MONTRÉAL
À défaut d’accueillir à bras ouverts des confettis tombant du ciel pour célébrer la victoire du Canadien aux dépens du Lightning et l’accession de leurs favoris en deuxième ronde des séries, les partisans du Tricolore ont eu droit à une pétarade de feux d’artifice sur la patinoire du Centre Bell.
Des feux d’artifice qui ont pris la forme de jeux spectaculaires et spectaculairement rapides, de mises en échec percutantes, de bonnes, de très bonnes et d’extraordinaires occasions de marquer que les gardiens Jakub Dobes et Andreï Vasilevskiy ont su contrer avec 62 arrêts tout aussi bons, très bons et extraordinaires.
Malheureusement pour le Canadien et ses partisans, c’est Gage Goncalves qui a fait éclater la dernière bombe en marquant le but qui a scellé l’issue de ce match. Le seul but de cette rencontre qui restera longtemps gravée dans la mémoire des partisans des deux équipes. Rencontre que le Lightning a finalement gagné après 69 min 9 s de hockey rien de moins que sensationnel.
Malgré la défaite et le fait que son équipe doit maintenant s’envoler vers Tampa pour y disputer un septième match, dimanche, Martin St-Louis s’est présenté souriant devant les journalistes.
« C’était toute une game de hockey », a d’abord lancé l’entraîneur-chef du Canadien.
« C’est dur de ne pas aimer cette partie même si on l’a perdue. C’est la meilleure partie que j’ai vu cette jeune équipe disputer. Et j’avais le meilleur siège pour assister à ce spectacle », a ajouté St-Louis qui semblait loin d’être abattu par l’obligation d’avoir à retourner à Tampa en espérant y signer une troisième victoire en quatre matchs.
« On doit apprécier ce qui nous arrive. C’est le destin. Ce septième match de séries sera le premier que plusieurs gars disputeront dans la Ligue nationale. Ça va nous donner l’opportunité de grandir énormément. Ça aidera notre progression. Après un match comme celui de ce soir, on doit juste se relever et dire : let’s go! », que St-Louis a défilé.
Occasion ratée?
Est-ce que le Canadien s’est compliqué la vie en s’inclinant au terme de cette partie, aussi enlevante soit-elle? Est-ce que le fait d’avoir raté l’occasion de profiter de l’énergie de ses partisans pour éliminer le Lightning pourrait se retourner contre le Tricolore?
Peut-être.
Car après avoir comblé des reculs de 0-1, de 1-2 et de 2-3 jusqu’ici dans cette série, on peut s’attendre à ce que les vétérans du Lightning soient plus affamés, plus incisifs dimanche soir.
Mais ça ne veut pas dire que le Canadien s’en va à Tampa pour s’y faire battre. Pas du tout.
Car encore hier, le Canadien a tenu tête à une très bonne équipe de hockey. Après six matchs qui se sont tous décidés par un but, dont quatre qui ont pris fin en prolongation, le Canadien a confirmé à tous ceux qui pouvaient encore en douter que sa fenêtre d’opportunité pour se rendre à la coupe Stanley commence véritablement à s’ouvrir. Et qu’elle sera ouverte pour bien des années à venir.
Peu importe le résultat du match de dimanche.
Festival offensif
Quelques secondes après la mise en jeu qui a donné le coup d’envoi à ce grand match de hockey, Josh Anderson a asséné la première des neuf mises en échec qu’il a distribuées aux quatre coins de la patinoire vendredi soir. Une solide mise en échec qui a envoyé le gros et solide défenseur Erik Cernak cul par-dessus tête.
Le ton était donné.
Pendant les trois périodes réglementaires qui ont suivi et même en prolongation, les joueurs des deux équipes se sont donnés à fond. Ils se sont défoncés. Vraiment! Totalement.
Il faut aussi dire que les arbitres Francis Charron et Jon McIsaac les ont laissés jouer. Ce qui a contribué à accélérer le rythme du match.
Parce qu’un match sans critiques à l’endroit des arbitres ne serait pas vraiment un match de séries, les officiels se sont quand même attiré les foudres des partisans des deux équipes : en chassant Ivan Demidov en fin de troisième période après une (légère) collision avec le gardien du Lightning au terme d’une poussée; en chassant Nikita Kucherov en prolongation pour avoir fait trébucher le défenseur Alex Carrier derrière le filet du Canadien.
Heureusement pour le spectacle et pour éviter des malaises cardiaques aux fans du Tricolore et du Lightning, ces deux attaques massives sont restées vaines.
Brandon Hagel, qui a récolté une passe sur le but de la victoire, avait lancé, jeudi, avant de s’envoler vers Montréal que le sixième match en dirait long sur le Lightning. Qu’il en dirait long sur lui et ses coéquipiers !
« Je crois vraiment que ce soir, tous les joueurs de notre équipe peuvent se regarder dans le miroir et être fiers de leur performance. Mais attention. On n’a rien accompli encore. On a gagné une partie, mais il en reste une autre à gagner », a lancé Hagel après la victoire.
Comment expliquer que la mise en échec de Josh Anderson ait ouvert toutes grandes les valves offensives des deux équipes alors que les cinq premières rencontres avaient été marquées par une défensive serrée au possible?
Jon Cooper a identifié deux raisons.
« La première raison est purement technique alors que nous avons été beaucoup trop agressifs en début de rencontre dans la zone neutre. Cela a ouvert la porte à plusieurs poussées du Canadien », a indiqué l’entraîneur-chef du Lightning.
La deuxième, plus importante que la première aux yeux de Cooper, repose sur l’essence même du sport.
« Même si certains sont plus vieux que d’autres, les joueurs demeurent des enfants qui s’amusent sur la patinoire. La passion pour leur sport, l’enthousiasme créé par la foule, le désir de gagner tout ça fait que les joueurs des deux équipes se lancent à fond de train sur la glace. Ça donne un match comme celui qu’on a eu ce soir. Un des bons matchs que j’ai dirigé dans ma carrière », a convenu Jon Cooper qui avait eu droit à une mise en scène parfaite avant la rencontre.
« Une fois les réunions avec les joueurs complétées, il restait environ 90 minutes à écouler avant le match. Sur une télé, TSN présentait les 50 plus beaux buts marqués en prolongation dans l’histoire de la LNH… »
Vasilevskiy – Dobes : quel duel!
À chaque bout de la patinoire, Andreï Vasilevskiy et Jakub Dobes ont été les meilleurs joueurs du Lightning et du Canadien. Et ce n’est pas parce que leurs coéquipiers ont été ordinaires. Que non! C’est parce qu’ils ont été impériaux devant leur filet respectif. Ils ont aussi tous les deux pu compter sur l’aide de leurs poteaux, ce qui a contribué à rehausser davantage la frénésie créée par ce match.
Avant d’être déjoué en prolongation, Dobes a volé un but certain à Brayden Point. Il a réalisé plusieurs autres très bons arrêts et a reçu l’aide de Phillip Danault qui a empêché une rondelle qui glissait lentement derrière le gardien du Canadien de traverser la ligne rouge.
Vasilevskiy a quant à lui donner raison à ses coéquipiers qui le qualifiaient tous de meilleur gardien au monde après la rencontre.
De marbre devant les journalistes après sa performance de 30 arrêts, Vasilevskiy a repoussé les questions comme il a repoussé les tirs du Tricolore.
Se sentait-il endetté à l’endroit de ses coéquipiers après ce qui est arrivé lors du dernier match?
« Qu’est-ce qui est arrivé lors du dernier match, qu’il a répondu ? Lorsqu’un collègue lui a rappelé le but accordé à Texier, le gardien russe a simplement répliqué : c’était un bon tir! »
Les cris de la foule l’ont-ils dérangé?
« Quand je suis sur la glace, je n’entends rien. Je suis concentré à faire mon travail! »
Et dans le vestiaire entre la troisième période et la prolongation : comment était l’atmosphère dans le vestiaire?
« Je ne peux pas vous répondre, car je n’entendais rien », qu’il a défilé à la manière d’un robot.
Foi de Charle-Édouard D’Astous, Andreï Vasilevskiy n’a rien d’un robot. Du moins, quand il ne joue pas!
« C’est un gars qui jase avec tout le monde. Quand il ne joue pas, il fait même des blagues. Mais quand il joue, il est dans sa bulle très tôt et n’en sort pas. Il va te parler seulement si tu fais une grosse gaffe. À part ça, il ne dit rien. Sur la glace comme dans le vestiaire. Il est dans son coin, il est concentré et tu sais quoi? C’est très rassurant pour le reste de l’équipe. Parce qu’on sait qu’il sera à son meilleur sur la patinoire », a expliqué D’Astous.
Quand j’ai soumis au défenseur Québécois que Vasilevskiy n’était pas donc du même moule que Patrick Roy et qu’il ne lancerait jamais debout au centre du vestiaire : donnez-moi un but et je m’occupe du reste, D’Astous a d’abord esquissé un sourire avant de lancer : « Oh non! Vraiment pas! »
On reconnecte dimanche, de Tampa, après l’élimination du Lightning… ou du Canadien!










