MONTRÉAL – Bryce Pickford identifie l’été 2023 comme déterminant dans son développement.
C’est durant cette saison morte passée sur la ferme familiale située à 15 minutes de route au nord de Chauvin, village albertain de 304 habitants*, que le défenseur a perfectionné un lancer qui allait contribuer deux ans plus tard à faire de lui un espoir des Canadiens de Montréal.
Aux côtés de son père et de ses deux jeunes frères dans un champ de tir fait maison à partir de planches de bois, Pickford a dégainé, dégainé et dégainé.
Encore et encore.
« On lançait 1000 rondelles à chacune de nos séances. Au point d’en avoir des trous dans les gants et les mains en feu à cause des ampoules. Ça durait des heures. C’était dur », confiait-il récemment au RDS.ca.
Durant la saison qui a suivi son dur été de labeur, l’arrière alors âgé de 17 ans a d’abord peiné à mettre ce lancer à profit.
En 65 matchs avec des Thunderbirds de Seattle qui se remettaient à ce moment de leur sacre du printemps précédent dans la WHL, Pickford a été limité à 2 buts et 15 passes.
Il aura fallu un échange au Tigers de Medicine Hat au cours de l’entre-saison qui a suivi pour que Pickford fasse montre de son plein potentiel l’an dernier, après avoir été ignoré à sa première année d’admissibilité au repêchage de la LNH.
Au sein d’un club comptant notamment sur Gavin McKenna et aspirant aux grands honneurs, Pickford a récolté tout près d’un point par match avec 20 buts et 27 passes en 48 rencontres.
Puis, il a connu des séries de rêve.
Au fil de la marche des Tigers jusqu’à la conquête du championnat de la WHL, le défenseur droitier a amassé 24 points en 18 matchs, inscrivant notamment 13 buts à l’aide de son tir assassin, un sommet pour un défenseur dans la LCH depuis 2000.
À son arrivée à Rimouski pour la tenue de la Coupe Memorial, Pickford avait de plus marqué au moins un but dans ses huit derniers matchs de séries, un record de l’ère moderne de la WHL.
Or, ce n’était rien comparé à ce qui s’en venait.
« J’ai travaillé sur mon lancer durant toute mon enfance et j’ai toujours su que j’en avais un bon. Mais cette année, j’imagine que c’est la grande éclosion. »
May we remind you – Bryce Pickford is a DEFENCEMAN!@tigershockey | @CanadiensMTL | #WHLHatTricks pic.twitter.com/Cc1DknzKVV
— Western Hockey League (@TheWHL) December 7, 2025
La sélection de 3e ronde du Tricolore au dernier repêchage (81e) est au moment d’écrire ces lignes le meilleur buteur de la WHL à égalité avec Cameron Schmidt avec 28 buts en 36 matchs. Ses 53 points le placent au 5e rang des meilleurs pointeurs. Nommé joueur du mois de décembre dans le circuit, Pickford a notamment connu une séquence de cinq matchs d’au moins deux buts.
Ses 12 buts comptés sur le jeu de puissance – bien souvent à l’aide d’un lancer frappé ou d’un tir des poignets décoché du haut du cercle de mise en jeu gauche – lui permettent de plus de rivaliser avec les meilleurs du circuit dans cette phase de jeu.
27 FOR 27!!! BRYCE PICKFORD CAN’T BE STOPPED!!!@tigershockey | @CanadiensMTL | #GoHabsGo pic.twitter.com/9o2Eh5Saet
— Western Hockey League (@TheWHL) December 29, 2025
Il n’en fallait pas plus pour qu’une possible saison de 50 buts soit évoquée par de plus en plus d’observateurs. S’il tient la cadence actuelle, Pickford compléterait le calendrier régulier avec 52 buts et deviendrait le premier défenseur depuis Troy Mick en 1990 à atteindre le plateau des 50 dans la WHL.
« Je pense qu’il s’en fout, estime son entraîneur-chef, Willie Desjardins, au sujet de toute l’attention que reçoit son joueur étoile. Honnêtement, ce n’est pas une priorité pour lui. Il n’est pas comme ça. Tout ce qu’il veut, c’est que l’équipe gagne. »
En bon capitaine qu’il est depuis le début de la campagne, Pickford s’empresse sans surprise de donner crédit à ses coéquipiers pour sa remarquable production offensive.
Elle y est sans doute pour quelque chose, alors que les Tigers surfent actuellement sur une série de 15 victoires et luttent pour le sommet du classement général. Mais elle n’explique pas à elle seule les succès individuels de Pickford.
« C’est un bien meilleur patineur [que lors des dernières séries] », statue Desjardins. « Il est beaucoup plus rapide et il a d’abord dû s’ajuster pour trouver comment exploiter cette vitesse. »
« L’année dernière, je me contentais de passer la rondelle, de faire la première passe et de me joindre à l’attaque. J’ai toujours su que j’avais les compétences nécessaires pour patiner avec la rondelle, mais je ne le faisais pas ces dernières années parce que j’étais plus jeune. Le plus important, c’était d’avoir confiance en moi et de savoir que j’ai toujours eu ces habiletés. Je transporte maintenant beaucoup plus la rondelle et je suis de plus en plus à mon aise. »
5 MULTI-GOAL GAMES IN A ROW FOR BRYCE PICKFORD!!! 🤯🤯🤯🚨🐅 pic.twitter.com/d0gaJGGXBK
— Medicine Hat Tigers (@tigershockey) December 14, 2025
La direction des Canadiens est sans doute d’accord avec cet état de fait, elle qui a déjà offert un contrat d’entrée de trois ans à son espoir, le 24 décembre dernier.
« Je ne pense pas que je méritais un contrat à cause de la saison que je connais. C’est arrivé un peu de nulle part et je ne m’y attendais pas, mais je suis très reconnaissant. »
À son départ du camp des recrues l’automne dernier, les spécialistes du développement de l’organisation montréalaise lui ont bien sûr recommandé de bosser sur son jeu défensif, ce qu’il fait avec efficacité selon son enseignant.
« Il s’améliore de plus en plus, il en tire une fierté. Quand on s’attend à ce que tu joues un rôle offensif, ce n’est pas facile d’être aussi bon dans les deux sens, mais il est meilleur défensivement », observe Desjardins.
« C’est beaucoup mieux que l’an dernier », approuve celui qui affiche un différentiel de plus-42, le deuxième meilleur de la WHL derrière celui de son partenaire à la ligne bleue, Jonas Woo (plus-45).
« Je crois que je dois être meilleur pour immobiliser mes adversaires contre la rampe en zone défensive, parce que parfois j’ai plutôt tendance à les observer et les laisser jouer. Je dois bouger davantage mes pieds pour aller les freiner. »
Maintenant âgé de 19 ans, Pickford a encore une saison d’admissibilité dans les rangs juniors pour peaufiner cet aspect de son jeu avant de faire le saut chez les pros.
À l’instar d’autres espoirs du Tricolore dans le passé, entre autres Tyler Thorpe le printemps dernier, Pickford pourrait se voir offrir une saucette avec le Rocket de Laval dans la Ligue américaine une fois la saison des Tigers terminée si les astres s’alignent.
Interrogé à savoir si les aptitudes de son protégé pourraient alors se transposer au prochain niveau, Desjardins n’a exprimé aucun doute quant à sa capacité à y parvenir.
« Je pense que je suis plus que capable d’assumer ce rôle si on m’en donne l’occasion, avance quant à lui Pickford. Cela dépendra des résultats de l’équipe, mais oui, s’ils me rappellent à la fin de la saison, je serais honoré de les rejoindre et de faire partie de cette équipe. »
*Donnée du plus récent recensement de Statistique Canada en 2021.






