MONTRÉAL – De toutes les indications révélées dans le cadre du duel préparatoire opposant le Canadien aux Flyers venus de Philadelphie, deux sortent du lot.
La première : Nick Suzuki, Cole Caufield et Juraj Slafkovsky sont déjà prêts à entreprendre la saison.
L’opposition n’était pas féroce mardi soir, au Centre Bell, j’en conviens. Mais quand même… Le trio de Suzuki s’est imposé chaque fois qu’il était sur la patinoire. Le capitaine a distribué des passes, il a marqué un but, il a joué du hockey inspiré et efficace. En prime : il a remporté 10 des 14 mises en jeu qu’il a disputées.
Tout ça avec une main dans le dos. Oui! J’exagère. Mais si peu…
Caufield? Il a encore et toujours le compas dans l’œil.
Slaf? Malgré un séjour à l’infirmerie en raison d’un coup de patin reçu au visage – plus de peur que de mal – il s’est suffisamment imposé pour donner l’impression qu’il amorcera la saison en même temps que ses compagnons de trio cette année.
Une bonne nouvelle pour le Slovaque, ses coéquipiers et leurs partisans.
Hutson et Guhle réunis
Ce qui est vrai pour le premier trio l’est aussi pour le premier duo de défenseurs. Car oui, il semble plus que probable que Lane Hutson et Kaiden Guhle n’ont pas seulement amorcé ensemble le duel face aux Flyers, mais qu’ils amorceront la saison côte à côte.
Hutson dansait avec aisance sur la patinoire. La même aisance qui lui a permis de mettre la main sur le trophée Calder l’an dernier.
Il n’a pas amélioré de façon notable la qualité de son tir. C’est peut-être pour ça qu’il a décidé de faire une passe à Cole Caufield dès le début du match au lieu de décocher un tir alors qu’il était en plein centre de l’enclave à 20 pieds du but.
Mais comme Hutson est un fin passeur et qu’il a offert à Cole Caufield de marquer le premier but dès la 53e seconde du match, on ne lui reprochera pas trop la qualité de son tir.
Personnellement, j’aurais préféré voir Kaiden Guhle évoluer à la gauche de Noah Dobson. Cela aurait donné un duo imposant physiquement et très solide dans l’ensemble.
Mais voilà : quand on analyse les conséquences d’une telle association sur les autres éventuels duos, une combinaison Guhle-Dobson affaiblirait les autres. Du moins à mes yeux.
Faisons l’exercice ensemble.
Derrière un duo Guhle-Hutson, Martin Saint-Louis pourrait réunir Mike Matheson et Noah Dobson. Oui les deux arrières sont un brin – et peut-être plusieurs – meilleurs dans l’aspect offensif que défensif du jeu.
Mais la mobilité de Matheson qui flotte sur la patinoire à vitesse Grand-V lui permet d’éponger rapidement les éclaboussures dont il se rend coupable de temps en temps. De fait, il est tellement rapide, qu’il peut aussi éponger les éclaboussures de son partenaire de travail et des attaquants qui les accompagnent sur la patinoire.
Ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir faire ça.
Xhekaj devant Struble
Bien campé sur le flanc droit de ce qui serait – ou sera – un troisième duo, Alexandre Carrier se verra confier le mandat de parrainer Arber Xhekaj et Jayden Struble qui pourraient alterner à sa gauche.
Lundi soir, face aux Penguins, Jayden Struble a disputé un match honnête. Mardi soir, face aux Flyers, Arber Xhekaj a été meilleur que le coéquipier avec qui il se bat pour le poste de sixième défenseur.
Et non, je ne lance pas cette affirmation parce que Xhekaj s’est battu. En fait les deux frères ont jeté les gants.
Je ne lance pas non plus cette affirmation parce que Xhekaj a marqué le but d’assurance dans une cage déserte avec 14 secondes à faire au match.
Je lance cette affirmation parce que Xhekaj semble avoir amélioré sa mobilité sur la patinoire. Qu’il semble avoir amélioré ses prises de décisions. Parce qu’il a décoché un bon tir en première période et qu’il en a décoché six autres au fil du match. Et comme Xhekaj a un bon tir frappé, c’est une très bonne nouvelle qu’il se tourne vers cette qualité dans son jeu. Car elle lui servira certainement autant, sans doute plus, que ses qualités de bagarreur.
Je lance aussi cette affirmation parce que le plus vieux des frères Xhekaj – Je vous invite ici à lire le texte de mon collègue Nicolas Landry sur le premier match des frères dans la LNH sous les yeux de leur mère – a passé 2 minutes 37 secondes sur la patinoire alors que le Canadien se défendait à court d’un homme. On l’a même vu alors que le Canadien était à court de deux hommes.
Si Xhekaj veut mettre le grappin sur le poste de sixième défenseur et compléter un troisième duo efficace avec Alexandre Carrier, ce genre de contribution défensive l’aidera à atteindre son objectif.
Car c’est en jouant du hockey efficace que Xhekaj améliorera la qualité du temps d’utilisation qu’il obtiendra. Car pour obtenir du temps d’utilisation de qualité, pour être envoyé sur la patinoire et non cloué au banc lorsque les choses se corsent sur la patinoire, il faut d’abord et avant tout profiter de la confiance de son entraîneur-chef.
Le fait que Xhekaj était sur la patinoire en fin de rencontre est un signe évident que le groupe d’entraîneurs, Martin Saint-Louis en tête, est prêt à lui afficher plus de confiance cette année.
À lui de prendre tous les moyens nécessaires pour la maintenir.
Reinbacher : encore du travail à faire
Avec ces trois duos concoctés et Jayden Struble confiné dans un rôle de septième arrière, il ne reste plus de place pour David Reinbacher.
Ce n’est pas grave.
Car malgré un talent certain et un potentiel évident, il est plus évident encore que David Reinbacher n’est pas prêt à jouer sur une base régulière dans la LNH.
Reinbacher a multiplié les mauvaises décisions à l’attaque, comme à la défensive. Sa grande portée et l’efficacité qu’il affiche lorsque vient le temps de harponner la rondelle pour compliquer le travail de ses rivaux lui ont permis de se sortir de pièges dans lesquels il s’est lui-même mis les pieds.
Le but d’Anthony Richard est la conséquence directe d’une vilaine gestion de rondelle du défenseur à la ligne bleue ennemie.
C’est grave? Ça devrait remettre en question la décision de l’état-major de l’avoir sélectionné au cinquième rang de la première ronde du repêchage de 2023?
Pas du tout.
Reinbacher n’a que 20 ans. Une blessure subie dès son premier match dans l’uniforme tricolore l’an dernier a miné sa première saison professionnelle.
En plus, même s’il semble imposant avec ses 6 pi 2 po, le défenseur a encore la stature d’un ado et non d’un homme. Il n’est pas encore Kaiden Guhle, genre, comme!
Mais ça viendra.
D’ici là, Reinbacher devra multiplier les présences à Laval, accumuler des minutes dans toutes les situations de match et bénéficier des conseils et de l’enseignement de Pascal Vincent dont l’un des mandats sera de le développer adéquatement afin qu’il puisse prouver, dans deux ans, que le Canadien a bel et bien eu raison d’afficher autant de confiance en lui, en 2023.
D’ici là, il y aura beaucoup de travail à faire.




