MONTRÉAL - Pour vous dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité, je m’attendais à ce que le score final du match de dimanche favorise le club gagnant par bien plus que trois buts.
Je m’attendais aussi, et surtout, à ce que ce soient les Oilers qui éclipsent le Canadien et non le contraire.
Pourquoi? Parce que pendant que le Canadien gaspillait des avances de 3-0 et 4-2, samedi, à New York, au profit des Rangers, les Oilers servaient une leçon de hockey aux Maple Leafs, à Toronto.
Parce que les Oilers avaient gagné cinq de leurs sept derniers matchs et subi un seul revers en temps réglementaire au cours de cette séquence. Un revers plus qu’honorable de 1-0 aux mains du Wild du Minnesota dans le cadre d’un match au fil duquel les Oilers avaient dominé (33-24) au chapitre des tirs au but.
Parce que Connor McDavid (7 buts, 15 points) et Leon Draisaitl (2 buts, 12 points) dominaient leurs adversaires depuis cinq matchs.
Parce que Leon Draisaitl pouvait difficilement choisir une plus belle et grande scène que le Centre Bell pour atteindre et dépasser le plateau des 1000 points en carrière dans la LNH.
Ah oui! Comment Jakub Dobes, que le Lightning de Tampa Bay a chassé du match après avoir alloué trois buts en 14 tirs à son dernier départ, allait réagir face aux Oilers qui avaient marqué 28 buts à leurs cinq dernières parties?
Et ce n’est pas comme si Samuel Montembeault, avec les trois buts alloués sur 13 tirs en relève à Dobes mardi dernier, inspirait plus confiance.
Jacob Fowler? Après avoir démontré, samedi, à New York, qu’en dépit de tous les espoirs fondés en lui qu’il demeure un jeune gardien en développement et non un sauveur, il valait peut-être mieux l’épargner ou à tout le moins le protéger.
Ce que le Canadien a fait d’ailleurs.
Le monde à l’envers
Ça en faisait des raisons pour favoriser les Oilers.
Finalement, c’est tout le contraire qui est arrivé. Non seulement le score final favorisait le Canadien 4-1, mais les Oilers vantés avec passion par le collègue et ami Mark Spector qui suit l’équipe sur les patinoires ennemies depuis des années ont été muselés par le Canadien qui a disputé un très solide match.
« Le meilleur de la saison » a d’ailleurs insisté Martin St-Louis.
Un Martin St-Louis qui a lancé un message de sympathies aux familles des victimes de la tuerie survenue, samedi soir, à l’université Brown, où son fils aîné étudie, et a dû trouver refuge alors que l’université était prise d’assaut. Un message de soutien à toute la communauté de Providence dans le petit état paisible du Rhode Island.
On peut comprendre pourquoi l’homme et père de famille derrière l’entraîneur-chef était à fleur de peau après le revers de 5-4 encaissé en prolongation aux mains des Rangers.
Parce que, comme l’a déjà si bien dit Stéphane Richer : il n’y a pas que le hockey dans la vie!
À la porte du vestiaire des Oilers, après le match, j’ai abordé mon collègue « Spec » en l’accusant – amicalement bien sûr – de m’avoir envoyé dans le champ en assurant que les Oilers débarquaient à Montréal avec l’étoffe d’un club non seulement en mesure d’atteindre la finale de la coupe Stanley pour une troisième année de suite, mais une équipe capable de soulever le précieux trophée.
Il a répliqué du tac au tac que le Canadien était loin d’avoir autant de problèmes devant le filet que tous les journalistes et partisans le déploraient à quelques heures de l’affrontement Oilers-Canadien.
Car oui, Jakub Dobes, chassé de sa cage et hué il y a moins d’une semaine, a été ovationné chaudement en raison d’une première étoile fort bien méritée après la rencontre.
Le monde à l’envers vous dites? Ô que oui! Comme se plaît à le dire MC Gilles...
C’est sur la glace que ça se passe
Mais attention! Personne n’a menti à personne. Le sport s’est simplement assuré de rappeler à tout le monde que peu importe les tendances, peu importe les grandes qualités des uns, les gros défauts des autres, c’est l’équipe qui joue le mieux qui gagnent. Ou, du moins, qui devrait gagner.
Dimanche soir, au Centre Bell, le Canadien a mieux joué que les Oilers. Beaucoup mieux! Surtout à forces égales alors que le Tricolore a limité au minimum les chances accordées aux gros canons des Oilers.
Mais plus encore, le Tricolore a profité de la grande générosité des Oilers qui ont offert pas une, pas deux, pas trois, mais bien quatre longues échappées au Canadien.
Quatre échappées dont Calvin Pickard est sorti gagnant stoppant Josh Anderson, Nick Suzuki à deux reprises et Alexandre Texier.
« On a joué du hockey bien trop ouvert. Une chance que notre gardien était sensationnel sans quoi on aurait perdu par bien plus que trois buts », a convenu le vétéran défenseur Mattias Ekholm qui avait le visage encore rouge en raison des efforts déployés sur la patinoire lorsqu’il a rencontré les journalistes.
Le Canadien a aussi gagné haut la main la bataille des unités spéciales.
Non seulement Demidov et Suzuki ont marqué lors des quatre attaques massives offertes au Canadien, mais Jakub Dobes a été magistral, en début de match, alors qu’Ivan Demidov et Juraj Slafkovsky ont été chassés pour deux minutes au cours d’une même séquence.
À trois contre cinq pendant deux pleines minutes, Jakub Dobes a été grandement aidé par le travail efficace de Jake Evans, Mike Matheson et Alexandre Carrier.
Dobes s’est toutefois dressé devant Draisaitl, deux fois, McDavid, deux fois, Hyman et Bouchard une fois chacun.
Ces deux minutes ont changé le cours de la rencontre. Et ce n’est certainement pas le but marqué par Zach Hyman, en attaque massive, en milieu de troisième, qui va porter ombrage à la performance de Dobes.
« On aurait facilement pu marquer une fois et peut-être deux lors de cette attaque massive. Il a fait des arrêts sensationnels. On peut dire, ici dans le vestiaire, maintenant que le match est fini, que ces arrêts sont le point tournant de la rencontre. Mais on avait amplement le temps de revenir à la charge ensuite et on ne l’a pas fait », a analysé Ekholm.
« On a marqué beaucoup de buts au fil des derniers matchs. On a gagné, mais on a aussi développé de mauvaises habitudes qui sont venues nous hanter ce soir », a pour sa part soutenu l’entraîneur-chef des Oilers Kris Knoblauch.
Les Oilers n’avaient rien d’un club finaliste de la coupe Stanley dimanche soir. Mais il serait injuste et même malhonnête de ne pas donner au Canadien, particulièrement à Jake Evans et Mike Matheson qui sont sortis gagnants de leurs duels avec Conor McDavid, le mérite qui lui revient de plein droit.
« Ce soir, les 20 gars ont pris soin de l’équipe», a résumé Martin St-Louis quand on lui a demandé d’expliquer ce qui avait permis au Canadien de faire mal paraître un adversaire qui aurait dû le faire mal paraître.
Comment obtenir le même genre de performance lors du prochain match?
« Je peux pousser et être dur par moments, mais cette décision doit venir du groupe. Obtenir un engagement comme celui qu’on a obtenu ce soir, ça fait plaisir à un coach. Maintenant, il faut obtenir de la constance. Car si tu n’as pas de constance, tu ne fais que lancer les dés », a imagé Martin St-Louis.
Et lancer les dés, ça donne parfois des résultats décevants comme ceux que le Canadien a offert trop souvent à ses partisans au cours des dernières semaines.
Entre les lignes
Leon Draisaitl devra donc patienter avant de récolter le point qui lui manquait pour atteindre le plateau des 1000 en carrière dans la LNH. «Je ne suis pas inquiet, ça viendra bien assez vite», que le gardien Calvin Pickard a lancé en assurant que cette quête n’était pas une distraction pour l’équipe. «Je suis juste content que ce ne soit pas arrivé dans une cause perdante comme ce soir. J’aimerais qu’il puisse célébrer ça dans de meilleures circonstances», a conclu le gardien auxiliaire…
Ceux et celles qui se demandent pourquoi Evan Bouchard ne figure pas vraiment dans les plans d’Équipe Canada en vue des Jeux olympiques de Milan-Cortina, en février prochain, ont eut un tas de réponses en regardant le défenseur des Oilers multiplier les erreurs dimanche soir. Bouchard a une bombe comme tir frappé. Mais c’est aussi une bombe à retardement quand il jongle avec la rondelle…
C’est congé lundi pour le Canadien. On verra, mardi, alors que les Flyers en seront à leur deuxième visite au Centre Bell cette saison, si les joueurs de Martin St-Louis se contenteront de lancer les dés, où s’ils offriront une performance à l’image de celle de dimanche face aux Oilers...






