Peut-être que je me suis laissé emporter par le moment, que mon point de vue est biaisé puisque ça vient tout juste d’arriver. Mais dimanche, alors que Kimi Antonelli remontait le peloton comme s’il jouait à un jeu vidéo au niveau « facile », j’ai vraiment eu l’impression d’assister à une épreuve qui allait s’inscrire dans l’histoire de la F1.
Ce genre de course, de moment, qui définit la carrière d’un grand pilote, qui illustre le talent d’un prodige. Comme le tour en qualifications d’Ayrton Senna à Monaco en 1988, ou sa victoire au Brésil en 1991 au volant d’une McLaren à la boîte de vitesse défaillante. Comme la victoire dominante de Michael Schumacher sous la pluie de Barcelone en 1996. Comme celle d’un jeune Sebastian Vettel à Monza en 2008 au volant de sa modeste Toro Rosso, ou celle d’un Max Verstappen qui remontait le peloton à Sao Paulo en 2024, le propulsant vers un quatrième titre des pilotes. (Vous pouvez ici insérer d’autres grands moments de l’histoire de la F1, cette liste n’est pas un recensement, mais bien les premiers qui me viennent en tête).
Après la course, le pilote d’à peine 20 ans disait qu’il s’agissait de sa victoire la plus spéciale des sept recueillies depuis le début de sa carrière. Peu importe qu’il en gagne 10, 20 ou 100 autres au cours de sa carrière, elle risque de demeurer encore bien haut dans la liste tant ce qu’il a réussi était exceptionnel.
Il y a bien sûr la performance en tant que telle. Vous la connaissez maintenant, mais si je résume très rapidement, Antonelli est passé du 19e échelon sur la grille de départ au premier rang en seulement 18 tours. Il s’est ensuite arrêté aux puits sous une voiture de sécurité virtuelle, ce qui lui a permis de terminer la course avec de meilleurs pneus que plusieurs de ses rivaux… mais ce qui l’a aussi fait chuter au sixième rang. En piste, un dépassement à la fois, il a réussi à revenir à l’avant et à battre George Russell, qui lui, prenait le départ en première ligne.
Déjà, c’est énorme. Il s’agit de la deuxième plus grande remontée pour une victoire dans l’histoire de la F1, après celle de John Watson à Long Beach en 1983.
Ce qui ajoute encore plus à l’histoire, c’est qu’il a réussi à le faire chez lui, lors du Grand Prix d’Italie, devant des partisans qui comptent parmi les plus passionnés au monde. Aucun Italien n’avait gagné à Monza depuis 60 ans, soit depuis le gain de Ludovico Scarfiotti en 1966. Le dernier Italien à avoir gagné une course dans son pays était Riccardo Patrese en 1990 sur le circuit d’Imola.
Sur le podium le plus spectaculaire de la saison, il y avait quelque chose d’unique d’y voir un Italien sur la plus haute marche. D’entendre l’hymne italien, suivi de « Sarà perché ti amo » scandé par des partisans qui s’étendaient à perte de vue, jusqu’à la Curva Grande, avait l’air d’un film. Antonelli disait qu’il voyait sa pénalité comme une opportunité, car ça enlevait pour lui toute la pression qui vient avec un Grand Prix à domicile, et qu’il allait simplement profiter de cette fin de semaine.
En le voyant déguster des pâtes dans le trophée du vainqueur quelques heures après la course, on peut en effet admettre qu’il savourait pleinement le moment.
Pour la course au titre, le message est clair. Ses poursuivants devaient capitaliser sur cette opportunité de rétrécir l’écart de façon significative. Non seulement ils ne l’ont pas fait, mais cet écart s’est agrandi. Antonelli compte maintenant 66 points d’avance sur son coéquipier au classement.
Le dernier champion du monde italien est Alberto Ascari, en 1953. Les partisans italiens pourraient bien avoir une autre raison de célébrer dans quelques mois…
Montagne russe d’émotions pour Pierre Gasly
Avant le début du week-end, la Commission internationale d’appel de la FIA a entendu les appels de Red Bull et McLaren et a donné sa décision entourant les pénalités pour excès de vitesse dans la ligne des puits à Monaco. Ainsi, les deux pénalités infligées à Pierre Gasly sont maintenues, contrairement à ce qui avait été décidé à la suite du droit de révision d’Alpine.
Ainsi, Pierre Gasly reperd sa troisième place au profit d’Isack Hadjar, alors que le pilote Alpine chute au septième rang du classement de l’épreuve monégasque.
C’est une décision qui fait jaser, surtout qu’il s’agit d’une autre volte-face de la FIA dans ce dossier.
Il faut dire qu’en commettant une erreur dans sa façon de calculer la vitesse dans la ligne des puits, la FIA s’est placée dans un coin. Dans cette situation, il n’y avait plus de bonnes réponses possibles… il fallait essayer de trouver la moins mauvaise.
On peut comprendre la frustration d’Alpine et de Gasly. Ils ont été capables de prouver qu’il n’avait pas dépassé la vitesse maximale. Comme il n’avait pas purgé ses pénalités pendant la course, il était possible de lui retirer ses pénalités. Ça pouvait donc sembler logique de le faire.
Le problème, c’est que quatre autres pilotes ont reçu ces mêmes pénalités, et dans leur cas, il n’est pas possible de revenir en arrière, puisqu’ils ont purgé leur pénalité pendant l’épreuve. C’est le cas notamment de George Russell, qui a terminé l’épreuve hors des points.
Au final, je pense que la FIA prend la décision la moins pire. Certains, voire plusieurs, seront en désaccord avec moi, et je les comprends. Pierre Gasly n’a pas dépassé les 60 km/h, alors pourquoi le pénaliser?
Sauf que dans l’esprit sportif, il est primordial que tous les pilotes soient jugés de la même façon. Il ne peut pas y avoir une façon de calculer pour Gasly, et une autre pour Russell ou Oscar Piastri. La FIA avait prévenu les équipes et les pilotes avant la course de la problématique et avait réitéré sa façon de calculer la vitesse. On ne peut pas revenir en arrière pour un seul des 22 pilotes. C’est pour cette raison que les pénalités ont été restaurées.
Au final, la FIA parait très mal, et elle n’a qu’elle à blâmer. L’image du sport est affectée, et ça ne s’améliore pas avec les allégations sévères de Flavio Briatore, qui a remis en question l’intégrité d’un des juges en pleine conférence de presse, prétendant qu’il était en conflit d’intérêts avec McLaren. Il est temps de fermer ce dossier, passer à autre chose, et surtout, s’assurer de ne plus jamais commettre une telle erreur.
D’ici là, tout ce qu’Alpine et Gasly peuvent faire, c’est de continuer de bien performer et d’avoir le dessus sur Racing Bulls dans la lutte au cinquième rang.
Avec une position de tête aussi inattendue que spectaculaire à Monza, on peut dire qu’ils ont bien réussi cette mission en Italie.





