendre du collier un peu moins d’un an et demi après avoir subi une deuxième défaite consécutive contre Oleksandr Usyk. Et il ne s’agit pas d’une mince affaire, car le combat sera présenté partout sur la planète sur Netflix.

« Je suis content! Toute ma vie, je me suis préparé pour ce combat, a avoué Makhmudov en visioconférence jeudi. Je l’avais rencontré [en décembre 2017] à Laval en marge du combat entre David Lemieux et Billy Joe Saunders. J’avais même pris une photo avec lui, en tant que partisan, puisque j’en étais un. C’est un rêve qui deviendra une réalité pour moi le 11 avril. »

Un rêve que Makhmudov n’aurait même pas pu imaginer il y a un an à peine, alors que son sort était pas mal scellé aux yeux de la planète boxe. Ses deux défaites contre Agit Kabayel et Guido Vianello avaient prouvé qu’il n’avait pas du tout l’étoffe d’un champion du monde.

Mais plutôt que d’abandonner, Makhmudov a travaillé d’arrache-pied pour se construire. D’abord, avec une victoire contre Ricardo Brown en juin dernier à Québec, puis avec une autre victoire, celle-là face à David Allen en septembre à Sheffield, en Angleterre, alors que l’Anglais l’avait pourtant soigneusement choisi parmi une courte liste de rivaux potentiels.

« Ces défaites [contre Kabayel et Vianello] ont été, au final, de très bonnes expériences, a expliqué le Russe. Je ne me suis jamais senti abattu ou encore au bout du rouleau. Je suis simplement content d’avoir continué à me battre et ma bonne étoile a été récompensée. »

Inactif depuis décembre 2024, Fury est un habitué des longues pauses depuis le début de sa carrière. Il s’était écoulé un peu plus de deux ans et demi entre l’unes de ses retraites à la suite de sa victoire contre Wladimir Klitschko et son retour face à Sefer Seferi. Selon une compilation relayée par différents médias, il sortirait pour la cinquième fois de sa retraite.

Cela dit, malgré son caractère particulier, Fury est un athlète d’exception que seul l’incroyable Usyk est parvenu à vaincre. Avec ses 6 pieds 9 pouces – 3 et demi de plus que Makhmudov –, il possède tous les outils, dont un superbe jab, pour ennuyer son adversaire.

« Je me prépare à affronter la meilleure version de Fury. Je suis convaincu qu’il va vouloir offrir l’une de ses meilleures performances en carrière, a prédit Makhmudov. Je vais me préparer pour livrer toute une guerre et gagner. Et je possède l’expérience pour battre Fury.

« Je l’ai d’ailleurs prouvé à mon dernier combat [contre Allen]. Je suis capable de m’adapter. Je savais que mon adversaire avait une bonne défense et un bon menton, alors mon style agressif n’aurait pas fonctionné. Cela va être exactement la même chose avec Tyson Fury. »

Makhmudov est d’ailleurs convaincu que s’il a un avantage par rapport à son fantasque adversaire, c’est au chapitre de la mentalité, car il n’a pas précisément peur de la défaite.

« Toute mon attention est dirigée vers lui et je ne pense pas à la suite des choses, mais je ne sens pas comme si c’était le combat de la dernière chance pour moi, a conclu Makhmudov. À 36 ans, j’ai encore quelques années devant moi. Je sais que je peux affronter n’importe qui. »

Au moment où il a mis les gants pour la première fois à l’âge de 9 ans, Makhmudov rêvait d’une carrière à la Muhammad Ali ou Mike Tyson. Il ne deviendra peut-être jamais l’un des plus grands, mais il pourrait toujours se targuer d’avoir combattu et même peut-être battu l’un des meilleurs de son époque. Et il n’aura pas besoin d’une photo pour s’en souvenir...