Quand le Canadien joue bien, que tous les joueurs appliquent parfaitement le système défensif imposé par Martin St-Louis, que Nick Suzuki et ses compagnons de trio donnent le ton à l’attaque, il ne se contente pas seulement de gagner. Il lui arrive même d’exceller!
Comme il l’a fait à Las Vegas lors du dernier voyage; comme il l’a fait aux dépens des Maple Leafs venus de Toronto il y a dix jours avant de mettre le cap sur l’Ouest américain; comme il le faisait plus tôt cette saison.
Mais dès qu’elle se met à mal jouer, ou à se contenter d’être ordinaire sur la patinoire, cette même équipe, composée des mêmes joueurs, dirigée par le même entraîneur-chef, ne devient pas seulement mauvaise, elle devient très mauvaise.
Elle se fait alors déclasser. Car oui, le Canadien s’est fait déclasser par les Sénateurs d’Ottawa mardi soir.
Qu’il perde samedi dernier à Denver n’avait rien de déshonorant. Rien de vraiment surprenant non plus, tant le manque à gagner du Tricolore en matière de talent et d’expérience par rapport à l’Avalanche était grand.
Mais que le Canadien perde contre les Sénateurs, qu’il soit dominé comme il l’a été à cinq contre cinq par un rival direct, qu’il soit muselé à l’attaque et complètement emboîté dans sa zone défensive par un club contre qui il devrait jouer à armes égales et même être un brin avantagé, c’est plus dur à comprendre.
C’est surtout bien plus dur à expliquer.
Mauvais système ou mauvaise exécution?
Les Sénateurs en étaient à un septième match de suite sur la route. Ils complétaient une expédition de 15 jours amorcée en Californie.
Ils n’auraient donc pas dû être les premiers sur la rondelle, les meilleurs le long des rampes, les meilleurs pour protéger leur zone défensive et ainsi aider la cause de leur gardien Linus Ullmark. Ils n’auraient pas dû être les meilleurs pour minimiser les revirements et forcer le Canadien à les multiplier. Ils n’auraient pas dû être en mesure d’étourdir le Canadien en prolongeant des séquences autour d’un Samuel Montembeault qui a aussi mal paru à quelques occasions que ses coéquipiers qui ont bien plus aidé l’ennemi venu d’Ottawa que leur gardien.
Visiblement déçu de la performance offerte par ses joueurs, Martin St-Louis a refusé d’imputer la responsabilité de quelques buts des Sénateurs a un son système défensif homme à homme. Il a plutôt pointé du doigt l’application déficiente de ce système.
Ce n’est pas faux.
Mais est-ce que ce système maximise les chances de réussite de ses joueurs? Difficile de répondre par l’affirmative. Même qu’on pourrait prétendre sans trop de risque de se tromper que ce système met ses joueurs à risque dès qu’ils sont battus de vitesse.
On en a eu des exemples frappants mardi soir.
Quand Fabian Zetterlund décoche un tir frappé du haut de l’enclave pour niveler les chances 1-1 24 secondes après que le Canadien eut marqué le premier but du match, Alexandre Texier le laisse filer vers le centre de la glace parce que le défenseur Jordan Spence devient son homme. Au lieu de prendre la relève, Jake Evans et Josh Anderson se cherchent quelqu’un à surveiller. Zetterlund en profite pour marquer un but qu’il a dédié à sa grand-maman décédée il y a quelques jours dans sa Suède natale.
Samuel Montembeault aurait pu se déplacer avec plus d’efficacité sur sa droite pour éponger la générosité défensive de ses coéquipiers. C’est vrai. Mais ça ne change rien au fait que la couverture défensive était trouée.
Quand Artem Zub est rejoint par Brady Tkachuk dans l’enclave où les Sénateurs ont été rois et maîtres tout le match, il est fin seul. Parti de sa pointe, il s’est avancé doucement jusqu’à Montembeault sans jamais être dérangé. Et quand il reçoit la rondelle, il est trop tard pour Cole Caufield alors que Lane Hutson et Jake Evans n’ont pas le temps de venir en relève. Zub a le temps de sortir Montembeault de ses jambières avant de le déjouer.
Il y a pire.
Il y le but de Jake Sanderson qui bat de vitesse Noah Dobson dans le coin de la patinoire pour s’offrir une ligne directe jusqu’au but du Canadien. Dobson ne devrait pas se faire battre comme ça. C’est vrai. Mais une fois battu, personne n’a le temps de venir en relève et tout le monde se regarde en disant : j’avais mon gars…
Il est là le problème.
En zone défensive, surtout près du filet, il faut être à l’affut de ce qui se passe autour et être en mesure de venir en relève à un coéquipier battu. Ce qui est déjà très difficile à faire tant ça vite devient pratiquement impossible quand ton attention est concentrée sur un adversaire qui n’est plus dangereux ou bien moins que celui qui frappe à la porte du but.
Montembeault n’est pas le seul coupable
Parce qu’il a été victime de cinq buts sur les 28 tirs des Sénateurs, Samuel Montembeault a été lapidé de critiques.
Il doit commencer à être habitué.
Montembeault n’a pas accordé de mauvais but, mais on doit ajouter illico qu’il aurait pu limiter les dégâts et couper un ou deux buts avec des arrêts peut-être difficiles à réaliser, mais qui étaient nécessaires tant les Sénateurs dominaient ses coéquipiers.
Il en a réussi quelques-uns. C’est vrai. Mais un ou deux de plus auraient apaisé les critiques à son endroit.
Cela dit, des statistiques fort éloquentes de nos amis de chez Sportlogiq devraient, s’ils se donnent la peine de les consulter, calmer la fureur de quelques pourfendeurs du gardien québécois qui est loin d’être le seul responsable de la défaite de mardi soir.
Car selon les relevés de Sportlogiq, les Sénateurs ont dominé 26-10 les très bonnes occasions de marquer. En passant, une occasion de marquer peut être comptabilisée même si elle ne se traduit pas par un tir cadré.
Mais il y a mieux pour les Sénateurs ou pire pour le Canadien selon l’angle d’analyse : il y a que les Sénateurs ont obtenu 17 occasions de marquer directement attribuables à des revirements du Canadien contre huit seulement pour la troupe de Martin St-Louis.
Premier trio muselé
Haché finement en zone défensive, le Canadien n’a rien généré à l’attaque à cinq contre cinq.
Rarement avait-on vu jusqu’ici cette saison le premier trio du Canadien aussi bien contenu, pour ne pas écrire muselé.
Et c’est tout à l’honneur de Shane Pinto, Claude Giroux et Michael Amadio qui n’ont rien donné à Suzuki, Caufield et un Zachary Bolduc qui a connu un match tellement difficile qu’il a été remplacé par Josh Anderson en cours de match.
Pinto pivote le seul trio demeuré intact par Travis Green depuis le début de la saison.
« Ils ne sont pas seulement des plombiers. Ils ne se contentent pas de foncer tête première en échec avant. Ils sont intelligents sur la glace, ils lisent le jeu et s’ajustent. En plus, ils sont créatifs avec la rondelle, ce qui permet de garder les trios qu’ils surveillent en zone défensive, donc loin de notre gardien », a expliqué l’entraîneur-chef des Sens après la victoire convaincante de son équipe.
« Nous sommes rapides et la vitesse est la meilleure manière d’empêcher une équipe rapide comme le Canadien de justement utiliser sa vitesse », a ajouté le défenseur Jake Sanderson qui a marqué un but et récolté l’un des six points obtenus par la brigade défensive de son équipe.
Sur son but, Sanderson a justement mis en application le plan de match concocté pour déstabiliser le Canadien.
« Nos rapports insistaient sur l’importance de mettre de rondelle au filet et d’aller brasser devant le gardien pour s’emparer des retours. C’est exactement ce que j’ai fait sur mon but », a conclu le défenseur américain.
Il aurait pu ajouter que c’est exactement ce que les Sénateurs ont fait du début à la fin de la rencontre.
Et c’est pour cette raison qu’ils sont rentrés à la maison forts d’un gain convaincant de 5-2 qui leur permet de conclure leur plus long voyage de la saison avec une fiche de quatre victoires et trois revers et de reprendre leur place, pour le moment, au sein du top-3 de la Division Atlantique.
Le Canadien pourra se reprendre dès mercredi soir face aux Jets de Winnipeg qui en arrachent depuis la perte de leur as gardien Connor Hellebuyck.
Spectateurs attentifs sur la galerie de presse, le directeur général Kevin Cheveldayoff et son entraîneur-chef Scott Arniel ont pris des notes. On verra si cela aidera les Jets à gâcher la soirée Andreï Markov qui sera honoré par le Canadien avant la rencontre.
Remarquez que de la façon dont le Tricolore a joué mardi, Markov pourrait être encore les aider pendant le match et pas juste avant…
Mais bon!





